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Discussions générales

Proposition de loi visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées

Intervention de Jean-Claude Requier

Jean-Claude REQUIER

M. le président. La parole est à M. Jean-Claude Requier.

M. Jean-Claude Requier. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, nous voici une nouvelle fois réunis pour nous prononcer sur la proposition de loi visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées. Si tous, députés comme sénateurs, nous sommes unanimes pour vouloir lutter contre le système prostitutionnel et accompagner les personnes prostituées, nous divergeons sur le meilleur moyen d'y parvenir.

Notre position sur le sujet n'a pas évolué à la suite de l'échec de la commission mixte paritaire. Elle demeure constante et claire : ni pénalisation des clients ni répression des personnes prostituées, mais de la prévention, de l'assistance et de la répression contre les réseaux mafieux et les trafics d'êtres humains.

Cette fois encore, nous nous félicitons de la suppression du délit de racolage passif, qui, depuis son instauration en 2003, a montré toutes ses limites. Non seulement il a contribué à fragiliser la situation des personnes qu'il visait à protéger, en repoussant les prostituées dans les lieux les plus reculés de la clandestinité, mais il n'est plus guère appliqué, car il est inapplicable !

En effet, après une importante utilisation, le nombre d'interpellations, de gardes à vue et de condamnations pour racolage passif a sensiblement baissé, sans que l'on constate une réduction de la pratique prostitutionnelle. Loin de là ! L'isolement géographique et social qui en a résulté s'est ainsi traduit par une plus grande vulnérabilité des personnes prostituées, rendant plus difficile l'accompagnement par les associations.

Le texte qui nous est soumis aujourd'hui met donc fin à ce dispositif contradictoire, qui a favorisé le maintien du « système prostitutionnel » clandestin qu'il avait pourtant vocation à éradiquer.

La commission spéciale a également veillé à ce que la dépénalisation du racolage passif ne nuise pas aux capacités d'enquête. L'article 1er ter permettra donc d'accorder une protection aux personnes prostituées coopérant avec les services de police en vue du démantèlement des réseaux.

J'en viens aux dispositions relatives au « parcours de sortie de la prostitution » et à l'assistance aux personnes prostituées. Nous avons déjà exprimé notre scepticisme face à la conception romanesque d'une « prostitution choisie ». Nous entendons cependant les revendications de ceux qui se présentent comme des « travailleurs du sexe » et évoquent le droit à disposer librement de son corps. Ils existent et constituent une réalité assumée du phénomène prostitutionnel.

La commission d'enquête a même auditionné un avocat à la cour d'appel préconisant la création d'un ordre national des péripatéticiennes et péripatéticiens.

Mme Brigitte Gonthier-Maurin. C'est consternant !

Mme Maryvonne Blondin. Et pourquoi pas une école ?

M. Jean-Claude Requier. Le texte laisse ainsi la possibilité aux personnes ayant choisi d'exercer la prostitution de le faire dans une moins grande insécurité juridique et sociale. Il offre surtout la garantie aux personnes victimes des organisations mafieuses, qui constituent la majorité des personnes prostituées, de bénéficier d'une aide sociale pilotée par une instance ad hoc.

Ce faisant, le texte nous paraît concilier au mieux les principes de libre disposition de son corps et de dignité humaine – un équilibre qui n'est jamais simple à trouver –, tout comme il concilie la nécessité de lutter contre la prostitution et le principe de réalité que l'on pourrait exprimer ainsi : tant qu'il y aura une demande, il y aura une offre.

Aussi, s'agissant de l'interdiction de l'achat d'un acte sexuel – mesure emblématique et la plus controversée –, nous réitérons notre satisfaction de voir cette disposition de pénalisation du client de nouveau supprimée par la commission spéciale. Nous ne répéterons jamais assez qu'une telle pénalisation, mise en place en Suède dès 1999, a abouti à des résultats plus que mitigés.

La prostitution y est devenue moins visible sur la voie publique,…

Mme Catherine Troendlé. Tout à fait !

M. Jean-Claude Requier. … mais plus ostensible sur internet, où des sites dits « d'entremise » se sont développés.

Mme Catherine Troendlé. Absolument !

M. Jean-Claude Requier. Elle n'a donc pas disparu, contrairement à ce que l'on affirme. La pénalisation semble aussi avoir engendré une hausse du « tourisme sexuel » en Europe et dans le monde.

Mme Catherine Troendlé. Effectivement !

M. Jean-Claude Requier. Enfin, comme l'a récemment souligné le Défenseur des droits dans un récent avis public particulièrement intéressant, la clandestinité, qu'elle résulte de la pénalisation des prostituées ou de leurs clients, accroît les risques sanitaires et la diffusion de maladies sexuellement transmissibles. L'ordre public ne peut être réduit à la moralité publique : en matière de prostitution, des considérations importantes de santé publique doivent également être prises en compte.

En dépit de la noblesse de l'intention affichée, la pénalisation des clients de la prostitution souhaitée par l'Assemblée nationale ne permettrait pas de lutter efficacement contre le « système prostitutionnel ». Son application semble aussi délicate que l'a été celle du délit de racolage passif. Elle aurait également le défaut d'accaparer les moyens policiers et judiciaires disponibles, au détriment du travail d'investigation nécessaire au démantèlement profond et durable des réseaux.

Or, dans le meilleur des cas, interdire l'achat d'un acte sexuel serait inefficace ; dans le pire des cas, cela viendrait ajouter de la clandestinité à la clandestinité, de la misère à la misère. Bref, ce serait contre-productif !

Pour être efficace, la lutte contre la prostitution subie nécessite donc une réponse globale. Elle suppose, en amont, l'engagement massif de nos forces et moyens dans la lutte contre les réseaux de criminalité organisée et de traite des êtres humains et, en aval, la mise à disposition de moyens pour assurer le succès de la mise en œuvre du « parcours de sortie de la prostitution ».

Parce que nous nous inscrivons dans cette logique, comme en première et en deuxième lecture, la grande majorité des membres du groupe du RDSE apportera donc son soutien au texte issu des travaux de la commission spéciale.

Mme Catherine Troendlé. Très bien !

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