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Débat sur l'avenir de la presse

Intervention de monsieur Yvon Collin

Yvon COLLIN

Mme la présidente. Nous reprenons le débat sur l’avenir de la presse (aides financières à la presse, métier de journaliste et distribution).

La parole est à M. Yvon Collin.

M. Yvon Collin. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, dès sa naissance, la presse est apparue comme un formidable outil démocratique. Cette nature lui a valu d’être souvent malmenée au cours de l’histoire.

En France, la Monarchie, l’Empire et même la République balbutiante ont imposé le cautionnement et la censure. L’information devait rester le privilège des partisans du régime en place. Je citerai un seul homme : Napoléon, qui estimait que la presse était un arsenal réservé à ceux qui ont la confiance du Gouvernement. Tout était dit ! En 1881, la IIIe République a mis fin au débat : désormais, la presse sera libre, pluraliste et indépendante.

Aujourd’hui, elle doit faire face à de nouveaux défis. Nous le savons, la presse est en crise. Cette crise, loin d’être passagère, n’épargne plus personne dans le secteur : la presse quotidienne, touchée depuis longtemps, est rejointe dans la tourmente par les magazines et la presse scientifique et culturelle. Même la presse gratuite, qui a triplé sa diffusion en cinq ans, pourrait avoir atteint les limites de son développement, dans le contexte actuel.

Tous les chiffres convergent vers un constat très dur : le journal, ce support écrit, mine d’informations et reflet d’une culture, est menacé.

Entre 1994 et 2004, la presse quotidienne nationale a connu une chute de diffusion de 7,2 % et la presse quotidienne régionale une baisse de 14 %.

Si les revenus se sont plus ou moins maintenus jusqu’en 2007, une évolution négative du chiffre d’affaires de la presse écrite payante est prévue en 2010 et en 2011.

Est-ce une spécificité française ? Au regard des chiffres mondiaux de diffusion, la presse hexagonale est dans une situation critique.

Notre pays, cinquième plus grande puissance économique au monde, hisse péniblement l’un de ses quotidiens au soixante-seizième rang mondial des quotidiens payants les plus diffusés. Le temps où Le Petit Parisien pouvait se vanter, en 1916, d’être au premier rang mondial, avec ses trois millions d’exemplaires, est, hélas ! révolu. Plus aucun de nos quotidiens ne dépasse le million d’exemplaires diffusés, alors que cinq titres anglais atteignent au moins ce niveau.

De multiples journaux se battent pour leur survie. En particulier, la presse quotidienne nationale et la presse quotidienne régionale doivent faire face à des difficultés toujours plus nombreuses, des difficultés conjoncturelles et structurelles.

La contraction des ventes et des recettes publicitaires, l’augmentation des coûts du papier, la concurrence des gratuits et l’apparition d’internet sont autant de facteurs qui perturbent l’équilibre financier des quotidiens.

Sur le plan structurel, les blocages sont identifiés : le manque d’investissement, une industrie de l’impression surdimensionnée, l’inadaptation de l’offre éditoriale, le vieillissement du lectorat et l’insuffisance des points de vente. Tous ces éléments plongent le monde de la presse dans un état défensif perpétuel.

Si ces problèmes ne datent pas d’hier, la crise économique actuelle risque sans doute de les approfondir, madame la ministre. Il est donc plus qu’urgent d’aider ce secteur. Les pouvoirs publics ont naturellement un rôle à jouer par le biais des aides publiques à la presse ; ils le font déjà d’ailleurs.

Mais la presse est un monde d’entreprises, attaché fort logiquement à son indépendance. C’est pourquoi les solutions viennent aussi de l’intérieur de ce secteur, de sa capacité à se remettre lui-même en cause pour mieux rebondir.

Les états généraux de la presse écrite ont témoigné, selon moi, d’une vraie volonté d’aller de l’avant. Le Livre vert préconise un certain nombre de recommandations, dont certaines pourraient contribuer à améliorer la situation.

Le 23 janvier dernier, le Président de la République s’est engagé sur un certain nombre de propositions. Les membres du RDSE seront particulièrement vigilants quant à leur mise en œuvre. En effet, sans mettre en doute, à ce stade, les promesses du chef de l’État, on peut s’étonner que la dernière loi de finances n’ait pas pris la mesure du problème, puisque les aides à la presse ont été simplement reconduites.

En attendant, mes chers collègues, il convient d’agir sur l’ensemble de la chaîne. L’intérêt des états généraux est d’avoir mené une réflexion globale, allant de la production jusqu’à la diffusion auprès des lecteurs.

