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Discussions générales

Proposition de résolution instituant une « journée nationale de la laïcité »

Intervention de monsieur Yvon Collin

Yvon COLLIN

Mme la présidente. La parole est à M. Yvon Collin.

M. Yvon Collin. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, près d'un siècle après la Révolution de 1789, la République s'est enrichie d'un principe vertébral : la règle laïque.

En effet, à côté du triptyque « liberté, égalité, fraternité », la laïcité fait, depuis 1905, partie des fondements de la République française. Elle lui est désormais consubstantielle. Ce principe éclaire notre devise nationale, lui donne tout son sens et impose des devoirs à notre communauté ainsi qu'à tous ses représentants.

Pourtant, force est de constater que la laïcité est aujourd'hui trop souvent contournée, voire menacée. Comme l'indiquent les auteurs de la proposition de résolution instituant une « journée nationale de la laïcité », « des tentatives de remise en cause, de plus en plus distinctes, ont été observées ».

Les radicaux, qui ont contribué à forger l'histoire de la République laïque, déplorent également la multiplication des atteintes à la laïcité. Nous avons eu bien souvent, ici même, l'occasion d'exposer la conception que nous avions de cette valeur fondamentale.

En 2004, dans le cadre du débat relatif à la loi encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, les collèges et lycées publics, j'avais rappelé les dangers d'une conception relative et évolutive du principe de laïcité.

Plus récemment, à l'occasion de l'examen du projet de loi interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public, mon collègue Jean-Michel Baylet avait souligné que la laïcité était le rempart de neutralité absolue contre les influences des religions sur les institutions publiques.

Je le répète aujourd'hui, la laïcité est un principe intangible, qui ne saurait souffrir aucun compromis ni aucun accommodement. Peut-on être plus explicite ?

Disons clairement aussi à tous ceux qui en douteraient - ou à tous ceux que cela arrangerait - que la laïcité républicaine n'est pas une idéologie antireligieuse, une sorte de dogme dirigé contre la liberté de conscience. Je dirai qu'elle est, au contraire, la garantie de cette liberté. En protégeant l'exercice libre des cultes et en n'en favorisant aucun, la loi de la République protège non pas les religions, mais le libre choix de chaque individu.

La laïcité n'est pas non plus un dogme. Comme vous le savez, mes chers collègues, elle n'est pas une vérité républicaine révélée.

Née de la philosophie des Lumières, nourrie par différents courants philosophiques tels que le rationalisme, le positivisme ou encore le scientisme, la laïcité est fille de la raison. Et, contrairement à la foi, la raison s'applique à douter. En acceptant le doute, la pensée laïque laisse aux individus la possibilité de choisir.

Pour autant, cette protection du libre choix, qui doit à mon sens être au cœur de toute définition de la laïcité, n'implique pas la renonciation à l'action.

À nos yeux, il est clair que les options confessionnelles ne doivent pas peser sur la délibération publique. Ce fut le combat de nos aînés lorsque les congrégations religieuses prétendaient détourner à leur profit la loi de 1901 sur les associations. Aujourd'hui, ce combat consiste à exercer une vigilance de tous les instants dans l'espace public, pour éviter un affaiblissement de la laïcité lorsque celle-ci fait manifestement l'objet d'entorses. Les radicaux de gauche sont d'ailleurs des membres fondateurs et très actifs de l'Observatoire de la laïcité. Quand cela est nécessaire, cette surveillance doit s'accompagner de l'intervention du législateur pour clarifier des situations et rappeler les principes fondamentaux de la République française.

Les radicaux de gauche, et plus largement les membres du RDSE, sont bien entendu favorables à toutes les démarches allant dans le sens du respect de la laïcité. C'est dans cette optique que nous avons approuvé la loi du 15 mars 2004, qui devait aider à résoudre la question du port du voile à l'école.

Parce qu'elle est le creuset où se forge la liberté de conscience et où se fabrique l'intégration républicaine, l'école publique doit être strictement à l'abri de toute influence confessionnelle. Elle ne doit favoriser aucun culte, quel qu'il soit. Elle doit demeurer le terrain privilégié de l'application des règles de neutralité.

S'agissant du port de la burqa ou du niqab dans l'espace public, dont nous avons discuté en septembre dernier, il est apparu aux membres du RDSE qu'il ne fallait en aucun cas céder devant les pratiques d'une infime minorité qui, sous prétexte d'user de sa liberté religieuse et de son droit à la différence, entendait imposer son sectarisme en foulant aux pieds les principes fondamentaux de notre démocratie.

Ce matin, il est question d'instituer une « journée nationale de la laïcité », ni fériée ni chômée, qui permettrait de réaffirmer, chaque 9 décembre, le caractère fondamental de ce grand principe constitutionnel.

Bien que mon groupe soit quelque peu réservé sur la répétition de journées commémoratives, la grande majorité des membres du RDSE, très attachée au principe de laïcité, approuve la présente proposition de résolution. Ceux qui ont choisi de s'abstenir le feront uniquement en raison de l'institution d'une journée nationale supplémentaire.

J'ajoute que, si cette journée était instaurée, elle ne devrait pas nous dédouaner d'une attention quotidienne et surtout partagée à tous les niveaux et par tous les représentants de l'État.

M. Claude Domeizel, auteur de la proposition de résolution. Bien sûr !

M. Yvon Collin. La laïcité est un principe qui doit être mis en pratique tous les jours !

M. Claude Domeizel, auteur de la proposition de résolution. Absolument !

M. Yvon Collin. Il serait vain, en effet, de réaffirmer la laïcité de l'État français si c'était pour voir le premier représentant de celui-ci ne pas faire preuve de la plus grande prudence dans ses propos. Sans vouloir rouvrir une polémique, il me semble utile de rappeler que le chef de l'État, gardien de la Constitution, doit afficher la neutralité la plus absolue. Or, en s'agenouillant devant le pape en sa qualité de chanoine, en faisant approuver par décret le pouvoir du Vatican d'admettre ou de refuser la validation de nos diplômes, en rappelant régulièrement l'identité chrétienne de la nation française, le Président de la République s'écarte de son rôle, de sa mission et de sa fonction.

M. Claude Domeizel, auteur de la proposition de résolution. C'est certain !

M. Yvon Collin. Si ses convictions personnelles sont respectables - et nous les respectons ! -, elles ne doivent pas, à mon sens, s'immiscer dans le discours public ou la posture publique.

Mes chers collègues, parce que les radicaux ont été à l'avant-poste du combat qui a conduit à la loi de 1905, c'est dans un esprit de responsabilité que nous apporterons notre soutien à la proposition de résolution de nos collègues socialistes. Nous souhaitons être non pas des héritiers passifs, mais des républicains vigilants et protecteurs d'un principe ni négociable ni ajustable. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste.)

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