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Discussions générales

Proposition de loi relative à l'assistance médicalisée pour mourir

Intervention de monsieur Gilbert BARBIER

Gilbert BARBIER

M. le président. La parole est à M. Gilbert Barbier.

 

M. Gilbert Barbier. Monsieur le président, messieurs les ministres, mes chers collègues, comme cela vient d'être rappelé par M. Xavier Bertrand, 94 % des Français seraient favorables à une légalisation de l'euthanasie, selon un sondage de l'IFOP réalisé en octobre dernier.

Ce chiffre se veut convaincant pour certains,…

 

M. Guy Fischer. Nous ne l'avons pas utilisé !

 

M. Gilbert Barbier. … mais chacun ici sait que le résultat est souvent affaire de formulation. Quand on propose la mort sans souffrance, je suis personnellement surpris que 57 personnes sur les 956 interrogées se prononcent contre.

A également été évoqué le sondage d'OpinionWay dans lequel 60 % des Français déclarent préférer le développement des soins palliatifs à la légalisation de l'euthanasie, 52 % estimant même qu'une loi légalisant cette démarche comporterait des risques de dérives.

Mes chers collègues, je ne pense pas qu'on peut sérieusement se fier aux sondages pour répondre à un problème aussi complexe et aussi sensible que celui que rencontre chacun d'entre nous face à la mort. Le sujet dont nous traitons aujourd'hui mérite un peu plus de dignité et de respect !

J'ai par exemple entendu, dans mon département, le président de l'association défendant cette proposition de loi dénoncer régulièrement les « voleurs de liberté » que seraient notamment les médecins parlementaires, « sourds à la souffrance de leurs semblables et partisans de l'acharnement thérapeutique ».

 

M. René-Pierre Signé. Oh !

 

M. Gilbert Barbier. J'étais médecin, je suis parlementaire et je m'oppose à la légalisation de l'euthanasie : je serais donc un « voleur de liberté »… Soit, mais qu'il me soit permis au moins d'en donner les raisons !

En réalité, nombre de nos concitoyens trouvent une justification à l'euthanasie dans une analyse ou une tentative d'analyse de leur propre mort. Les sondages nous disent une seule chose, toute simple : « je ne veux pas souffrir ». Nous sommes à peu près tous dans cette disposition.

Toutefois, la question posée aujourd'hui n'est pas celle de notre propre mort, dont Freud disait qu'il nous est absolument impossible de nous la représenter car « toutes les fois que nous l'essayons, nous nous apercevons que nous y assistons en spectateurs [et], dans son inconscient, chacun est persuadé de sa propre immortalité ».

La question est de savoir si la société doit reconnaître un droit à l'aide active à mourir – soyons clairs, un droit de tuer (Exclamations sur plusieurs travées du groupe socialiste.) Appelons les choses comme elles doivent l'être ! – au nom de la dignité du malade et du respect de sa volonté.

Il s'agit bien de cela dans la proposition de loi qui nous est présentée. Au-delà des intentions sans doute sincères, au-delà des précautions de langage, reste le fait que c'est bien un tiers qui dispose d'une vie qui n'est pas la sienne, fût-ce dans des circonstances limitées et avec l'accord de l'intéressé.

 

M. Jean-Jacques Mirassou. Eh alors ?

 

M. Gilbert Barbier. C'est pour le moins curieux dans un pays qui a voté, voilà trente ans, l'abolition de la peine de mort !

 

M. René-Pierre Signé. Voilà autre chose !

 

M. Gilbert Barbier. Je dois dire que l'expression retenue par les auteurs de cette proposition – « assistance médicalisée permettant, par un acte délibéré, une mort rapide et sans douleur » – a quelque chose de maladroit, voire de glaçant. Elle peut rappeler des pratiques très anciennes. (Oh ! sur plusieurs travées du groupe socialiste.) Ce ne sont pas les termes « assistance médicalisée » qui permettent de s'affranchir de la violence de l'acte.

 

M. Bernard Piras. Ce n'est pas sérieux !

 

M. Gilbert Barbier. Dans Une mort très douce, Simone de Beauvoir disait à propos de sa mère, une vieille femme au bout du temps : « Il n'y a pas de mort naturelle. [Toute mort est] une violence indue. » Bien qu'athée, elle avait bien noté la contradiction essentielle de la condition humaine : même naturelle, la mort est un scandale.

Alors, en quoi une fin de vie rapide, donnée par autrui, garantit-elle une fin de vie calme et digne ?

L'amalgame que font certains entre euthanasie et droit à mourir dans la dignité est d'ailleurs inacceptable. Qui s'aviserait de dénier ce droit à quiconque ? Faut-il rappeler que la dignité est un caractère intrinsèque de toute personne, qu'elle est la même pour tous et n'admet pas de degré ? Selon le philosophe Paul Ricœur, cette notion renvoie à l'idée que « quelque chose est dû à l'être humain du seul fait qu'il est humain ».

On veut respecter la volonté des personnes, mais le souhait d'en finir pour ne souffrir ni physiquement ni psychiquement relève d'une forme de névrose obsessionnelle (M. Jean-Jacques Mirassou s'exclame.), qui habite chacun d'entre nous, de ne pas avoir à se trouver face à la mort. C'est peut-être la rançon des avancées techniques, mais c'est aussi, comme le disait François de La Rochefoucauld, parce que « le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement ».

Quoi qu'il en soit, ce souhait peut varier en fonction de tel ou tel soulagement, information ou événement extérieur. Les malades en fin de vie peuvent vouloir épargner leurs proches par une demande qui ne correspond pas forcément à leur désir profond.

Enfin, on aurait pu croire que ce texte satisfasse les idéologues voulant sortir la société de l'obscurantisme du corps médical et laisser l'individu maître de sa destinée. En fait, il n'en est rien ! La proposition de loi remet encore la décision finale et le geste de l'euthanasie sous la responsabilité des médecins, dans une procédure bien complexe d'ailleurs.

Il leur appartiendra donc toujours, au-delà des lois, de respecter ou non le serment d'Hippocrate qui, dans sa version originale, dit : « jamais je ne remettrai du poison, même si on me le demande, et je ne conseillerai pas d'y recourir ».

Il y a bien d'autres points à développer dans cette discussion et je ne manquerai pas de les aborder lors de l'examen des articles, en toute indépendance d'esprit, car je ne suis à la solde de personne.

Mes chers collègues, je respecte les opinions de chacun d'entre nous dans ce débat de société. Je m'exprime ici en confiance, comme je l'ai fait en 1979, par exemple, en soutenant Simone Veil dans son combat en faveur de l'interruption volontaire de grossesse, l'IVG.

 

M. René-Pierre Signé. Avec les voix des socialistes !

 

M. Gilbert Barbier. Ma position ne se veut pas fermée à toute détresse et dans ma profession, croyez-moi, j'en ai rencontré.

La loi Leonetti de 2005 et l'article 37 du code de déontologie médicale, récemment complété, condamnent l'obstination déraisonnable et recommandent l'utilisation de tous les moyens nécessaires au soulagement des douleurs et à l'apaisement des angoisses terminales. Ces moyens existent et, s'ils ne sont pas mis en œuvre, c'est par méconnaissance des dispositions légales ou même manque de culture palliative. Ce n'est pas pour cette raison que, demain, il faut autoriser à tuer ! (Applaudissements sur la plupart des travées de l'UMP. – Mme Anne-Marie Payet applaudit également.)

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