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Discussions générales

Proposition de loi tendant à clarifier les conditions des délégations de compétences en matière de transports scolaires

Intervention de Pierre-Yves Collombat

Pierre-Yves COLLOMBAT

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Mme la présidente. La parole est à M. Pierre-Yves Collombat.

M. Pierre-Yves Collombat. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, pensez-vous que les transports scolaires fonctionneront mieux quand la loi NOTRe entrera en vigueur ?

M. François Bonhomme. Non !

M. Pierre-Yves Collombat. Si tel était le cas, nous ne serions pas ici à tenter de réformer une loi qui n'est « nôtre » que de nom !

L'organisation des transports scolaires sera-t-elle plus lisible pour les élèves, leurs parents et ceux qui en ont la charge au quotidien ? Les responsables seront-ils plus facilement accessibles quand il faudra s'adresser à la région ? Probablement pas !

Si les départements avaient largement délégué la mise en œuvre effective du service, il devait bien y avoir une raison – raison pratique, j'en conviens, avant d'être théorique. Remarquons d'ailleurs que la loi NOTRe avait prudemment laissé aux départements le soin d'organiser le transport scolaire des élèves handicapés, en contradiction avec le dogme de l'unicité d'exercice des compétences, responsable du choix finalement fait, malgré toutes les mises en garde, de confier le transport scolaire à la région.

M. François Bonhomme. Absolument !

M. Pierre-Yves Collombat. M. le ministre vient d'ailleurs de nous rappeler les éléments de ce credo.

Nous espérons que quelque obscure raison juridique dont Bruxelles a le secret ne viendra pas bousculer la correction de bon sens qui nous est aujourd'hui proposée. On le sait déjà, tous les départements ne sont pas prêts à assumer, dans n'importe quelle condition, une compétence qui n'est plus la leur. Par ailleurs, si les régions veulent assumer directement le service, qu'elles le fassent ! On jugera au résultat.

Troisième interrogation : le coût du transport scolaire sera-t-il moins élevé après la loi NOTRe, que cette proposition de loi de bon sens aille ou non au bout du marathon parlementaire ? Non, bien évidemment ! D'ailleurs, vous l'aurez remarqué, on ne parle plus guère des 20 milliards d'euros d'économies que les réformes de la loi RCT puis de la loi NOTRe devaient permettre de réaliser. En l'espèce, aux coûts des services de gestion des transports, qu'il faudra maintenir à proximité, s'ajoutera le coût du service régional. Encore une fois, si on entend sauvegarder l'essentiel, à savoir un service de proximité, il faudra bien y mettre les moyens !

Le traitement des transports scolaires par la loi NOTRe est emblématique des impasses dans lesquelles nous conduisent des réformes, qui, au lieu de partir des problèmes concrets, procèdent d'a priori : il y a trop de communes en France, trop de niveaux administratifs, trop de fonctionnaires ; tous les regroupements permettent de faire des économies d'échelle ; c'est dans les métropoles qu'est créée la richesse, laquelle « ruisselle » ensuite sur l'ensemble du territoire... Autant de sornettes dont on se garde bien de vérifier la pertinence ! On aurait, sinon, quelques surprises…

Je me plais à imaginer une réforme qui ne distribuerait pas des compétences, mais se préoccuperait des services à la population, évitant ainsi de séparer la compétence du territoire sur lequel elle va s'exercer. Ainsi, dans l'expression « transport scolaire », qu'est-ce qui est le plus important ? « Transport » ou « scolaire » ? Pour moi, c'est « scolaire », parce que c'est cette mission qui conditionne le choix des moyens et leur organisation, et non l'inverse. Vu d'un bureau, c'est évidemment le bus que l'on voit, et non pas les élèves de nos petites écoles rurales, leurs conditions de vie – la neige et le verglas – et leur rapatriement en catastrophe en cas de danger, quand l'inspection académique téléphone pour dire : « Vite, il est treize heures trente, il faut rapatrier les enfants ! » Vu d'un bureau, tout ça, on ne sait même pas que ça existe.

M. Simon Sutour. Absolument !

M. Pierre-Yves Collombat. Elias Canetti a écrit que le papier « supporte tout ». Visiblement, celui de la loi aussi ! Toutefois, je crains que tel ne soit pas le cas de la réalité.

Vous l'aurez compris, le RDSE votera cette proposition de loi de bon sens, en espérant que son examen parlementaire arrivera à terme. (Applaudissements sur plusieurs travées du groupe Les Républicains et de l'UDI-UC. – M. Simon Sutour applaudit également.)

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