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Déclaration du gouvernement, suivie d'un débat, sur la crise financière et bancaire

Intervention de monsieur Yvon Collin

Yvon COLLIN
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M. le président. La parole est à M. Yvon Collin.

M. Yvon Collin. Monsieur le président, monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, la pensée économique libérale, hier si arrogante, si sûre de détenir la vérité incontestable, semble découvrir aujourd’hui un mot qu’elle rejetait jusque-là : régulation.

La crise financière a au moins un résultat : avoir fait vaciller le dogme de l’établissement d’une démocratie universelle fondée sur un marché libre et sans entrave.

Nous connaissons tous les causes de la situation actuelle, dont la première est indiscutablement la déconnexion totale entre l’activité financière et l’économie de production.

Or ces causes n’ont pu jouer que grâce à un abandon politique général : nous avons consenti au retrait quasi total de la puissance publique du champ économique. Je dis bien « nous » car la gauche, notamment la gauche européenne, s’est montrée parfois aussi empressée que la droite à se prosterner devant le marché roi, limitant alors son projet à une redistribution sociale à la marge.

Alors oui, il faut réguler : le système de Bretton Woods doit être totalement repensé ; les marchés de bourse doivent être encadrés ; il faut imposer aux institutions financières de nouvelles règles de responsabilité quant à leurs risques et à leurs liquidités.

Enfin, il est impératif que la puissance publique rassure les épargnants, affolés par l’imprévoyance et sans doute l’incompétence de spécialistes réputés.

Mais quand nous aurions fait tout cela, nous n’aurions encore fait que trop peu et trop tard. Et nous aurions surtout échappé à l’essentiel du diagnostic : quand l’économie, la technique l’emportent sur la politique et la culture, quand l’argent vaut plus que l’homme, il s’agit non plus d’une crise financière mais d’une crise de civilisation.

Dès lors que faire si l’on ne se contente pas du rôle de Cassandre ?

Il convient d’abord de revenir à l’économie réelle. Dans le plan d’urgence esquissé par le gouvernement français, chacun voit que la préoccupation essentielle va vers les banques, avec le souci de rassurer les particuliers. Même si je ne minimise pas l’annonce du rachat de 30 000 logements ni celle d’une ligne de crédits en faveur de l’investissement des PME, il m’apparaît que c’est bien peu à côté de la garantie accordée aux risques bancaires. Or nous ne rééquilibrerons pas le système sans changer cette disproportion.

Je vois aussi venu le temps d’une grande initiative européenne inspirée, disons-le, du keynésianisme et non plus de la stricte orthodoxie monétaire dont chacun ici peut mesurer les effets.

Pourquoi pas un programme européen de grands travaux aussi bien pour l’Europe elle-même que pour les pays en développement ?

Pourquoi pas aussi un Fonds européen de développement ayant pour double objectif de soutenir le regroupement des entreprises européennes en les aidant à faire face à la concurrence extérieure, en particulier celle des pays émergents en forte croissance, mais également d’imposer la constitution de pôles européens de développement industriel et de services à forte valeur ajoutée ?

La crise doit nous aider à concevoir aussi une nouvelle éthique du rapport entre le pouvoir politique et le pouvoir économique. Demain, comme l’exemple des entreprises mondiales les plus performantes le montre déjà, l’aide publique ne sera utile que si elle est assortie de critères environnementaux, de conditions sociales et d’un impératif démocratique, dans les pays de production comme à l’intérieur des unités de production. Soyons inventifs et tâchons d’exporter un nouveau modèle de civisme d’entreprise !

Enfin, permettez-moi de poser une question précise au Gouvernement : puisque le dogme du marché et de la sacro-sainte concurrence s’écroule, est-il encore temps de faire du dogmatisme ?

Monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, je ne prendrai qu’un seul exemple puisqu’il est dans l’actualité, celui de La Poste, pour laquelle l’expression « ouverture du capital » cache mal l’objectif véritable de privatisation. À l’heure où même les États-Unis volent au secours d’institutions privées avec de l’argent public, à l’heure où la Grande-Bretagne nationalise une banque aussitôt prise d’assaut par des épargnants rassurés, à l’heure où Mme Merkel renonce à son libéralisme pour sauver « sa » banque, est-il bien raisonnable de démanteler un service public qui garantit la solidarité entre nos territoires et la proximité avec les personnes les plus faibles ?

C’est au contraire le temps de réhabiliter le service public et de plaider pour de grands services publics européens – l’eau, les trains, la poste – qui feraient enfin vivre concrètement l’idée européenne aux yeux et au cœur de nos concitoyens.

Je suis, comme la plupart d’entre vous, un militant engagé, c’est-à-dire un optimiste pour qui le pire n’est jamais certain. Vous avez tous en mémoire la formule consacrée : « Vive la crise ». Les radicaux de gauche pensent que ce que nous hésitions à faire pour l’environnement, pour le droit social, pour l’homme plus généralement, la crise va nous forcer à l’entreprendre.

Dès lors, nous devons dépasser les querelles stériles ou les clivages partisans et aller de l’avant. La résignation creuserait la dépression, seule une action politique résolue et volontariste nous permettra de la surmonter. (Applaudissements sur certaines travées du RDSE et de l’Union centriste, ainsi que sur les travées du groupe socialiste.)

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