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Discussions générales

Proposition de loi relative à la prévention des inondations et à la protection contre celles-ci

Intervention de Philippe Esnol

Philippe ESNOL

M. le président. La parole est à M. Philippe Esnol.

M. Philippe Esnol. Monsieur le président, madame la ministre, monsieur le rapporteur, mes chers collègues, cette proposition de loi, déposée par notre collègue Pierre-Yves Collombat, visant à la prévention des risques naturels liés aux inondations et à la protection des populations lorsque celles-ci surviennent est l'aboutissement d'un long et sérieux travail législatif, engagé notamment à la suite des deux inondations dont le Var a été victime, en juin 2010 puis en novembre 2011. Nos collègues Pierre-Yves Collombat et Louis Nègre avaient alors conduit conjointement une mission d'information dont les travaux furent d'une qualité remarquable et remarquée. Ils ont remis leur rapport il y a un peu plus d'un an, après avoir réalisé un véritable travail de terrain et procédé à de nombreuses auditions d'experts, de scientifiques et d'acteurs politiques et socioéconomiques.

Tirant tous les enseignements de la double catastrophe survenue dans le Var, nos collègues ont établi un diagnostic clairvoyant sur la prévention du risque d'inondation dans notre pays, accompagné d'un certain nombre de préconisations utiles. Le caractère exemplaire de ce travail trouve, par conséquent, un prolongement à la fois logique et bienvenu dans une initiative législative qui ne pouvait, dans ce contexte, qu'émaner du Sénat.

Le premier intérêt de cette proposition de loi est d'aborder de manière résolue un sujet majeur, mais quelquefois sous-estimé dans notre pays : celui de la gestion des risques naturels.

Dans le monde, nombre de gouvernements comportent un ministre chargé spécifiquement de la prévention et de la réparation des risques naturels, disposant bien sûr des moyens administratifs et budgétaires adéquats.

À la vérité, tel est le cas surtout dans les pays les plus exposés à ce type de risques, où la sensibilité aux questions de prévention et de réparation des catastrophes naturelles est évidemment plus forte. Je ne vais pas forcément regretter que la France ne soit pas dans cette situation ! En effet, par rapport à d'autres, notre pays est tout de même faiblement exposé aux risques naturels majeurs ; c'est sans doute la raison pour laquelle cette question y est moins sensible qu'ailleurs.

Pour autant, nous ne sommes bien évidemment pas exempts de risques de différentes sortes, et il est donc absolument essentiel d'adopter une stratégie de prévention et de protection des populations.

Ainsi, quoique l'activité sismique y soit faible, la France n'est pas à l'abri d'éventuels dégâts matériels provoqués par les tremblements de terre qui s'y produisent quelquefois, en particulier dans le Sud. Les précédents historiques sont rares, mais certains ont été de véritables désastres, à l'image du tremblement de terre de Lambesc, survenu en 1909. (M. le rapporteur acquiesce.)

De même, si notre climat tempéré nous exempte, au moins en métropole, des menaces les plus graves, comme les ouragans, et si nous n'avons pas en permanence une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, nous sommes exposés aux feux de forêt en période de sécheresse estivale, ainsi qu'à des tempêtes susceptibles de causer de graves dégâts humains et matériels, comme en décembre 1999, ou à des inondations.

La prise de conscience des risques naturels invite les responsables politiques que nous sommes à créer les structures et les stratégies propres à y répondre.

Nous ne sommes bien sûr pas démunis en la matière, mais l'excellent travail accompli par nos collègues au sein de la mission commune d'information sur les inondations qui se sont produites dans le Var, et plus largement, dans le sud-est de la France au mois de novembre 2011 a parfaitement démontré que nous devons mieux prendre en compte le renforcement tendanciel de ces risques, lié à l'étalement urbain, qui réduit considérablement, dans de nombreuses zones de notre territoire, l'absorption des eaux pluviales par les sols, en particulier en cas d'intempéries subites et intenses.

Le dispositif de la présente proposition de loi offre des pistes pour une amélioration sensible de la gestion de ce risque.

