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Discussions générales

Proposition de loi visant à assurer l'aménagement numérique du territoire

Intervention de monsieur Raymond Vall

Raymond VALL

M. le président. La parole est à M. Raymond Vall.

M. Raymond Vall. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'État, monsieur le président de la commission, monsieur le rapporteur, mes chers collègues, Aménagement numérique du territoire : passer des paroles aux actes, tel était l'intitulé du rapport d'information remis le 6 juillet dernier au nom de la commission de l'économie. Le Sénat a donc décidé de passer aux actes avec cette proposition de loi. Je m'en félicite et je remercie nos collègues Hervé Maurey et Philippe Leroy de cette initiative.

Je ne m'étendrai pas sur les problèmes de la ruralité, pas plus que je n'insisterai sur l'espoir que fait naître le désenclavement numérique dans nos territoires.

Dans mon département, le Gers, le schéma qui vient d'être réalisé nous amène à constater que le coût de l'aménagement numérique représente 120 millions d'euros pour 190 000 habitants. Savez-vous, monsieur le secrétaire d'État, à quelle hauteur s'élèvera la participation de l'opérateur historique, associé à d'autres ? Eh bien, cet opérateur prendra en charge exactement 30 000 habitants, soit 15 % de la population du département... Les autres attendront que l'on trouve des solutions, lesquelles dépendront du bon vouloir de l'opérateur historique et des autres, dont chacun sait ici le goût pour la rentabilité !

Les territoires ruraux ont beaucoup espéré du développement des infrastructures de transport. Il leur a été néanmoins répondu que Réseau ferré de France, RFF, avec plus de 30 milliards d'euros de déficit, ne pouvait plus assumer l'entretien des voies ferrées. Certaines lignes ont été fermées, les trains ne passent plus, et ce alors même que la région a consacré 900 000 euros à l'achat de trains neufs !

Nous avions également fondé de grands espoirs sur le schéma national des infrastructures de transport, le SNIT, qui prévoyait spécialement la construction de douze routes nationales reconnues comme indispensables pour le désenclavement des territoires. Mais l'État n'y consacrera pas un euro dans son budget pour 2012 !

La fibre optique constitue donc notre dernière chance de maintenir des activités sur nos territoires.

En Midi-Pyrénées, comme partout, il y a un pôle central et des activités périphériques. Dans la ville dont je suis le maire est implantée une entreprise qui a construit tous les bâtiments pour Airbus. Elle ne peut travailler sans le haut débit, et son bureau d'études également. Si nous ne trouvons pas de solution, elle devra se délocaliser.

Oui, ce texte nous redonne un peu d'espoir, notamment l'article 20, qui prévoit « le déploiement du très haut débit de façon prioritaire dans les zones rurales, en commençant par les zones d'activité et les services publics ».

Comment fonctionneront en effet les maisons de santé sans accès aux fichiers, sans télémédecine ?

Certes, le désenclavement numérique pose un problème de financement. Monsieur le secrétaire d'État, pourriez-vous nous éclairer, car je suis très surpris. Sur les 2 milliards d'euros du Fonds d'aménagement numérique des territoires, le FANT, seulement 900 millions seront consacrés à la ruralité. Et comment ce fonds sera-t-il alimenté ? En 2010, et vous le savez, les over the top, ou OTT, c'est-à-dire les opérateurs qui se servent de ces tuyaux, ont réalisé 4 milliards d'euros de revenus en 2010 et la somme de 9 milliards est envisagée pour 2015. Est-il normal que des opérateurs de distribution se servent des infrastructures payées par l'État sans participer à proportion des énormes bénéfices qu'ils engrangent ? Il y a là un problème, et une piste intéressante à creuser.

M. Jean-Luc Fichet. Très bien !

Mme Mireille Schurch. Bien sûr !

M. Raymond Vall. Je vous propose, l'idée n'est pas de moi, de créer un groupe de travail afin d'étudier les voies et moyens de fiscaliser ces opérateurs OTT qui font fortune en utilisant des réseaux appartenant à la puissance publique ou financés par l'argent public.

Voilà une piste qui mérite d'être explorée, je pense que nous pourrons tous tomber d'accord sur ce point.

Pour respecter mon temps de parole, et parce que tout a été dit et fort bien dit, monsieur le secrétaire d'État, je conclurai en insistant : nous avons là une occasion qu'il nous faut saisir. À défaut, l'espoir de la ruralité s'éteindra à jamais ! (Applaudissements sur certaines travées du RDSE, ainsi que sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC.)

 

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