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Discussions générales

Proposition de loi visant à faciliter l'exercice, par les élus locaux, de leur mandat

Intervention de Pierre-Yves Collombat, CMP

Pierre-Yves COLLOMBAT

 

M. le président. La parole est à M. Pierre-Yves Collombat.

M. Pierre-Yves Collombat. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'État, monsieur le rapporteur dont je salue l'engagement au service de la cause des élus locaux, mes chers collègues, succédant à la proposition de loi Saugey visant à renforcer l'attractivité et à faciliter l'exercice du mandat local, déposée au mois d'avril 2011 sur le bureau du Sénat et votée ici en première lecture puis disparue corps et biens, la présente proposition de loi Gourault-Sueur visant à faciliter l'exercice, par les élus locaux, de leur mandat arrive enfin au terme de sa gestation législative, deux ans et quatre mois après son dépôt et quelques jours avant des élections départementales. Un hasard sans doute !

Mme Jacqueline Gourault. Quel esprit vif !

M. Pierre-Yves Collombat. D'ailleurs, la présence parmi nous ce matin du secrétaire d'État chargé notamment de la mémoire est une invitation à cette célébration du passé. (Sourires.)

Mme Jacqueline Gourault. Bravo !

M. Pierre-Yves Collombat. En attendant, de statut de l'élu local, toujours point !

Dois-je rappeler, après François Hollande lors des états généraux de la démocratie territoriale, « que notre démocratie locale est sans doute la plus singulière, puisqu'elle ne reconnaît à aucun moment un statut pour ses élus ? Et que beaucoup sacrifient leur vie professionnelle à l'intérêt général ? »

Dois-je rappeler la promesse faite par Mme Lebranchu, lors de l'examen de ce texte en première lecture, de demander à son administration « de travailler sur l'idée de statut de l'élu et de voir tout ce qui serait nécessaire pour créer un tel statut » ?

Dois-je rappeler les propos de bon sens politique du coauteur de cette proposition de loi, par ailleurs alors président de la commission des lois, notre collègue Jean-Pierre Sueur : « Nous nous réunirons bientôt pour travailler sur l'avenir de la proposition de loi. » ? Et voici sa péroraison : « Monsieur Collombat, nous ne sommes pas loin du statut de l'élu. Les sirènes du populisme peuvent bien continuer à retentir ; comme le montre ce qui a aujourd'hui été fait ici avec fierté, nous restons conscients des exigences de la démocratie, dont la protection des élus. C'est par un discours de vérité et de transparence que l'on combat le populisme ! » (M. Jean-Pierre Sueur applaudit.)

M. André Reichardt. Très bien !

M. Pierre-Yves Collombat. Non seulement nous ne nous sommes jamais réunis, non seulement les questions essentielles – les retraites, le statut juridique des indemnités et la revalorisation de celles des élus des petites communes, la responsabilité et la sécurité juridiques des élus territoriaux – sont toujours prudemment ignorées, mais le texte a été vidé au cours de la navette des quelques dispositions novatrices qu'il contenait après son examen en première lecture au Sénat.

M. Jean-Pierre Sueur. Ce n'est pas vrai !

M. Pierre-Yves Collombat. Ainsi, cela a été dit, la commission mixte paritaire a-t-elle renoncé à modifier la définition de la prise illégale d'intérêt, modification que notre assemblée avait pourtant votée trois fois.

Chemin faisant, la présente proposition de loi, qui ne mangeait pas de pain à l'origine, pourrait désormais s'intituler, après l'intégration de la charte de l'élu local par l'Assemblée nationale, « proposition de loi de prévention de la délinquance des élus territoriaux ».

Je l'ai dit lors de la seconde lecture au Sénat, je le répète aujourd'hui : rendre obligatoire cette liturgie moralisatrice, c'est laisser croire qu'elle est souhaitable. C'est donc alimenter, en pensant l'apaiser, la cabale « anti-élus ». Or on n'apaise pas la rumeur en lui donnant raison ; on la combat par la démocratie et en laissant passer la justice quand il y a faute. Et les armes ne manquent pas !

M. André Reichardt. Tout à fait !

M. Pierre-Yves Collombat. Pour reprendre les propos de Jean-Pierre Sueur que je viens de citer, « c'est par un discours de vérité et de transparence que l'on combat le populisme ! »

M. Jean-Pierre Sueur. Quel honneur !

M. Jean-Jacques Hyest. Très bien !

M. Pierre-Yves Collombat. Après les affaires Woerth et Cahuzac, qui touchaient aux sommets du pouvoir, celui-ci, pensant noyer le poisson et diluer le poison, crut bon d'élargir la cible des critiques aux élus locaux, lesquels seraient trop nombreux et trop bien indemnisés, paresseux, pour ne pas dire corrompus. Ainsi les élus furent-ils sommés de se faire aussi transparents que des non-personnes et de proclamer rituellement à la face de l'opinion médiatique, avant d'être publique, qu'ils n'étaient pas, et ne seraient pas, des concussionnaires. Le problème, c'est que la multiplication des professions d'honnêteté et de droiture est loin d'être rassurante : au contraire, elle suscite des inquiétudes.

Souffrez, mes chers collègues, que ni moi ni le RDSE ne nous associions à cette opération pavée d'autant de bonnes intentions que l'enfer.

Après le retraitement de la proposition de loi initiale par l'Assemblée nationale, retraitement accepté par le Sénat, la question n'est plus de savoir si trois fois rien c'est déjà quelque chose. Elle est d'accepter ou de refuser d'être complice de l'offensive anti-élus en cours, qui aura pour résultat tout à la fois d'alimenter le populisme et de placer les élus du peuple sous surveillance de censeurs qui, eux, n'ont de comptes à rendre à personne !

Stendhal, avouant qu'il serait au désespoir de vivre en démocratie, expliquait qu'il préférait devoir faire sa cour à M. Guizot qu'à son bottier. Visiblement, en démocratie de marché post-moderne, il convient de faire sa cour à la fois à M. Guizot et à son bottier. Toutes nos excuses si nous manquons d'entrain pour l'exercice !

M. Jean-Pierre Sueur. C'est dit avec esprit !

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