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Questions d'actualité

Question d'actualité sur l'Euro : violences des Hooligans

Question de Mireille Jouve à Monsieur Bernard Cazeneuve, Ministre de l'Intérieur

Mireille JOUVE

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M. le président. La parole est à Mme Mireille Jouve, pour le groupe du RDSE.

Mme Mireille Jouve. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur.

Monsieur le ministre, à l'occasion du match de l'Euro 2016 de football entre l'Angleterre et la Russie ce week-end, Marseille a été le théâtre d'affrontements d'une extrême violence entre des hooligans des deux pays.

Ces scènes de guérilla urbaine, dont les images ont fait le tour du monde, ont littéralement ensanglanté le Vieux-Port. Les nombreux touristes et les Marseillais qui se trouvaient sur place sont encore sous le choc ! Comment cela est-il possible dans notre pays et alors que l'état d'urgence a été prolongé pour l'Euro ?

Cette rencontre avait été classée à risque – 3 sur une échelle de 4 –, mais les débordements ont clairement dépassé les prévisions, puisque 150 hooligans russes, extrêmement entraînés, ont mené « un raid comme un commando paramilitaire », pour reprendre une expression que j'ai entendue.

Aujourd'hui, plusieurs interrogations se posent, alors que la compétition est encore longue et que l'image de Marseille est, une nouvelle fois, entachée par des scènes de violence et de multiples dégradations.

La première concerne l'anticipation de pareils affrontements : ne peut-on pas prévoir le pire sur ce type de rencontres, donc s'y préparer en mettant les moyens nécessaires ?

Comment expliquer aux Marseillais, qui ont vu déferler ces bandes ultra-violentes, que les autorités n'aient pas pu les stopper avant le passage à l'acte ? Force est de constater que, contrairement à ses déclarations, la Division nationale de lutte contre le hooliganisme a fait preuve d'impréparation et d'une absence de stratégie face à un phénomène qu'elle semblait méconnaître.

De quelle manière rectifier le tir et empêcher que les hooligans fassent à nouveau parler d'eux, à Marseille ou ailleurs ?

Monsieur le ministre de l'intérieur, quels enseignements tirez-vous, concernant le maintien de l'ordre public, de ce qui s'est passé à Marseille, dans la ville, mais aussi au Stade Vélodrome ?

Les Marseillais attendent des réponses et ne veulent pas que leur ville puisse à nouveau vivre de pareilles scènes de violence. (Applaudissements sur les travées du RDSE, ainsi que sur certaines travées du groupe socialiste et républicain et du groupe Les Républicains.)

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.

M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur. Je vous remercie, madame la sénatrice, de votre question. Elle me permet d'apporter des réponses très précises aux interrogations que vous formulez.

Tout d'abord, il y a eu, depuis le début de cette compétition qu'est l'Euro 2016, plus d'une dizaine de matchs, c'est-à-dire, dans de multiples fan zones ou stades, des opérations de contrôle et de sécurisation, qui ont bien fonctionné, à l'exception de Marseille.

À Marseille, il y avait des supporters de deux équipes, ivres de bières et violents. Cela avait déjà été le cas en 1998, également à Marseille, à l'occasion de l'Euro 2000 ou lors du match Ukraine-Pologne. Je regrette de devoir le dire, mais c'est une réalité, il y a, autour de ce sport et d'un certain nombre de clubs, des individus qui préfèrent la violence aux valeurs sportives, qui s'enivrent et qui commettent les exactions que l'on sait.

Y a-t-il eu une anticipation de ces violences ? Je veux tout de même rappeler, madame la sénatrice, que, contrairement à ce que laisse entendre votre question, nous avons empêché la venue en France de 3 000 supporters britanniques, auxquels les autorités de ce pays, au terme d'une concertation avec la France, ont retiré leur passeport. En outre, nous avons inscrit au fichier des personnes recherchées, le FPR, près de 2 500 personnes, dont certaines ont été contrôlées à la frontière et empêchées de venir.

Vous vous demandez ce que nous pouvions faire pour les empêcher de commettre ces actes. Madame la sénatrice, pour judiciariser des actes, il faut qu'ils aient été commis… Par ailleurs pour qu'on puisse empêcher des individus de se livrer à ces exactions, il faut qu'il y ait la certitude qu'ils les commettront. Or, compte tenu des précautions que nous avions prises, nous ne pouvions pas imaginer que cela se produirait.

Ensuite, vous évoquez les forces de l'ordre. Il y avait dix unités de forces mobiles dans Marseille, plus de mille policiers. Et face à ces exactions, il n'a pas fallu plus d'une heure aux CRS pour rétablir l'ordre.

Dans le contexte qui prévaut parmi les forces de l'ordre et compte tenu de ce que nous vivons, je préfère, en ce qui me concerne, leur rendre hommage, plutôt que de les critiquer, lorsqu'en une heure, ils rétablissent l'ordre face à des hordes barbares. Pourquoi, madame la sénatrice ? Pour une raison très simple.

M. le président. Je vous prie de conclure, monsieur le ministre.

M. Bernard Cazeneuve, ministre. Si, à chaque fois qu'il y a des violents dans des villes – et il y en a eu souvent dans l'histoire de France –, ce ne sont pas eux qu'on dénonce, mais ceux qui rétablissent l'ordre, on entretiendra, dans ce pays, une inversion des valeurs, dont la police de France, qui donne le meilleur d'elle-même, croyez-moi, n'a nul besoin ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain, ainsi que sur quelques travées du groupe Les Républicains.)

M. Didier Guillaume. Évidemment !

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