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Discussions générales

Projet de loi de finances pour 2012 : mission "Recherche et enseignement supérieur"

Intervention de madame Françoise Laborde

Françoise LABORDE

Mme la présidente. La parole est à Mme Françoise Laborde.

Mme Françoise Laborde. Madame la présidente, monsieur le ministre, madame et messieurs les rapporteurs, mes chers collègues, l'enseignement supérieur et la recherche sont des moteurs essentiels de la croissance économique et du progrès. Ainsi, les crédits soumis à notre approbation, aujourd'hui, ont pour vocation, notamment, mais pas seulement, de contribuer au développement de nouveaux métiers et de nouveaux gisements d'emplois. Ils doivent aussi permettre d'assurer l'élévation du niveau de connaissances et de l'innovation.

Dans cette perspective, il est essentiel que ces deux secteurs d'activité soient épargnés par les coupes claires infligées à la plupart des autres missions du projet de loi de finances pour 2012.

À mes yeux, vous l'aurez compris, nous avons un devoir, celui d'assurer le financement de la recherche et de l'enseignement supérieur, qui constitue un investissement dans l'avenir bien plus qu'une charge.

J'en conviens, monsieur le ministre, vos services ont déployé des efforts pour limiter les dégâts, comme vous nous l'avez très justement rappelé lors de votre audition en commission : avec les « investissements d'avenir ou encore les 20 milliards d'euros du plan de relance et les 5 milliards d'euros pour l'opération Campus ».

Il en résulte que les crédits de la mission interministérielle « Recherche et enseignement supérieur », la MIRES, apparaissent cette année encore en augmentation, mais en euros constants ; cette augmentation ne suffit donc pas à compenser l'inflation.

La part de notre PIB consacrée à la recherche reste, cependant, encore loin de l'effort fourni par les États-Unis qui oscille entre 2,5 % et 3 % ou encore par le Japon, dont les crédits affectés à ce poste dépassent 3,5 %. Nous restons en deçà de l'objectif fixé de 3 % du PIB et la France peine à retrouver une bonne place dans le classement international établi par l'OCDE. Souvenons-nous qu'elle occupait la sixième place en 1995.

Pourtant, les dotations attribuées aux grands organismes progressent très légèrement, comme pour le Centre national de la recherche scientifique ou encore pour le Centre national d'études spatiales et les emplois y sont préservés. Pour l'Institut national de la santé et de la recherche médicale, il s'avère que cette hausse pourrait s'expliquer par l'absorption de l'Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales et des crédits du plan cancer.

Comme l'a souligné notre rapporteur, le financement de programmes comme le PIA - Programme d'investissements d'avenir - permet aussi d'aller dans le bon sens et de faire émerger des domaines novateurs. Encore faut-il s'astreindre à clarifier le rôle des différents acteurs. D'ailleurs, quand c'est effectivement le cas, les résultats d'un bon pilotage stratégique ne se font pas attendre. Les « alliances » et instituts thématiques sont très importants.

Dans ce contexte, peut-être pourrez-vous m'expliquer, monsieur le ministre, la diminution des crédits d'intervention de l'Agence nationale de la recherche, principal opérateur des appels à projets dans le cadre du PIA.

La stimulation de la recherche passe aussi par la réforme fiscale engagée par votre ministère en 2008, celle du crédit d'impôt recherche, qui, en 2010, a coûté 4,7 milliards d'euros. Pourtant, elle n'a pas tenu toutes ses promesses, notamment à cause des effets d'aubaine qu'elle génère de la part de certaines grandes entreprises et de leurs filiales, qui n'hésitent pas à embaucher de « vrais faux thésards » - selon l'expression de la présidente de la commission de la culture - dans le seul but d'alléger leurs impôts. Le crédit d'impôt recherche a pourtant été mis en place pour soutenir la politique industrielle et l'innovation en France.

En juin 2010, un rapport parlementaire vous invitait à élaborer des outils d'évaluation de la performance de ce dispositif : qu'en est-il concrètement aujourd'hui, monsieur le ministre ?

Une hausse de 1,1 % du coût du crédit d'impôt recherche, le CIR, est prévue pour 2012. Cet effort est primordial car il permettrait de générer d'ici à quinze ans une croissance du PIB de 0,3 point ; ce chiffre nous ouvre des perspectives de développement, notamment pour les nouvelles filières. Il semble cependant évident que le dispositif doit aujourd'hui être révisé afin d'éviter qu'il ne soit pas qu'une niche fiscale au bénéfice des entreprises les plus puissantes. Je suis favorable à la réorientation du CIR pour l'adapter au monde des PME, faire en sorte de les inciter à y avoir recours et aussi, dans un même élan, assouplir de toute urgence les formulaires des contrats CIFRE, ou Conventions industrielles de formation par la recherche, pour en faciliter la mise en œuvre.

