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Discussions générales

Projet de loi de finances pour 2016 : travail et emploi

Intervention de Gilbert Barbier

Gilbert BARBIER

M. le président. La parole est à M. Gilbert Barbier.

M. Gilbert Barbier. Monsieur le président, madame la ministre, madame la présidente de la commission des finances, messieurs les rapporteurs, mes chers collègues, à chacun sa manière d'interpréter les chiffres !

Si, voilà encore quelques jours, nous pouvions être satisfaits de la baisse du nombre de chômeurs enregistrée au mois de septembre, force est de constater que cette embellie a été de courte durée. Les derniers chiffres font état d'une augmentation de 42 000 du nombre des demandeurs d'emploi au mois d'octobre ! Madame la ministre, vous jugez ces chiffres insatisfaisants ; c'est le moins que l'on puisse dire, puisqu'il s'agit là de la plus forte hausse du chômage depuis 2013 !

Bien sûr, nous savons que les chiffres peuvent varier d'un mois à l'autre, mais nous savons aussi qu'ils ne peuvent, en l'état, traduire une diminution durable du nombre de demandeurs d'emploi. Contrairement à ce que le Gouvernement espérait, la forte baisse constatée en septembre ne marquera pas – je le crains – le début d'une inversion crédible et durable de la courbe du chômage.

En incluant l'outre-mer, le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi et n'ayant pas du tout travaillé en octobre frôle la barre des 4 millions. Parmi elles, les plus de 50 ans sont particulièrement touchés.

La hausse du mois d'octobre a épargné les jeunes, dont le taux de chômage aurait baissé de 2,9 % sur les douze derniers mois. Pour autant, les chiffres restent élevés et inquiétants.

C'est une question à laquelle tous les gouvernements qui se sont succédé depuis vingt ans n'ont pas su ou pas pu répondre de manière efficace. Malgré de nombreuses initiatives, les statistiques montrent que, jusqu'à présent, nous n'avons pas réussi à combattre ce fléau. Ce constat est d'autant plus vrai chez les jeunes peu ou pas diplômés.

Voilà une semaine, un débat s'est tenu sur l'initiative du Cercle des économistes, en partenariat avec le journal Le Monde. Le thème était : « Ouvrons le marché du travail à la jeunesse ! » Plusieurs experts ont esquissé des pistes pour tenter d'apporter une réponse. À cette occasion, Natacha Valla, directrice adjointe du Centre d'études prospectives et d'informations internationales, a dressé le constat suivant : en France, « nous sommes capables de former des élites très compétitives et très recherchées dans le monde de l'entreprise et, en même temps, nous laissons de nombreux jeunes sans diplôme. Il faut adapter le système éducatif aux évolutions de la société et outiller ces jeunes non qualifiés pour qu'ils aient quelque chose à proposer sur le marché du travail. »

L'apprentissage est en effet un formidable levier dans la lutte contre le chômage des jeunes. Il répond à la fois au besoin de qualification et d'insertion professionnelle des jeunes et à la demande des entreprises de recruter des salariés qualifiés.

Votre prédécesseur, madame la ministre, avait tenu ces propos : « […] relancer l'apprentissage, c'est relancer l'emploi. C'est rapprocher la jeunesse des entreprises et rendre plus perméable la frontière de la première embauche. Relancer l'apprentissage, c'est aussi permettre la transmission des petites entreprises et le développement des plus grandes. Bref, c'est revaloriser le travail comme valeur républicaine. » Je ne peux qu'y souscrire ! Pour autant, l'apprentissage est encore aujourd'hui stigmatisé, dévalorisé et trop souvent considéré, à tort, comme un pis-aller de la formation par de nombreux parents.

Aussi, je déplore que le nombre d'entrées en apprentissage ait baissé de 8 % en 2013 et de 3,2 % en 2014. Je regrette surtout les différentes mesures prises par le Gouvernement en la matière : suppression de la prime à l'apprentissage pour les entreprises de plus de 10 salariés, restrictions apportées au crédit d'impôt en faveur de l'apprentissage et réforme de la taxe d'apprentissage.

Je salue toutefois la mise en place de l'aide « TPE jeunes apprentis », mais je pense que beaucoup reste à faire, notamment au niveau de l'éducation nationale, pour changer les mentalités et faire en sorte que l'apprentissage soit considéré, non plus comme l'unique solution de repêchage des élèves en décrochage scolaire, mais comme une véritable voie de l'excellence.

Plusieurs de nos voisins l'ont bien compris, comme cela a été évoqué. Je pense notamment à l'Allemagne, qui compte moins de 8 % de ses jeunes au chômage.

M. Charles Revet. Eh oui !

M. Gilbert Barbier. Madame la ministre, parmi les priorités de la mission « Travail et emploi » figure également l'accompagnement des personnes les plus éloignées de l'emploi.

Les crédits consacrés aux contrats aidés restent ainsi élevés, malgré une légère diminution. Je regrette toutefois que l'accent soit mis sur les contrats aidés du secteur non marchand, alors que nous savons pertinemment qu'ils ne permettent pas un retour durable à l'emploi, plus encore quand les collectivités locales et les associations connaissent – et vont continuer de connaître – de fortes diminutions de leurs dotations.

Notre rapporteur pour avis l'a rappelé, selon une étude de la DARES, six mois après la fin de leur contrat, 66 % des personnes sorties d'un contrat unique d'insertion dans le secteur marchand sont en emploi, contre seulement 36 % des personnes sorties d'un contrat unique d'insertion du secteur non marchand.

Par ailleurs, il ne faut pas se leurrer : les contrats aidés sont qualifiés par certains économistes de « patch transitoire », agissant comme un palliatif, et non comme un curatif efficace face au chômage des jeunes. Ces contrats aidés ne doivent donc pas nous exonérer de la mise en place d'une véritable politique de l'emploi, notamment à destination des jeunes. (Mme Mireille Jouve et M. Charles Revet applaudissent.)

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