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Discussions générales

Projet de loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques

Intervention de Jean-Claude Requier

Jean-Claude REQUIER

Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Claude Requier.

M. Jean-Claude Requier. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, nous nous retrouvons pour la dernière étape de ce qui aura été un véritable marathon législatif. (Sourires.)

Vous connaissez désormais la position nuancée du groupe RDSE sur le projet de loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques. On peut avoir des désaccords de fond avec l'auteur de ce texte, mais on ne peut pas lui reprocher d'avoir ménagé ses efforts ou sa présence parmi nous, ni d'avoir manqué d'audace. Nous reconnaissons et louons l'initiative d'avoir élaboré un texte ambitieux, qui cherche à faire « bouger les lignes » et à sortir de l'immobilisme, pour aller dans la bonne direction, la seule qui vaille pour notre pays : celle du retour de la croissance et de la récupération de marges de manœuvre à tous les niveaux de notre économie.

Certaines de nos propositions adoptées en première lecture ont été maintenues, notamment en matière de vie des entreprises ou d'urbanisme, comme l'élargissement de la composition de la Commission nationale de l'aménagement, de l'urbanisme et du foncier. Nous ne pouvons que nous en féliciter. Ensemble, nous contribuons à simplifier la vie de nos concitoyens et à débloquer notre économie.

À la fin de la première lecture, la Haute Assemblée a adopté, sous l'égide des corapporteurs et des membres de la commission spéciale, un texte de meilleure facture que celui issu de l'Assemblée nationale. (Marques d'approbation au banc de la commission spéciale.) Cela démontre, une fois de plus, la qualité du travail sénatorial, même si cela n'a pas suffi pour faire aboutir la commission mixte paritaire, dont l'échec, il est vrai, est peu surprenant.

Cependant, au terme de six mois de travaux législatifs, des points cruciaux restent en discussion. Je pense, en particulier, au chapitre sur les professions réglementées, sur lequel le président de notre groupe, Jacques Mézard, s'est beaucoup investi et qui constitue à nos yeux probablement la partie la plus discutable du projet de loi. Notre position dans ce domaine n'a pas varié : nous restons plus que réservés sur les principales dispositions, qui risquent de dénaturer l'exercice de ces professions et d'éloigner celles-ci de leur mission d'intérêt général.

Nous sommes, monsieur le ministre, des fantassins de l'ancrage territorial. À ce titre, nous estimons que les avocats, notaires, huissiers et autres greffiers des tribunaux de commerce ont un rôle essentiel à jouer dans le maillage et l'animation des territoires. C'est pourquoi nous nous inquiétons, par un vieux réflexe humaniste, de l'ascendant que l'adoption de ce texte donnerait au monde du chiffre sur celui du droit, bouleversement qui va de pair avec une vision par trop technocratique et parisienne des choses, conjuguée à une influence de plus en plus forte du système anglo-saxon.

Nous continuons de déplorer l'adoption de mesures relatives à la liberté d'installation des avocats qui risquent d'aggraver les déserts juridiques et d'entraîner une perte de matière grise dont les territoires ruraux ou hyper-ruraux seront, une nouvelle fois, les premières victimes. La postulation des jeunes avocats aux tribunaux de grande instance préservait un équilibre et nous regrettons sa remise en cause. Cette nouvelle lecture sera l'occasion de défendre haut et fort nos positions dans ce domaine !

Nous avons également quelques réserves à formuler sur le poids donné à certaines autorités administratives indépendantes. Je pense en particulier à l'Autorité de la concurrence, qui se voit confier, selon nous, trop de prérogatives, assorties d'un contrôle très insuffisant.

La déréglementation des transports est un sujet d'inquiétude supplémentaire dans la mesure où elle favorisera les régions dotées des meilleurs atouts, au détriment des territoires plus ruraux et enclavés.

Enfin, certains membres de notre groupe maintiennent leurs fortes réserves sur la réforme de la justice prud'homale et, plus généralement, sur celle du droit du travail. C'est pourquoi nous défendrons de nouveau des amendements sur tous ces sujets.

Au terme de la première lecture, la majorité des membres de notre groupe ont jugé sage de s'abstenir. À l'issue de cette nouvelle lecture, en fonction de la tournure des débats, nous prendrons notre décision. Nous espérons très sincèrement pouvoir alors nous prononcer en faveur du nouveau texte.

Monsieur le ministre, si, comme je l'ai dit en première lecture, dans le Macron, tout n'est pas bon, mais tout n'est pas mauvais, il peut encore être amélioré ! (Sourires. – Applaudissements sur les travées du RDSE.)

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