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Discussions générales

Projet de loi de finances pour 2016 : enseignement scolaire

Intervention de Mireille Jouve

Françoise LABORDE

Mme la présidente. La parole est à Mme Mireille Jouve.

Mme Mireille Jouve. Madame la présidente, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, je tiens d'emblée à saluer ce budget, le premier de la nation, qui est en augmentation de 1,1 %. Je me félicite du symbole comme des moyens donnés à l'éducation de nos enfants. Plus que jamais, à l'aune de la terrible année qui vient de s'écouler, investir dans l'éducation apparaît comme une nécessité absolue, pour renforcer la cohésion nationale autour de valeurs communes, mais aussi pour offrir des repères et des perspectives d'avenir à notre jeunesse, tout en offrant à nos enseignants les meilleures conditions pour le faire.

Le projet de loi de finances consacre donc le rétablissement des moyens humains de l'école en prévoyant la création de 10 851 postes. Certains considèrent qu'une politique du chiffre est privilégiée au détriment de la qualité. Pour ma part, j'estime que la qualité passe avant tout par le fait que tous les élèves puissent avoir, et ce tout au long de l'année, un enseignant en face d'eux.

M. Jacques Chiron. Très bien !

Mme Mireille Jouve. De surcroît, il faut que les classes soient beaucoup moins surchargées et que l'on puisse ainsi proposer un suivi davantage individualisé aux élèves, notamment dans les zones d'éducation prioritaire.

En outre, ces créations de postes semblent indispensables, ne serait-ce que pour faire face dans un premier temps à la poussée démographique et à l'accroissement du nombre d'élèves – de 60 000 en 2014, de 50 000 en 2015. Ce n'est pas faire du chiffre que de contribuer à l'amélioration des conditions de travail des élèves comme des enseignants, tout en maintenant les classes ouvertes, notamment dans les territoires ruraux.

Le premier degré de l'enseignement constitue un moment crucial de la formation des élèves, puisque c'est à la sortie du CM2 que tout se joue. À ce titre, il me paraît essentiel d'aller plus loin encore dans le dispositif « plus de maîtres que de classes » et de généraliser la scolarisation des enfants de moins de trois ans, en particulier dans les quartiers qui en ont le plus besoin. Les retours d'expériences du terrain nous montrent que ce n'est malheureusement pas possible partout, en raison d'un manque d'effectifs d'enseignants.

Par ailleurs, une étude récente montre que l'école maternelle est plébiscitée par les parents et les enseignants et qu'elle œuvre « pour les apprentissages, mais aussi le vivre-ensemble et l'épanouissement des élèves ». Renforçons-la et surtout valorisons le traitement de nos professeurs des écoles, qui sont parmi les plus mal payés des pays de l'OCDE. Quelque 50 000 d'entre eux ont écrit en ce sens à Mme la ministre. J'espère que vous serez attentifs à leur revendication concernant l'indemnité de suivi et d'accompagnement des élèves.

Si l'on veut des enseignants de qualité, il faut qu'ils soient correctement rémunérés, surtout lorsque l'éducation est et doit être une grande priorité de la nation. Il est loin le temps où ce métier était un choix de conviction, où le seul fait d'être enseignant constituait une gratification symbolique forte et conférait un statut social respecté et envié.

Très attachée à l'inclusion scolaire, je me réjouis de la création de 350 postes d'accompagnant des élèves en situation de handicap, ou AESH, qui complètent les 350 postes créés l'année dernière et renforcent ainsi la professionnalisation de personnels spécialisés, qui ont vu leur nombre fondre sous la précédente mandature. L'école de la République doit offrir les meilleures conditions d'accueil à tous.

La formation est également essentielle pour garantir la qualité de la pédagogie et des enseignements dispensés. Grâce à la création des Écoles supérieures du professorat et de l'éducation, la formation initiale a retrouvé une vraie cohérence, passant par l'acquisition de savoirs, mais aussi de compétences professionnelles.

En revanche, en matière de formation continue, l'effort doit encore être accentué. De ce point de vue, les crédits dédiés à la formation des personnels enseignants dans le cadre de la réforme du collège constituent une bonne nouvelle. Toutefois, encore une fois, les enseignants du premier degré s'estiment oubliés : 18 heures de formation par an sont prévues pour les professeurs des écoles, ce qui paraît bien faible.

Permettez-moi également de regretter que les crédits consacrés au fonds de soutien au développement des activités périscolaires soient en recul de 91 millions d'euros, de surcroît dans le contexte actuel de baisse globale des dotations de l'État aux collectivités. Je suis maire d'une petite commune dont les charges ne cessent de se multiplier. Comme chacun le sait, cette baisse pénalisera d'abord les communes en difficulté, qui ne pourront proposer d'autres activités que de la garderie. (Mme Françoise Gatel applaudit.)

Avant de conclure mon propos, monsieur le secrétaire d'État, je souhaiterais vous poser une question en lien avec la triste actualité des attentats du 13 novembre qui ont frappé la France et Paris.

Le Premier ministre, mais pas seulement lui, a répété plusieurs fois que d'autres attentats sont à redouter et que, bien évidemment, tout sera fait pour les prévenir – l'état d'urgence sert d'abord à cela. Or les écoles laïques de la République, nous dit-on, pourraient être une cible des terroristes. Aussi, que pouvez-vous nous dire, monsieur le secrétaire d'État, sur le renforcement de la sécurité aux abords des établissements scolaires de notre pays et peut-être aussi sur l'état de la menace qui pèse réellement sur les écoles ?

M. Loïc Hervé. Très bonne question !

Mme Mireille Jouve. Enfin, étant convaincue qu'il faut aider et l'enseignement primaire et l'enseignement secondaire, en particulier dans la mise en œuvre de la réforme du collège à la rentrée de 2016, je ne souscris pas à l'amendement de notre rapporteur spécial prévoyant plusieurs diminutions de crédits dans le secondaire. Je suis au contraire partisane d'une politique éducative ambitieuse pour nos enfants.

Aussi, à l'instar de la majorité des membres du groupe RDSE, mon vote dépendra du sort qui sera réservé à la plupart des amendements examinés en séance publique. (Applaudissements sur les travées du RDSE et du groupe socialiste et républicain, ainsi que sur certaines travées de l'UDI-UC.)

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