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Discussions générales

Projet de loi de finances rectificative pour 2012

Intervention d'Yvon Collin

Yvon COLLIN

M. le président. La parole est à M. Yvon Collin. (Bravo ! et applaudissements sur certaines travées du RDSE.)

M. Yvon Collin. Monsieur le président, monsieur le ministre, madame la ministre, mes chers collègues, Jacques Mézard et Jean-Pierre Chevènement ont exprimé la position de notre groupe sur la fameuse « TVA sociale », une position que je partage d'ailleurs totalement, et sur le peu d'effet qu'une telle mesure aura tant sur l'emploi que sur la compétitivité de nos entreprises.

Selon nous, c'est bien l'innovation qui doit constituer la priorité. Dans le même temps, il est urgent de prendre des décisions fortes pour favoriser significativement la compétitivité hors prix de nos produits comme de nos entreprises.

Aussi, mes chers collègues, si l'article 1er de ce collectif budgétaire est emblématique et attire la lumière médiatique en ces temps électoraux, je souhaite pour ma part m'attarder sur l'article 2, qui instaure une taxe sur les transactions financières. C'est un sujet que je connais bien, puisque j'avais été, avec le soutien de mes collègues du RDSE, le premier à déposer et à défendre ici même une proposition de loi relative à la taxation de certaines transactions financières.

M. Roland du Luart. La « taxe Collin » ! (Sourires.)

M. Yvon Collin. On peut toujours rêver ! (Nouveaux sourires.)

Cette proposition de loi avait été examinée en séance publique le 23 juin 2010 et rejetée par la majorité sénatoriale de l'époque ; il convient tout de même de le rappeler. Encore une fois, nous avions sans doute raison trop tôt !

À l'époque, malgré les déclarations du Président de la République, qui voulait « moraliser le capitalisme », le rapporteur et le Gouvernement nous avaient reproché l'irréalisme de notre proposition, qui aurait été « dommageable pour la place de Paris ». C'était là le principal argument de la majorité de l'époque, qui était d'ailleurs quelque peu embarrassée.

Force est donc de constater que, depuis l'examen de la proposition de loi du RDSE, l'idée a fait du chemin. À Bruxelles, la Commission travaille sur une version européenne de cette taxe. Il est d'ailleurs certain qu'une telle taxe ne sera pleinement efficace que lorsqu'elle sera adoptée par un maximum d'États, en Europe bien sûr, mais aussi dans le reste du monde. Cependant, ni les membres de l'Union européenne ni même ceux de la zone euro ne sont pour l'instant parvenus à un accord sur cette question. Mais il faut bien commencer un jour et donner l'impulsion ! C'était d'ailleurs le sens de notre proposition de loi.

Prenant acte des tergiversations européennes, la nouvelle majorité sénatoriale a adopté, d'ailleurs avec le soutien de certains sénateurs de l'opposition, lors de l'examen du projet de loi de finances pour 2012 et du dernier collectif budgétaire pour 2011, un article instaurant une taxe sur les transactions financières. La Haute Assemblée avait en effet considéré, comme l'avaient fait les membres du RDSE avec leur texte de 2010, que la France devait « montrer l'exemple ».

Le Gouvernement avait alors une nouvelle fois rejeté catégoriquement cette mesure, arguant qu'« il serait contre-productif pour la France de mettre en place une telle taxe de manière isolée », selon les termes du représentant du Gouvernement en séance, le secrétaire d'État chargé du commerce extérieur, lors de la discussion des six amendements visant à instaurer une taxe sur les transactions financières dans le dernier projet de loi de finances. M. le secrétaire d'État poursuivait ainsi : « Faire cavalier seul serait donc peu réaliste et irait à l'encontre de la démarche engagée sur la scène internationale comme à l'échelon européen, au moment même où celle-ci commence à produire des résultats tangibles. »

Et pourtant... Le Gouvernement introduit aujourd'hui, dans ce premier collectif budgétaire pour 2012 et dernier collectif budgétaire de la législature, une taxe sur les transactions financières !

Mes chers collègues, comment faire confiance à un gouvernement qui change si souvent d'avis...

M. Roland Courteau. Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà !

M. Yvon Collin. ... à un gouvernement qui combat - avant de les reprendre ensuite à son compte ! - les propositions de l'opposition visant à renforcer la justice et l'équité et à limiter les pratiques spéculatives déstabilisant les marchés et plongeant nos économies dans des crises dont elles ont bien du mal à se remettre ?

Il en va ainsi de la taxe sur le « trading haute fréquence », proposée par Mme la rapporteure générale à l'occasion de l'examen du projet de loi de finances pour 2012, et rejetée à l'époque, c'est-à-dire voilà deux mois à peine, par le Gouvernement.

C'est pourquoi on peut douter de la volonté soudaine du Gouvernement de s'engager sur cette voie. Ainsi, il nous propose aujourd'hui de taxer notamment les « CDS nus sur dette souveraine », alors que ces derniers, qui sont déjà interdits en Allemagne, le seront prochainement dans l'ensemble de l'Union européenne.

En outre, la rapporteure générale l'a démontré, cette taxe sur les transactions financières repose principalement sur une version amoindrie du droit de timbre britannique. On ne peut donc que s'interroger sur l'utilité de cette taxe sur les transactions financières a minima telle que la propose aujourd'hui le Gouvernement.

Mes chers collègues, peu convaincu par l'efficacité des mesures inscrites à l'article 1er sur l'emploi et la compétitivité des entreprises, redoutant des effets pervers sur le pouvoir d'achat des Français et quelque peu déçu de cette version très light de la taxe sur les transactions financières, j'apporterai mon soutien, avec mes collègues radicaux de gauche du RDSE, à la motion tendant à opposer la question préalable qui sera présentée avec force et talent par notre excellente rapporteure générale. (Applaudissements sur certaines travées du RDSE, ainsi que sur les travées du groupe socialiste.)

 

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