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Débat sur la désindustrialisation des territoires

Intervention de monsieur Raymond Vall

Raymond VALL

M. le président. La parole est à M. Raymond Vall.
M. Raymond Vall. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, étant moi-même issu de l'entreprise, je me félicite que la conférence des présidents du 7 avril 2010 ait décidé, sur l'initiative du groupe socialiste, de mettre en place la mission commune d'information sur la désindustrialisation des territoires.
L'existence de cette mission est malheureusement largement justifiée par le constat qui vient d'être rappelé et qui doit évidemment tous nous interpeller.
Au cours des trente dernières années, plus de deux millions d'emplois ont été supprimés, et la contribution de l'industrie au PIB est tombée de 24 % à 14 % entre 1980 et 2007.
En clair, et vous l'avez tous indiqué, la France n'a plus de politique industrielle ambitieuse et adaptée aux contraintes d'une économie mondialisée. Surtout, l'image de l'industrie s'est dégradée dans notre pays. Le secteur n'attire plus les jeunes, et les élus de terrain, notamment les maires, ont le sentiment que l'on a tué l'envie d'entreprendre. D'ailleurs, les porteurs de projets sérieux se font rares.
Certes, ce constat, qui reflète seulement la situation à un instant donné, peut être nuancé. N'étant pas un pessimiste de nature, je constate qu'il y a également des réussites exceptionnelles.
Je voudrais féliciter le président de la mission d'information, M. Martial Bourquin, et son rapporteur, M. Alain Chatillon. Le premier incarne le courage, la volonté. C'est lui qui a pris l'initiative d'une telle démarche. Il est vrai que son département est particulièrement concerné par le problème. Le second, chef d'entreprise, a œuvré avec les compétences que nous lui reconnaissons tous, même si nous ne partageons pas nécessairement ses conclusions. Cela dit, le sujet mérite, me semble-t-il, que nous fassions un effort pour parvenir à un consensus.
La mission d'information a procédé à vingt-sept auditions et a organisé huit déplacements, tant en France qu'à l'étranger. Ses travaux ont, à l'évidence, été fructueux. Si les propositions en faveur de la sauvegarde de l'industrie ne vont pas assez loin pour certains, elles synthétisent pour d'autres l'équilibre nécessaire entre la relance de l'activité et le développement des territoires, un sujet sur lequel je souhaite revenir.
En réalité, les divergences ont porté sur quatre points : la question de l'État et des collectivités territoriales, le coût du travail, le rôle des banques et du crédit et, enfin, la réforme de la taxe professionnelle. Nous devrons certainement nous saisir de nouveau de ces dossiers. Mais tel n'était pas l'objet de la mission.
Le rapport met à juste titre l'accent sur la restauration d'une véritable culture industrielle.
Il est un risque bien réel, mes chers collègues, celui de voir perdre le combat, qui me paraît essentiel, entre les hommes sincèrement désireux d'entreprendre et les gestionnaires uniquement animés par une logique comptable - il est plus facile de se référer au seul langage des chiffres, auquel on peut faire dire ce que l'on veut !
En Allemagne, nombre de jeunes passent leurs dernières années d'études en travaillant à mi-temps dans des entreprises, ce qui leur permet ensuite de porter des projets sérieux et de s'épanouir dans des métiers dont ils ne soupçonnaient auparavant même pas l'existence.
Ce n'est pas le cas en France. Chez nous, l'image de l'entreprise est associée au « bleu de travail » et les parents vivent comme une catastrophe un tel choix pour leurs enfants. C'est un véritable problème !
C'est donc en amont, par l'éducation, qu'il faut agir, et ce dès l'école primaire. Aujourd'hui, seulement 22 % des enfants optent pour les filières scientifiques. Or les sciences sont à la base de l'intérêt pour la mécanique, la construction ou les professions qui impliquent une bonne connaissance des matériaux.
M. Michel Teston. Eh oui !
M. Raymond Vall. À cet égard, je salue l'initiative qui a été prise de lancer les appels d'offres pour créer des maisons de la culture scientifique dans cinq régions françaises. J'espère que les départements ruraux ne seront pas oubliés. Dans nos territoires aussi, nous voulons pouvoir orienter nos enfants vers la culture scientifique.
Les travaux de la mission d'information ont mis en lumière un déficit de 40 000 emplois de techniciens et d'ingénieurs sur le pôle de compétitivité d'Airbus ! Là aussi, il y a des efforts à fournir.
