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Discussions générales

Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine

Intervention de Mireille Jouve

Mireille JOUVE

M. le président. La parole est à Mme Mireille Jouve.

Mme Mireille Jouve. Monsieur le président, madame la ministre, madame la présidente de la commission, mes chers collègues, après ma collègue Françoise Laborde, je tiens à m'exprimer sur les dispositions du présent texte relatives à l'archéologie préventive, au patrimoine culturel et à la promotion de l'architecture.

C'est un grand et vaste projet qui est soumis à notre examen aujourd'hui : un texte croisant l'amélioration de la protection du patrimoine et l'incitation à valoriser l'architecture.

Ces dispositions, dans les deux cas, étaient attendues de longue date. Au reste, c'est pourquoi plusieurs des mesures contenues dans le présent texte modifient en profondeur les règles actuellement en vigueur. Je pense notamment à la réforme des espaces protégés ou à celle des abords des monuments historiques, qui n'ont pas fini de susciter des débats. De même, les dispositions encourageant le recours à l'architecte constituent une évolution majeure à l'égard d'une profession dont le statut n'a pas été modifié depuis la loi du 3 janvier 1977.

On a pu le constater depuis l'examen du texte à l'Assemblée nationale : quelques-unes de ces mesures ont provoqué de fortes réticences de certains professionnels mais aussi des interrogations, non moins inquiètes, émanant des collectivités territoriales, qui craignent d'être laissées en première ligne par l'État.

« Il faut que l'État reste garant des mesures de protection du bien général », avaient d'ailleurs déclaré en décembre dans une lettre commune adressée au Président de la République et au Premier ministre les deux cents maires des villes d'art et d'histoire, soutenus par l'Association des maires de France, l'AMF.

Madame la ministre, vous semblez avoir entendu cet appel, et vous êtes parue visiblement disposée à des inflexions sur la question du regroupement des dispositifs de protection et de sauvegarde dans les plans locaux d'urbanisme, les PLU. Sur ce sujet, la commission a avancé, nous semble-t-il, dans le bon sens, c'est-à-dire dans l'intérêt des collectivités territoriales. Le PLU, sujet par sa nature même à des changements fréquents, ne paraît effectivement pas le meilleur rempart pour une protection durable du patrimoine.

D'autres mesures, attendues elles aussi, ont connu une destinée plus consensuelle, comme le renforcement de la protection juridique du patrimoine de l'État, en particulier les mesures visant à la protection des biens français inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, ou concernant la sauvegarde spécifique des domaines nationaux.

En revanche, un point suscite notre mobilisation : c'est celui de l'archéologie préventive. La commission est revenue sur la plupart des mesures prises par l'Assemblée nationale, lesquelles visaient pourtant à renforcer le contrôle de l'État sur les opérateurs privés soumis à l'agrément, dans le but d'améliorer la qualité des fouilles. Au prétexte de lutter contre une « reconcentration » entre les mains de l'Institut national de recherches archéologiques préventives, l'INRAP, notre commission a réduit les vérifications auxquelles sont soumis les opérateurs agréés, jusqu'à leur permettre de disposer du crédit d'impôt recherche, le CIR. Or, à mon sens, cette faveur ne répond ni à la logique du dispositif ni à une concurrence saine.

Mme Françoise Férat, rapporteur. Non !

Mme Mireille Jouve. Soucieux de préserver l'intérêt général, nous proposerons des amendements tendant à réintroduire un contrôle rigoureux des opérateurs privés subordonnés à l'agrément. Ces derniers ont toute leur place au cours des opérations de fouilles, mais doivent procéder dans le respect de certaines règles. Or les pratiques de dumping économique et social visant à faire baisser les prix du marché de l'archéologie préventive sont principalement l'œuvre de ces opérateurs. Il faut pouvoir contrôler le respect de certaines exigences des opérateurs en matière sociale et faire en sorte que le renouvellement régulier de l'agrément en dépende.

Dans un marché de plus en plus concurrentiel, le choix du moins-disant financier conduit trop souvent à faire passer les critères économiques avant la qualité scientifique des projets.

Dès lors, il existe un risque réel de négligence des fouilles et des opérations post-fouilles, en contradiction avec la mission d'intérêt général que doit remplir l'archéologie préventive, d'autant que, lorsqu'une fouille est exécutée, il est impossible de la recommencer.

Notre pays dispose d'un service public de recherches archéologiques préventives particulièrement compétent. Il faut le soutenir, comme il faut reconnaître le rôle spécifique des collectivités territoriales en la matière et encourager le recours à leurs services archéologiques, ainsi que doit le permettre la procédure d'habilitation. Tel est le sens des amendements que nous avons déposés.

Au sujet du patrimoine, je salue à la fois les avancées assurées via le présent texte et les corrections apportées par la commission. La liberté donnée aux collectivités territoriales dans le choix entre le périmètre automatique de 500 mètres et le périmètre délimité laisse une ouverture opportune aux maires.

Dans le cadre de la réforme des espaces protégés, nous souscrivons également au renoncement du recours au plan local d'urbanisme au profit d'un document plus constant et de nature à échapper aux modifications intempestives. L'unité de la protection du patrimoine passe par cette stabilité.

Les collectivités territoriales seront davantage accompagnées par l'État dans l'élaboration des plans de sauvegarde et de mise en valeur. Cette demande était formulée par nombre d'entre elles. Quant au nouveau label, son appellation fait couler beaucoup d'encre. Les « cités historiques » sont devenues en commission des « sites patrimoniaux protégés ». Mes chers collègues, nous soumettrons à votre vote une appellation quelque peu différente, qui nous semble à la fois plus lisible et plus attractive : ne perdons pas de vue que, derrière cette désignation, demeurent des enjeux touristiques.

Le volet architecture a, quant à lui, été très largement complété par l'Assemblée nationale, s'inspirant des propositions formulées par la mission parlementaire sur la création architecturale et sur la stratégie nationale pour l'architecture.

Néanmoins, adoptées en première lecture par l'Assemblée nationale dans un consensus suffisamment rare pour être souligné, ces mesures se sont révélées assez clivantes au Sénat, eu égard aux sollicitations envoyées par les différents professionnels du secteur. Pour ma part, je suis attachée à la promotion de la qualité architecturale du bâti, qui, comme l'a dit Mme la rapporteur, constitue notre patrimoine de demain.

Je ne serai pas la première à dresser le constat d'une France périurbaine assez peu mise en valeur par les zones commerciales et les lotissements au kilomètre.

Mme Corinne Bouchoux. Ah !

Mme Mireille Jouve. En favorisant le recours à l'architecte, nous nous donnons les moyens de renouer avec la qualité architecturale des constructions individuelles et collectives tout en veillant à leur insertion harmonieuse dans leur environnement. La diversité culturelle passe également par l'architecture, qui se donne à voir à tous de manière gratuite.

Dans son ensemble, nous accueillons donc favorablement plusieurs avancées de ce texte, aussi bien en matière de patrimoine que d'architecture, mais nous resterons vigilants quant au sort réservé à l'archéologie préventive. (Applaudissements sur les travées du RDSE et du groupe écologiste, ainsi que sur plusieurs travées du groupe socialiste et républicain et sur quelques travées du groupe Les Républicains.)

Mme Marie-Christine Blandin. Très bien !

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