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Discussions générales

Proposition de loi visant à faciliter le stationnement des personnes en situation de handicap titulaires de la carte de stationnement

Intervention de Jean-Claude Requier

Jean-Claude REQUIER

M. le président. La parole est à M. Jean-Claude Requier.

M. Jean-Claude Requier. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, la loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées de 2005 a constitué une avancée significative pour les droits des personnes en situation de handicap, notamment en réaffirmant le principe d'accessibilité pour tous.

L'accessibilité, selon la délégation interministérielle aux personnes handicapées, doit permettre « l'autonomie et la participation des personnes ayant un handicap, en réduisant, voire en supprimant, les discordances entre leurs capacités, leurs besoins et leurs souhaits d'une part, et les différentes composantes physiques, organisationnelles et culturelles de leur environnement d'autre part ».

La possibilité de se déplacer va dans le sens d'une plus grande accessibilité. Elle est une condition indispensable pour s'intégrer dans la société et participer aux activités sociales, éducatives ou professionnelles. La mobilité des personnes handicapées dépend pour l'essentiel des places de stationnement qui leur sont réservées. C'est dans cet esprit qu'une politique de stationnement spécifique a été déployée sur l'ensemble du territoire pour réserver des places aux seuls titulaires de la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il s'agissait aussi de limiter le déplacement de ces personnes entre la place de stationnement et le lieu où elles souhaitent se rendre.

Pour autant, la mobilité des personnes handicapées reste encore trop souvent problématique en France.

Surtout – et nous le savons bien –, un certain nombre de conducteurs valides font preuve d'incivilité en stationnant sur ces places réservées au plus grand mépris des droits des personnes handicapées. Les différentes associations dénoncent ces pratiques régulièrement et la presse s'en fait souvent l'écho. Néanmoins, ce phénomène ne cesse de s'aggraver. Même si le handicap n'est pas toujours visible, combien d'entre nous n'ont pas vu un jour un automobiliste sortir en courant d'une voiture stationnée sur une place réservée et dire à la cantonade « Juste deux minutes, je reviens ! » ? (Mme la ministre déléguée acquiesce.)

Depuis quelques années, on observe également une recrudescence des pratiques abusives et frauduleuses à la carte de stationnement. Si les abus n'ont pas été chiffrés, l'Association des paralysés de France estime qu'une carte sur trois serait fausse ou utilisée de manière frauduleuse. Ainsi, certaines personnes n'ont aucun scrupule à utiliser la carte d'un parent placé en maison de retraite depuis plusieurs années, voire décédé ! D'autres n'hésitent pas à voler ces cartes, ou même à les falsifier.

Et le travail des forces de l'ordre pour repérer avec certitude les fausses cartes est particulièrement difficile. Les associations et les maisons départementales des personnes handicapées dénoncent régulièrement le caractère rudimentaire du badge « handicapé ». Le processus de fabrication et son simple support papier favorisent, il est vrai, son usurpation. Le recto, visible depuis l'extérieur de la voiture, n'indique que le numéro de la carte et sa durée de validité. Le nom et la photo du détenteur se situent, quant à eux, au verso.

Par ailleurs, les agents de police ne disposent pas de liste officielle des détenteurs de la carte d'invalidité. Il est donc indispensable de renforcer les contrôles de l'utilisation des places réservées pour en garantir l'occupation par les seuls détenteurs d'une carte en bonne et due forme.

M. Yvon Collin. Très bien !

M. Jean-Claude Requier. C'est d'ailleurs ce que préconise l'Observatoire interministériel de l'accessibilité en contrepartie de la possibilité pour les personnes à mobilité réduite de stationner gratuitement sur tout emplacement.

Pour lutter contre ces usages abusifs, le modèle de la rigueur viendra peut-être de la Corse ! (Exclamations amusées.)

L'association Stella Zitellina, en partenariat avec l'association des paralysés de France, a eu une idée assez intéressante. Elle propose notamment que la liste des détenteurs de carte de stationnement soit communiquée aux gendarmeries et commissariats de police des principales villes de Corse, afin que les forces de l'ordre puissent la croiser avec le fichier des immatriculations de véhicule.

L'objectif de la proposition de loi présentée par le groupe socialiste est légitime, et nous ne le contestons pas. On peut toutefois regretter que celle-ci soit débattue alors que le Premier ministre a annoncé en septembre dernier la mise en place d'une large concertation sur le thème de l'accessibilité, dont la présidence a été confiée à notre collègue Claire-Lise Campion. Ses conclusions devraient justement permettre de compléter et d'améliorer les dispositifs législatifs et règlementaires existants, de faciliter la mise en accessibilité des établissements recevant du public, de la voirie et des transports publics.

Nous aurions pu mener une réflexion de grande ampleur, aborder cette question dans le cadre d'une politique globale, transversale et cohérente. La question de l'accessibilité, facteur déterminant de l'amélioration de la qualité de vie des personnes handicapées, est au cœur de notre pacte républicain et doit le rester.

Au-delà de ces considérations, le groupe du RDSE votera en faveur de la proposition de loi. (Applaudissements sur les travées du RDSE, ainsi que sur les travées du groupe socialiste. – Mme Muguette Dini applaudit également.)

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