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Discussions générales

Proposition de loi visant à mettre en place une stratégie nationale d'utilisation du transport sanitaire héliporté

Intervention de Gilbert Barbier, rapporteur de la commission des affaires sociales

Gilbert BARBIER

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Mme la présidente. La parole est à M. le rapporteur.

M. Gilbert Barbier, rapporteur de la commission des affaires sociales. Madame la présidente, madame la secrétaire d'État, mes chers collègues, après la verve de l'orateur précédent, je vais essayer de trouver les arguments pour faire avancer la présente proposition de loi.

De manière un peu poétique, mais aussi très pratique, le professeur Pierre Carli, médecin-chef du SAMU de Paris, m'a confié lors de son audition que chaque hélicoptère du SAMU avait son histoire.

Nous le savons, dans nos collectivités, le financement par les hôpitaux de rattachement des SMUR, qui sont les équipes d'intervention des SAMU, permet rarement la location d'un hélicoptère dédié. Ce sont donc les collectivités territoriales – les villes, les départements, les régions –, parfois plusieurs d'entre elles, parfois une seule, car un maire ou un président est particulièrement impliqué, qui permettent de mettre en place le financement nécessaire pour que l'équipe d'urgence dispose de moyens héliportés.

Cela a été dit, en France, à l'heure actuelle, 45 hélicoptères sont affectés aux SAMU. Ils exercent deux types de missions. Les missions dites de soins primaires, d'abord, qui impliquent de se rendre sur le lieu de la prise en charge des personnes malades ou blessées pour assurer le transport de celles-ci vers les services d'urgence. Les missions dites secondaires, ou plus exactement de second temps, ensuite, qui sont celles du transport des patients entre hôpitaux pour permettre la prise en charge la plus adéquate. Ces transports secondaires ne sont pas nécessairement urgents ; ils peuvent être programmés.

La distinction entre ces deux missions doit être relativisée, car certains patients sont d'abord dirigés vers l'hôpital le plus proche pour y être stabilisés, diagnostiqués, avant d'être éventuellement orientés par hélicoptère, en fonction de l'urgence, vers l'établissement disposant du plateau technique adapté à leur état.

Incontestablement, le double impératif de qualité optimale des soins prodigués et de sécurité entraîne la concentration des plateaux techniques très spécialisés sur quelques hôpitaux universitaires ou généraux, et par là même renforce le besoin en moyens de transport médicalisés et rapides. L'attractivité de l'hélicoptère est donc forte.

Les moyens en hélicoptères sont cependant mal répartis et le mode de financement des Héli-SMUR rend la gestion de ces derniers complexe. Les appareils sont loués à des entreprises qui assurent l'entretien technique et emploient les pilotes. Les possibilités techniques de ces appareils ainsi que le niveau d'habilitation des pilotes restreignent souvent l'usage qui peut en être fait.

Les médecins régulateurs des SAMU, qui sont les seuls à pouvoir décider d'une intervention médicale d'urgence, ont donc régulièrement recours aux autres hélicoptères de secours disponibles, essentiellement ceux de la sécurité civile. Les hélicoptères de la gendarmerie n'interviennent en effet pour les secours à personne que dans le cadre historiquement délimité du secours en haute montagne.

La question qui se pose est donc essentiellement celle de l'articulation entre les Héli-SMUR et les hélicoptères de la sécurité civile. On estime en effet que près de la moitié des hélicoptères de la sécurité civile sont en pratique employés pour des activités de transport sanitaire. Ce sont des appareils plus polyvalents, dont les pilotes sont hautement entraînés et habilités notamment au vol de nuit, ce qui n'est pas le cas des Héli-SMUR.

Mme Catherine Génisson. Si !

M. Gilbert Barbier, rapporteur. Si le SAMU peut donc faire appel aux hélicoptères de la sécurité civile, il ne peut cependant en disposer à sa guise. Les appareils ne sont pas forcément basés à proximité des hôpitaux. Surtout, ils sont prioritairement affectés aux missions de sécurité civile pour lesquelles ils ont été créés, et ne sont donc pas toujours disponibles.

Logiquement, tant du côté des SMUR que de celui de la sécurité civile, on appelle à une rationalisation de l'implantation et de l'emploi des hélicoptères en matière sanitaire. L'important travail sur l'aide à la personne que Catherine Troendlé et Pierre-Yves Collombat ont fait pour la commission des lois plaide en ce sens.

C'est aussi l'objet de la proposition de loi déposée par Alain Bertrand, Jacques Mézard et les membres du groupe RDSE, dont nous sommes saisis aujourd'hui.

La commission des affaires sociales a estimé que ce texte posait une vraie question et appelait une réponse du législateur. Elle a cependant considéré qu'il était nécessaire de se garder de plusieurs risques.

En effet, il ne faut pas céder à la tentation d'un « hélicentrisme » exagéré. Tous les acteurs en sont d'accord, l'hélicoptère n'est qu'un moyen parmi d'autres pour le transport sanitaire et, même dans les cas d'urgence, il n'est pas toujours le plus approprié. Accessoirement, il est relativement coûteux.

Entre le moment où le médecin régulateur des urgences reçoit l'appel et celui où l'hélicoptère peut arriver sur les lieux, plusieurs retards peuvent se cumuler. Il faut d'abord savoir où se trouve l'hélicoptère du SAMU ou celui de la sécurité civile, calculer le temps qu'il lui faudra pour embarquer une équipe SMUR, et vérifier que les conditions météorologiques et la situation géographique lui permettront de voler et de se poser.

Par rapport aux véhicules terrestres, l'avantage n'est donc pas toujours établi. De nuit, quand les routes sont dégagées, le transport par un véhicule du SMUR peut aller plus vite le transport par un hélicoptère pas forcément disponible immédiatement.

Il faut donc utiliser l'hélicoptère quand il présente un avantage évident. On ne peut l'envisager indépendamment des transports sanitaires terrestres. Inversement, si l'engagement pris de permettre partout sur le territoire l'accès aux soins urgents en moins d'une demi-heure fait sens en termes sanitaires, il n'est pas pertinent pour tous les déplacements programmés entre hôpitaux.

Comment parvenir à la gestion optimale des moyens héliportés ? La solution préconisée par le texte initial de la proposition de loi, la gestion des transports sanitaires héliportés par les agences régionales de santé dans le cadre d'un contrat national, aboutissait de fait à transférer une part importante des hélicoptères de la sécurité civile aux SAMU. Cette solution avait certes le mérite de la cohérence sur le plan sanitaire, mais elle a paru à la commission difficilement applicable sur le terrain.

Par conséquent, la commission a adopté, sur mon initiative, un amendement tendant à reprendre la solution préconisée par Catherine Troendlé et Pierre-Yves Collombat dans leur rapport. Il s'agit de prévoir la mutualisation de tous les hélicoptères par un service rattaché au Premier ministre, un service ne dépendant donc ni du ministère de l'intérieur ni de celui de la santé.

M. Jean-François Longeot. Très bien !

M. Gilbert Barbier, rapporteur. Ce service serait chargé de l'implantation des appareils. La gestion de ceux-ci serait faite à l'échelon le plus adéquat, peut-être la région. Les objectifs assignés à ce service seraient ainsi d'assurer le maillage territorial et de garantir l'accès aux urgences en moins de trente minutes.

Il me semble que cette solution, qui n'entrave pas les solutions déjà trouvées sur le terrain et ne préjuge pas du mode de gestion territorial le plus adéquat, peut être un point d'équilibre. (Applaudissements sur les travées du RDSE, du groupe socialiste et républicain, du groupe CRC. – M. Jean-François Longeot applaudit également.)

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