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Discussions générales

Proposition de loi d'expérimentation territoriale visant à résorber le chômage de longue durée

Intervention d'Hermeline Malherbe

Hermeline MALHERBE

Mme la présidente. La parole est à Mme Hermeline Malherbe.

Mme Hermeline Malherbe. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, avant toute chose, je vous présente tous mes vœux pour cette nouvelle année, que je souhaite plus sereine et fertile au développement de l'emploi.

Je me réjouis de prendre part aujourd'hui à l'examen d'une proposition de loi visant à résorber le chômage de longue durée dans nos territoires. Ce texte tend à faciliter l'embauche en contrat à durée indéterminée par des entreprises relevant de l'économie sociale et solidaire de personnes durablement éloignées du marché du travail.

Ces emplois ad hoc, rémunérés au moins au SMIC, répondent, dans nos territoires, à des besoins de proximité, sociaux, économiques ou environnementaux non satisfaits. Leur financement serait assuré en partie par une réallocation à budget constant de dépenses publiques directes – les allocations comme le chômage et le RSA –, indirectes – les aides au logement, par exemple – ou encore induites, comme le sont celles que supporte la sécurité sociale. En d'autres termes – je fais mienne la formule pleine de bon sens de notre collègue Yves Daudigny –, « l'argent public est mieux utilisé quand il contribue à un emploi ».

À titre liminaire, permettez-moi de dire qu'il me semble bienvenu d'avoir modifié l'intitulé de cette proposition de loi, qui, à l'origine, évoquait des « territoires zéro chômage de longue durée », puis une « expérimentation visant à faire disparaître ce chômage de longue durée ». Si ces objectifs sont louables, nous devons, selon moi, être attentifs aux mots que nous choisissons afin de ne pas créer inutilement chez nos concitoyens de la frustration et de l'insatisfaction. Je salue donc le consensus trouvé en commission des affaires sociales autour de l'intitulé « expérimentation visant à résorber le chômage de longue durée ».

Certains se demandent si ce texte marque le retour, sous une nouvelle forme, de l'emploi aidé. Non, ce n'est pas le cas ! Le financement recherché est innovant, car il s'appuie sur la réallocation de dépenses d'intervention supportées par l'État, les collectivités, notamment les conseils départementaux, et les partenaires sociaux. En outre, l'aide versée par le fonds d'expérimentation aux entreprises n'a pas de caractère définitif. On parle à juste titre de « fonds d'amorçage » : cette aide vise à permettre l'émergence de nouvelles activités portées par le secteur privé de l'économie sociale et solidaire, qui devront, à l'issue de cette période d'amorçage, être financées dans les seules conditions du marché.

Il s'agit donc d'offrir aux entreprises la possibilité de se positionner sur de nouveaux marchés. Ce type d'initiative fonctionne, j'ai pu l'éprouver dans mon territoire avec l'association Bois Énergie 66, qui a développé une activité de conseil aux structures souhaitant s'équiper d'une chaufferie à bois – une énergie renouvelable –, laquelle a démarré grâce à une aide du conseil général de l'époque, dirigé par Christian Bourquin. Cette amorce a permis de développer la filière, qui n'a plus besoin, aujourd'hui, de financement de la collectivité. Je suis donc convaincue que ce type d'initiative permettra à des chômeurs de longue durée de bénéficier des potentialités offertes par ces nouveaux emplois.

Pour revenir plus en détail au texte de la proposition de loi, je me félicite d'abord de la méthode employée.

L'initiative est portée par l'association ATD Quart Monde. J'aime l'idée que les décisions émanent des acteurs du territoire, quotidiennement confrontés aux dures réalités du contexte socio-économique actuel, qu'ils soient issus du monde associatif, élus ou chefs d'entreprise.

En juin dernier, j'ai organisé dans mon département une grande conférence sur l'emploi et le développement économique, réunissant tous les acteurs économiques locaux, afin de les mobiliser, de les fédérer et de réfléchir à de nouvelles solutions pour les emplois locaux. Cette proposition de loi s'inscrit dans le même esprit. Elle requiert un large consensus, par-delà les clivages politiques, afin de faire la démonstration que la diminution drastique du chômage de longue durée est un objectif commun.

Les modifications les plus importantes me semblent avoir été réalisées en commission des affaires sociales, même si des améliorations peuvent encore être apportées au texte. J'aurais notamment souhaité revenir sur le nombre de collectivités territoriales pouvant bénéficier de cette expérimentation. Las, mes deux amendements en ce sens ont été déclarés irrecevables au titre de l'article 40 de la Constitution. J'en ai été très surprise, dans la mesure où ils ne nécessitaient pas de réajuster le budget global prévu dans le texte.

Malgré le nombre limité de bénéficiaires, je forme le vœu que la candidature de qualité, dans mon département des Pyrénées-Orientales, de la communauté de communes Albères-Côte Vermeille, présidée par mon ami député Pierre Aylagas, reçoive toute l'attention de ceux qui évalueront les possibilités de mise en œuvre du dispositif. Cela redonnerait de l'espoir aux 2 000 chômeurs de longue durée que compte ce territoire.

En conclusion, mes chers collègues, j'espère que nos débats en séance se poursuivront sur la voie du consensus dessinée en commission des affaires sociales, afin que cette proposition de loi soit rapidement adoptée et mise en œuvre.

L'ensemble du groupe du RDSE soutient cette proposition de loi, dont l'adoption s'inscrirait dans la dynamique initiée en ce début d'année par le Président de la République et son gouvernement, qui présenteront lundi 18 janvier un plan d'urgence pour l'emploi. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain, du groupe écologiste et du groupe CRC, ainsi que sur quelques travées de l'UDI-UC.)

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