Parmi les décisions urgentes annoncées par le Gouvernement, le report d’un an de l’augmentation des tarifs postaux est une sage décision, qui répond à l’attente de la profession. Cependant, cette aide permanente au transport postal ne cantonne-t-elle pas la presse, en particulier la presse quotidienne nationale, dans un système de distribution encore perfectible ?

Le portage, plus pertinent, mériterait donc d’être encouragé. Avec 70 millions de crédits annoncés, le Gouvernement opère un rattrapage. Il serait souhaitable de pérenniser des aides importantes pour ce type de distribution.

La diffusion des journaux par la vente au numéro a fait l’objet de grandes discussions à l’occasion des états généraux, ce qui a sans doute suscité l’initiative gouvernementale en matière de rémunération du niveau 3. Il est nécessaire de simplifier l’installation des points ventes, car les journaux sont plus qu’un produit commercial. Parce qu’ils sont informatifs,…

Mme Nathalie Goulet. Normalement !

M. Yvon Collin. …instructifs, pédagogiques, les journaux doivent être, à l’instar des services publics, facilement accessibles sur tout le territoire.

S’agissant du processus proprement industriel de la presse, le premier des efforts doit porter sur les coûts de fabrication, qui, malgré des adaptations récentes, restent trop élevés en France. Pour les réduire de 30 % à 40 %, éditeurs et syndicats sont invités à négocier un nouveau « contrat social » dans les imprimeries. L’adaptation des savoir-faire aux nouvelles exigences modernes et la question de la mutualisation de l’impression devront être discutées.

En réponse à la baisse des recettes publicitaires pour les journaux – phénomène particulièrement inquiétant aujourd’hui –, le Gouvernement prévoit de réorienter une partie de sa communication institutionnelle vers la presse écrite. Cet effort mérite d’être salué, même si le captage de la publicité par la télévision et le poids trop important de la publicité hors média sont des tendances lourdes, qui continueront sans doute à grignoter les recettes des éditeurs.

Parce qu’il n’y aurait pas de journaux sans journalistes, les droits et les devoirs de la profession nécessitent d’être précisés. L’annexion d’un code de déontologie à la convention collective des journalistes est une bonne chose,…

Mme Nathalie Goulet. Une très bonne chose !

M. Yvon Collin. …qui permettra sans doute de restaurer un lien de confiance entre les lecteurs et les journaux, dans le respect de l’autorité éditoriale.

M. Jean-Pierre Plancade. Très bien !

M. Yvon Collin. Par ailleurs, compte tenu du contexte de concurrence sans borne dans lequel s’exerce l’édition, il est aussi important pour les journaux de repenser les conventions collectives à l’aune des nouveaux périmètres économiques qui – faut-il le rappeler ? – ne sont plus ceux de l’après-guerre.

Enfin, la formation des journalistes a besoin d’être clarifiée et améliorée, sans pour autant être uniformisée, car la diversité des parcours est un gage de richesse des contenus.

Il conviendrait d’ailleurs d’adapter ces contenus pour répondre au problème d’un lectorat particulièrement âgé en France. Les initiatives qui se profilent en direction des jeunes sont plus que nécessaires, car ces derniers délaissent clairement la culture de l’écrit au profit du numérique. Or, il a été démontré que la compréhension et l’assimilation d’une information étaient meilleures à la lecture d’un support papier.

Pour autant, il ne s’agit pas de dénigrer internet, qui fait partie intégrante de la vie des jeunes générations. Toute tentative de retour en arrière serait vaine. Il convient d’accompagner cet « existant » en l’adaptant. S’agissant de la presse diffusée sur internet, tout le monde s’accorde sur l’idée d’un statut de l’éditeur en ligne. Il est simplement souhaitable que ce dernier ait ses propres droits et obligations.

Tels sont, mes chers collègues, les principaux enjeux d’un débat sur l’avenir de la presse. Parce que la presse doit conserver sa liberté, son pluralisme et son indépendance, les pouvoirs publics ne peuvent pas être les principaux acteurs de la refondation du modèle économique de la presse. Ils doivent cependant prendre leur part au projet de modernisation, car ne pas accompagner ces mutations ferait courir le risque de la disparition de nombreux titres, ce qui amenuiserait l’un des principes que je viens d’énoncer : le pluralisme. Or, vous en conviendrez, madame la ministre, la démocratie ne peut pas se passer de la diversité des opinions.

Par conséquent, madame la ministre, mes chers collègues, sachez que les membres du RDSE soutiendront les initiatives publiques tant qu’elles s’inscriront dans une démarche de soutien politiquement désintéressée et économiquement prometteuse. (Applaudissements sur les travées du RDSE et sur quelques travées de lUMP.)

M. Jean-Pierre Plancade. Bravo !

 

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