Il est vrai, et c'est un peu mon obsession, que notre pays a un secteur de la grande distribution des plus puissants. Or, comme j'ai pu le constater lorsque j'exerçais dans le monde de l'entreprise, cela a contribué à détériorer, désintégrer, démolir, le tissu économique des PME, notamment dans l'agroalimentaire.
C'est que les consommateurs sont obnubilés par les prix, au détriment de toute considération pour la qualité, ce qui suscite une forme de culture du « manque de qualité ». On ne s'intéresse plus qu'aux prix ! Peu importe les conditions dans lesquelles les produits sont fabriqués, peu importe le contexte humain ! L'acheteur s'intéresse seulement aux prix !
En habituant le consommateur à acheter non des biens de qualité, mais des prix, on a détruit un tissu économique important, car, la qualité n'étant plus au rendez-vous, nos compatriotes ont fini par ne plus vouloir des produits français et se tourner vers les productions étrangères. Les auteurs du rapport évoquent ainsi les exemples de l'automobile ou de l'électronique.
Tous les entrepreneurs que j'ai rencontrés nous demandent de simplifier les dispositifs. Le temps de l'industrie n'est pas celui du politique. On ne peut pas réformer en permanence, multiplier les circulaires, souvent sans préparation. D'ailleurs, notre ami Bruno Retailleau avait, me semble-t-il, proposé de bloquer le temps d'application des réformes, afin que l'entreprise puisse s'y préparer.
Les deux collègues qui m'ont précédé à cette tribune ont évoqué le problème du guichet. Les chambres de commerce et d'industrie, qui sont à la jonction entre l'État et les entrepreneurs, ne doivent-elles pas être replacées au cœur du système ? Après tout, c'est leur travail. Mais les dérives sont telles que ce travail n'est parfois plus fait.
Aujourd'hui, on constate un empilement extraordinaire de niveaux de compétence, cinq ou six au bas mot : les intercommunalités ont la compétence obligatoire en matière économique ; les pays continuent à gérer le contrat de plan avec les partenaires concernés ; les départements ont tous une agence de développement ; la région dispose forcément d'instruments pour favoriser l'innovation et l'extension de certaines activités. Quant à l'État, il lui revient de gérer les fonds européens, quand il ne les cogère pas avec la région ! De quoi décourager nombre d'acteurs ! Des simplifications s'imposent donc.
Il en est de même d'autres dispositifs, qui s'additionnent : les pôles de compétitivité, mais aussi Oséo, Ubifrance, le Fonds stratégique d'investissement, le FSI, ou le plan de relance...
Je voudrais remercier M. le président et M. le rapporteur de la mission d'avoir pris en compte, dans leur rapport, le rôle structurant des pôles de compétitivité dans la politique industrielle.
Comment peut-on imaginer labelliser un pôle d'excellence rurale, moteur économique d'un territoire, pour le laisser ensuite isolé sans pouvoir bénéficier du soutien du pôle de compétitivité?
Il faut absolument labelliser les pôles de compétitivité dans les filières où ils ont été reconnus. Il faut aussi prévoir une aide concrète en pourcentage de l'aide globale dont ces pôles disposent.
Par ailleurs, nous avons étudié le schéma national des infrastructures de transport, le SNIT. Tant que l'on parle d'économies, on ne peut pas parler d'infrastructures ! Et je vous rappelle que l'intitulé de la mission fait référence à la « désindustrialisation des territoires ». Nous serons donc obligés de procéder à une révision du SNIT, par cohérence avec les constats de la mission. Les handicaps des territoires ruraux, qui ont été évoqués, ne doivent pas être aggravés par le manque d'infrastructures, parfois destructeur en termes d'emplois.
En outre, je tiens à faire observer que le lobbying de la France à Bruxelles est inexistant. Ainsi, la région Midi-Pyrénées dispose de seulement 3 représentants auprès des instances communautaires, contre 80 pour la Catalogne et 120 pour la Bavière ! Nous risquons d'être battus à plate couture !
Comme cela a été souligné par l'ensemble des orateurs, le sujet est très important. À mon sens, nous devrons parvenir à un consensus pour mener des actions à partir des conclusions de la mission d'information. Tous les pays qui ont réussi dans ce domaine ont procédé ainsi. Nous ne pourrons pas faire autrement ! (Applaudissements sur certaines travées du RDSE et du groupe socialiste, ainsi que sur les travées de l'Union centriste et de l'UMP.)

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