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Discussions générales

Projet de loi de finances pour 2011 - mission "Médias, livre et industries culturelles"

Intervention de madame Françoise Laborde

Françoise LABORDE

M. le président. Dans la suite de la discussion, la parole est à Mme Françoise Laborde.

Mme Françoise Laborde. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, nous sommes dans une période qui se caractérise par la profonde mutation du paysage médiatique. La mission « Médias, livre et industries culturelles » elle-même voit son architecture totalement transformée cette année. Elle intègre désormais le livre. Compte tenu du peu de temps qui m'est imparti et du grand nombre de sujets que cette mission recouvre désormais, je concentrerai mon propos sur l'audiovisuel.

En effet, un des défis primordiaux des crédits de la mission « Médias » est d'assurer la pérennité d'un audiovisuel public de qualité. Déconnecter la préoccupation publicitaire, c'est-à-dire financière, de la préoccupation éditoriale était un véritable challenge. La télévision publique devait renouer avec une exigence culturelle correspondant à sa vocation première.

Nous sommes aujourd'hui sur la voie d'une amélioration de la ligne éditoriale. Mais, depuis la réforme engagée par la loi de mars 2009, la question de la suppression de la publicité sur France Télévisions n'a cessé d'occuper les débats et de susciter des inquiétudes. Aujourd'hui, la confusion la plus totale règne sur la question de la suppression de la publicité en journée.

Le groupe RDSE a toujours été favorable à la suppression de la publicité comme source de financement de la télévision publique. Le service public doit, avant tout, être financé par des fonds publics pérennes et dynamiques, autrement dit, par une redevance indexée et raisonnablement réévaluée.

Compte tenu du retard regrettable pris par la contribution à l'audiovisuel public en France, une des plus faibles d'Europe, il faudra peut-être encore attendre avant de parvenir à un tel financement public pérenne.

La publicité a disparu des écrans de France Télévisions à partir de vingt heures. La suppression totale est prévue à partir de la fin de l'année 2011, 2014 ou 2015 - on ne sait plus très bien -, et ce pour laisser le temps à France Télévisions de s'adapter. Cependant, rien n'était prévu en 2009 pour financer ce deuxième volet de la réforme et il semble que ce ne soit toujours pas le cas aujourd'hui.

Pour ne rien arranger, de fortes inquiétudes pèsent sur l'avenir de la dotation budgétaire supposée financer la suppression de la publicité. Cette dotation doit être compensée par deux types de taxes, celles de la publicité des chaînes privées et celles du chiffre d'affaires des opérateurs de télécommunication. Or, leur produit est plus qu'aléatoire, d'autant que la taxe sur les opérateurs est vivement contestée par les instances européennes. Que se passera-t-il si l'État doit rembourser le produit de cette taxe ?

Au vu de ces nombreuses incertitudes, le Gouvernement avait proposé un moratoire jusqu'en 2014 pour la suppression de la publicité en journée. Mais, le 16 novembre dernier, l'Assemblée nationale, contre l'avis du Gouvernement, a adopté un amendement tendant à maintenir la publicité sur France Télévisions dans la journée.

Notre commission de la culture n'a donc pas vraiment eu l'occasion de débattre de cette nouvelle disposition du projet de loi de finances.

Pour ma part, il me semble impossible, en l'état actuel des choses, de ne pas reporter à plus tard la suppression de la publicité en journée, même si l'objectif, l'idéal à atteindre doit rester un financement entièrement public de l'audiovisuel public.

M. Yvon Collin. Très bien !

Mme Françoise Laborde. J'en viens au problème de la télévision numérique terrestre. Cette forme de diffusion audiovisuelle a connu une formidable accélération depuis son lancement le 31 mars 2005.

À l'époque, elle concernait 35 % de la population métropolitaine, contre 89 % aujourd'hui. À la date de l'achèvement du passage à la télévision tout numérique, le 30 novembre 2011, 95 % de la population devrait être desservie.

Cette dernière ligne droite se retrouve dans le budget de la mission « Médias » pour 2011, qui consacre un déploiement de crédits à hauteur de 131 millions d'euros pour atteindre cet objectif.

Je voudrais profiter de ce débat pour attirer votre attention, monsieur le ministre, sur un sujet de grande inquiétude pour les membres de mon groupe et moi-même.

À l'occasion du passage au numérique, de nombreux problèmes peuvent se poser dans les zones frontalières et en outre-mer. C'est notamment le cas à Saint-Pierre-et-Miquelon. Sur ce territoire, la diffusion analogique prendra fin en 2011. Pour des raisons juridiques, de droits d'auteurs, que nous comprenons, un système de cryptage devra être mis en place pour éviter que le Canada limitrophe puisse capter le signal numérique des chaînes de France Télévisions.

Deux questions se posent alors. D'une part, il est essentiel que le cryptage permette le maintien de la diffusion au Canada de la chaîne télé pays, Télé Saint-Pierre-et-Miquelon. Ce vecteur de communication et de promotion de l'archipel est fondamental à l'échelle régionale. Il serait impensable de l'entraver. Cela reviendrait à ternir le rayonnement même de la France sur le Canada, ainsi que l'intégration des départements et territoires d'outre-mer dans leurs régions.

Par ailleurs, nous nous inquiétons au sujet du cryptage. Il obligerait les Saint-Pierrais et Miquelonnais à acquérir un module de décryptage particulier, en plus du décodeur classique nécessaire à la réception de la TNT. Il serait inadmissible que ces citoyens français, un peu lointains, soient obligés de payer pour avoir accès à une évolution technologique majeure qui, selon la loi, doit être gratuite.

Monsieur le ministre, nous attendons des réponses précises sur ces sujets.

Vous vous réjouissez d'un budget en hausse. Mais remarquez que l'indexation de la redevance sur l'évolution du coût de la vie et la contribution des fournisseurs d'accès à internet au financement du compte de soutien, à l'industrie des programmes audiovisuel, ne sont pas étrangères à cette hausse des crédits.

De même, la nouvelle maquette de la mission intégrant le livre entraîne, elle aussi, une augmentation automatique mais superficielle des crédits de la mission.

On ne peut donc pas dire que les sommes allouées à la mission « Médias » soient suffisantes ni adaptées aux nombreux objectifs fixés pour l'année à venir, à savoir le déploiement de la TNT, la transformation de France Télévisions en entreprise unique, mais aussi les suites des états généraux de la presse ou le développement de l'audiovisuel extérieur de la France.

C'est pourquoi la majorité des membres du groupe RDSE votera contre les crédits de cette mission. (Applaudissements sur certaines travées du RDSE, ainsi que sur les travées du groupe socialiste.)

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