Accueil » Déclaration du Gouvernement, suivie d'un débat, sur les orientations des finances publiques pour 2011

Débats

  • Les débats

LE TRAVAIL PARLEMENTAIRE DU RDSE<<< Revenir à la liste

Les débats

Déclaration du Gouvernement, suivie d'un débat, sur les orientations des finances publiques pour 2011

Intervention de monsieur Yvon Collin

Yvon COLLIN

M. le président. La parole est à M. Yvon Collin.

M. Yvon Collin. Monsieur le président, madame la ministre, monsieur le ministre, mes chers collègues, la France, comme la plupart des pays de la zone euro, est confrontée à un grave déficit de ses finances publiques. La situation catastrophique de l'économie grecque, révélée il y a quelques mois, a sonné l'alerte, puis donné le tempo : celui de la rigueur.

Ce mot de « rigueur », que le Gouvernement a pudiquement, ou plutôt tactiquement, évité de prononcer dans un premier temps, est devenu de plus en plus concret au fil des annonces de Bercy. Aujourd'hui, les ministres nous parlent d'un budget responsable, et nous nous réjouissons de ce réalisme salutaire.

Il est vrai que le tableau de nos finances publiques est sombre : le déficit public dépasse 8 % du PIB, du jamais vu depuis 1945 ; la dette publique avoisine 80 % du PIB, ce qui est un processus, comme chacun l'imagine, éminemment dangereux ; le déficit de l'État atteint 140 milliards d'euros, peut-être davantage ; et celui de la sécurité sociale sera de 27 milliards d'euros en 2010.

Mes chers collègues, comment en sommes-nous arrivés là ?

Vous le savez, la Cour des comptes a souligné deux causes essentielles du déficit budgétaire colossal de notre pays. Pour un tiers, il provient de la crise ; pour les deux tiers restants, ce sont bien les cadeaux fiscaux qui ont ponctionné les recettes de l'État et qui l'ont ainsi appauvri, je dirais même siphonné.

En dix ans, ces recettes auront reculé de 4,2 points de PIB. Le manque à gagner est estimé à plus de 80 milliards d'euros, alors que l'on attend toujours - impatiemment, d'ailleurs - les bénéfices de cette politique.

Aujourd'hui, malheureusement, l'heure est non plus au constat, mais plutôt au combat. La lutte contre les déficits nous est instamment demandée par la Cour des comptes, mais aussi, bien entendu, par nos partenaires européens et par le FMI.

Dans cette perspective, nous devrons agir à la fois sur les plans structurel et conjoncturel. C'est la figure imposée de la « ri-lance » - ce joli mot de votre invention, madame la ministre -, un exercice périlleux qui consiste, si j'ai bien compris, à appuyer à la fois sur l'accélérateur et sur le frein, au risque de déraper et de faire une embardée... (Sourires.) Je pense que l'expert en la matière serait Sébastien Loeb ! Même si je ne doute pas de vos qualités, l'exercice me semble difficile.

Il est en effet important de réduire et de supprimer les déficits structurels, estimés à plus de 5 % du PIB. Pour autant, peser sur la dépense ne nous exonérera pas de rechercher des recettes supplémentaires, avec, cette fois-ci, le double souci de l'équité et de l'efficacité économique.

La crise que nous connaissons depuis deux ans nous rappelle l'urgence d'établir une fiscalité progressive et juste sur le plan national.

Madame la ministre, monsieur le ministre, en ce qui concerne les correctifs budgétaires à apporter immédiatement, l'abrogation du bouclier fiscal doit être une priorité. Outre le fait que ce dernier symbolise l'injustice de la politique du Gouvernement, il restreint également - et je suis sûr que vous le regrettez tout les deux - la capacité d'action de l'État.

Tout d'abord, aux yeux des ménages les plus fragilisés par la crise, ce dispositif est de plus en plus insupportable. Le bouclier fiscal a été instauré en écho à l'ISF, et l'actualité nous démontre, non sans susciter d'effroi, les sommes indécentes que certains contribuables récupèrent à ce titre.

Ensuite, dans le contexte d'une crise dont on ne voit pas la fin, l'État doit pouvoir mobiliser des recettes. Or, depuis 2002, l'habitude a été prise de multiplier les niches fiscales. Et il aura fallu que nos finances publiques soient au bord du gouffre pour que le Gouvernement songe, enfin, à remettre en cause certaines d'entre elles ; mieux vaut tard que jamais, me direz-vous...

Actuellement, on en compte plus de quatre cents, pour un coût total d'environ 73 milliards d'euros. Une fois encore, nous savons que ces niches profitent aux contribuables disposant de patrimoine ou d'une forte épargne. La plupart de nos concitoyens ne sont donc pas, hélas ! en mesure d'en bénéficier.

Bien sûr, je vous l'accorde, la récupération des recettes passe aussi par la reprise économique. À cet égard, compte tenu de l'interdépendance des économies, des actions vigoureuses doivent être entreprises sur la scène internationale.

Je note que, lors des derniers sommets du G20, les gouvernements des principaux pays industriels se sont emparés du dossier complexe des paradis fiscaux pour mettre fin aux pratiques douteuses ayant cours dans ce domaine, et en particulier à l'opacité dont peuvent bénéficier individus et entreprises dans certains territoires non coopératifs.

Toutefois, pour être efficace, cet effort mérite d'être poursuivi - et amplifié - dans le temps avec une grande fermeté. Sur ce registre, la France doit bien entendu se donner les moyens de lutter plus efficacement contre l'évasion fiscale. Sans une volonté politique à long terme, il est vain d'espérer démanteler avec succès un système dont beaucoup - beaucoup trop ! - se sont arrangés par le passé et qui met en jeu les intérêts vitaux de certains États. Il est temps de mettre fin à ces ports de l'économie souterraine, ces havres de la spéculation ou ces blanchisseries d'argent sale !

L'action du G20 ne doit cependant pas s'arrêter à ce seul volet. Les réflexions sur la taxe bancaire sont en cours, et c'est aussi une bonne chose. Je regrette toutefois le sort réservé par notre assemblée à la proposition de loi déposée par l'ensemble des membres du groupe RDSE tendant à taxer les transactions financières. S'appuyant sur une réalité que nous condamnons tous - la prédominance des marchés et le règne de la spéculation -, cette proposition visait à remédier à cette situation par l'instauration d'une taxe « intelligente », dans l'esprit de la taxe Tobin, ayant pour objet la régulation des marchés et l'abondement des finances publiques.

J'ai cru comprendre que le Président de la République reprendrait peut-être à son compte cette idée lors du prochain G20. Elle deviendra alors immédiatement excellente, j'en suis persuadé. (Sourires.)

Madame la ministre, monsieur le ministre, le redressement des finances publiques suppose non seulement des mesures fortes, mais elle repose également sur la confiance de nos concitoyens. S'agissant des mesures fortes, nous les attendons, en particulier sur le plan national. Quant à la confiance des Français, elle semble vous échapper, hélas ! chaque jour un peu plus.

Aujourd'hui, nous sommes à la croisée des chemins : un autre système est à construire, un système économique efficace, juste et régulé.

M. Jean Arthuis, président de la commission des finances. Très bien !

M. Yvon Collin. Tant que nous n'irons pas clairement dans cette voie, les radicaux de gauche et la majorité des membres du groupe RDSE ne pourront pas approuver la déclaration du Gouvernement sur les orientations des finances publiques pour 2011. (Mme Nicole Bricq applaudit.)

<<< Revenir à la liste