Enfin, je déplore, comme un certain nombre de nos collègues, les dégâts causés par les revirements brutaux de votre politique fiscale, par exemple, en ce qui concerne la filière des énergies renouvelables et, en particulier, celle du photovoltaïque. (M. Jean-Pierre Plancade, rapporteur pour avis, opine.) Combien de dépôts de bilan d'entreprises et d'emplois perdus à ce jour, dans un secteur qui conserve un énorme potentiel pour l'avenir en matière de recherche et de développement durable ?

Ce gâchis fait écho à une autre situation à laquelle vous n'apportez pas de solution budgétaire, celle de la fuite des cerveaux.

De trop nombreux chercheurs quittent encore notre pays, et ceux qui restent en France s'inquiètent de l'insuffisante prise en compte de leurs préoccupations, notamment en matière de salaires. Ce n'est pas une révélation, mais vous n'y répondez pas par des créations de poste de chercheur ou de maître de conférences.

Cette fuite des cerveaux est d'autant plus alarmante qu'elle dure déjà depuis plusieurs années. Sur le terrain, les euros ne sont pas au rendez-vous, les salaires proposés aux jeunes chercheurs restent rédhibitoires. Après dix ans d'études, pour des jeunes adultes en âge de fonder une famille, on peut comprendre la tentation de l'émigration quand le traitement qui vous est proposé dépasse difficilement 1 600 euros par mois.

Le budget de l'enseignement supérieur reste lui aussi insuffisant, notamment dans son volet « vie des étudiants », comme nous l'a démontré notre rapporteure pour avis Mme Gillot.

Le versement d'un dixième mois pour les boursiers est certes plus en adéquation avec la réalité de leurs charges. C'est positif mais insuffisant dans le contexte de grave crise économique que nous traversons. Surtout, nous ne sommes pas assurés de la pérennité de ce dispositif.

Vous n'apportez pas de réponse à la question du logement des étudiants ni à leur situation de grande pauvreté, comme l'ont souligné les orateurs précédents.

Selon des études récentes, 30 % des étudiants sont obligés de travailler afin de poursuivre leurs études, 20 % renoncent purement et simplement à se faire soigner, faute de moyens et la hausse de la taxe sur les mutuelles n'arrangera rien, comme l'a très justement rappelé Mme la rapporteure pour avis des crédits de l'enseignement supérieur. Certaines enquêtes attestent même le recours de plus en plus fréquent à la prostitution « ponctuelle » pour s'en sortir. Comme notre rapporteur, je m'interroge : quelles mesures dans votre budget sont destinées à lutter contre la misère des étudiants ? Comment en est-on arrivé là ?

Avant de conclure, je voudrais évoquer les crédits des universités. En tant qu'élue de la Haute-Garonne, je suis, bien sûr, satisfaite des crédits accordés à l'université de Toulouse, notamment dans le cadre du plan Campus, mais je constate que la recherche de l'excellence se fait dans un esprit parfois trop élitiste.

Il y a un an déjà, j'avais demandé à votre prédécesseur qu'un premier bilan de l'application de la loi relative aux libertés et responsabilités des universités soit établi, car il semble que, à ce jour, les universités soient encore trop inégalement traitées. Quels crédits mobilisez-vous dans ce budget pour lutter contre les inégalités territoriales ?

Il s'avère, en effet, que les universités de plus petite taille dites « de territoire » devraient rencontrer cette année les pires difficultés pour boucler leurs budgets. Celles-ci sont imputables non pas à une gestion fantaisiste de ces établissements, mais plutôt à l'insuffisance de leurs dotations de fonctionnement et des transferts de l'État pour compenser leurs charges. Est-ce le prix de l'autonomie des universités ?

Les inégalités territoriales ne doivent pas être creusées, elles doivent plutôt être aplanies par les projets de loi de finances, et je doute que ce soit le cas pour 2012.

Monsieur le ministre, si les efforts budgétaires sont, par certains aspects, encourageants, le chemin est encore long. Il reste beaucoup à faire pour rattraper le retard que nous avons accumulé en matière de recherche...

M. Jean-Jacques Mirassou. Absolument !

Mme Françoise Laborde. ... et pour enfin insuffler de nouveau du dynamisme et de la modernité à l'enseignement supérieur français. C'est pourquoi les membres du RDSE s'abstiendront sur les crédits de cette mission. (Applaudissements sur certaines travées du RDSE, ainsi que sur les travées du groupe socialiste-EELV.)

M. Jean-Jacques Mirassou. Très bien !

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