Il vise à permettre une modernisation des outils à la disposition des acteurs publics pour mener à bien deux missions essentielles : la prévention, consistant à réduire l'exposition au risque par des politiques d'aménagement plus intégrées, et la réparation, consistant à rendre plus souple, plus rapide et plus effective la réponse des autorités publiques aux situations d'urgence, en vue de mieux venir en aide aux populations victimes des inondations.

Pour satisfaire à ce double objectif, la proposition de loi tend à rénover l'architecture de la gouvernance du risque et de la prévention des inondations.

Tout d'abord, elle vise à faire de l'échelon intercommunal l'acteur clé de cette politique territorialisée, pour renforcer la lisibilité et l'identification de l'action publique.

La commission du développement durable, des infrastructures, de l'équipement et de l'aménagement du territoire a estimé que ces dispositions avaient déjà été adoptées par notre assemblée, dans le cadre de l'examen en deuxième lecture du projet de loi de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles.

De même, la création de structures ad hoc pour la gestion des bassins versants, prévue par la proposition de loi, a déjà été débattue dans cet hémicycle. Je me contenterai donc de rappeler que la création d'établissements publics spécifiques, dotés d'un statut mieux adapté, permettra de renforcer les organismes publics qui existent déjà dans ce domaine. Elle permettra aussi de rationaliser l'action publique de prévention de l'inondation, assurée jusqu'ici par d'autres types d'organismes, comme les syndicats mixtes ou les syndicats de rivière.

Enfin, la question de la création d'une taxe destinée à financer la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations a également été examinée lors de la discussion du projet de loi de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles. Il s'agit d'assortir la clarification des responsabilités locales de moyens d'action effectifs, renforcés évidemment par les programmes de l'État dans ce domaine. En tant que rapporteur pour avis du programme « protection de l'environnement et prévention des risques » du projet de loi de finances pour 2014, je suis particulièrement attentif à ce problème.

La proposition de loi renforce les éléments d'une gouvernance locale du risque inondation déjà mis en place. Ainsi, s'agissant des plans de prévention des risques naturels prévisibles, la commission du développement durable a tenu à rappeler que, s'ils relèvent de la responsabilité exclusive de l'État, ils doivent être pilotés en concertation étroite avec les élus locaux à chaque étape de leur conception et de leur mise en œuvre. Pour être moi-même un élu local subissant en ce moment l'élaboration d'un PPRN, je puis vous assurer que la participation du maire et de la population est absolument indispensable ! (M. le rapporteur acquiesce.)

Dans sa seconde partie, la proposition de loi comporte des mesures relatives à la gestion de la crise consécutive à l'inondation et de l'après-crise, ainsi qu'à l'indemnisation des dommages.

En ce qui concerne la gestion de la crise, elle renforce la coordination des actions sur le terrain et prévoit une association plus étroite des maires aux opérations conduites par le préfet.

En ce qui concerne l'après-crise, elle met en place une commission de suivi des opérations : l'action de cette instance très importante et très attendue permettra d'inscrire dans la durée le suivi des travaux, l'indemnisation des dommages et le traitement de l'ensemble des problèmes se posant tant aux élus qu'à leurs administrés à la suite du sinistre.

Enfin, la proposition de loi prévoit des évolutions substantielles du régime assurantiel des catastrophes naturelles. Elle responsabilise l'assuré en prévoyant le retrait de la garantie « catastrophe naturelle » dans un cas strictement défini : lorsque des biens immobiliers ont été implantés illégalement dans une zone classée inconstructible par un PPRN. Elle instaure également une modulation de la prime d'assurance visant à inciter les particuliers à entreprendre des travaux de protection contre le risque d'inondation.

M. le président. Mon cher collègue, il faut conclure !

M. Philippe Esnol. Mes chers collègues, les pistes ouvertes par cette proposition de loi représentent des avancées utiles et importantes en vue de l'amélioration de la réponse publique au risque inondation. Elles ont été considérées favorablement par la commission du développement durable ; du reste, je crois que, sur un tel sujet, il y a peu de place pour les débats politiciens. J'ai grande confiance dans le fait que le Sénat reprendra cette initiative à son compte. Pour sa part, le groupe RDSE soutiendra bien évidemment la proposition de loi de notre collègue Pierre-Yves Collombat ! (Applaudissements sur les travées du RDSE et sur plusieurs autres travées.)

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