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Question orale avec débat sur la réforme de la formation des enseignants

Intervention de madame Françoise Laborde

Françoise LABORDE

M. le président. La parole est à Mme Françoise Laborde.
Mme Françoise Laborde. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, il est plus que jamais indispensable pour un enseignant de maîtriser parfaitement non seulement des connaissances, mais aussi une méthode d'apprentissage, ainsi qu'une bonne compréhension de l'enfant et de l'adolescent. Ceux-ci évoluent, désormais, dans le monde des nouvelles technologies de l'information, du numérique, de l'internet et du virtuel. Autant dire que le défi est de taille pour celui ou celle qui veut passionner son auditoire !
Dès le lancement de la désormais fameuse réforme dite de la mastérisation, nous avions été nombreux à exprimer nos craintes de voir la formation pratique des nouveaux enseignants réduite, voire occultée, au profit d'une formation universitaire, certes nécessaire, mais non suffisante. Le nouveau mode de recrutement et de formation des enseignants nous paraissait alors inquiétant. Ces craintes justifiées se sont malheureusement confirmées. La qualité de l'enseignement est en passe d'être sacrifiée, c'est mon intime conviction.
Enseigner, c'est d'abord transmettre des savoirs aux enfants, citoyens en devenir, pour leur donner les clés de compréhension de leur environnement et les moyens d'agir sur l'avenir. Mais force est de constater que posséder un haut niveau de connaissances ne donne pas automatiquement un certificat d'aptitude à la transmission. En réalité, le cœur de métier de l'enseignement, c'est d'abord le savoir-faire pédagogique. Cette compétence, rarement innée, peut s'acquérir et s'améliorer grâce à un apprentissage spécifique et prolongé, aujourd'hui absent de la nouvelle formation des enseignants.
Monsieur le ministre, vous avez souvent fait référence à l'apprentissage du vocabulaire, de l'orthographe ou du calcul mental. Nous souscrivons tous à l'idée d'y consacrer tous les moyens nécessaires. Mais je tiens à souligner une contradiction, en vous rappelant que ces matières ne font l'objet d'aucun apprentissage spécifique dans les cycles universitaires. L'enseignement du vocabulaire ou du calcul mental est pourtant très particulier. Comment comptez- vous transmettre ces bases aux élèves sans que les jeunes enseignants aient suivi une formation adéquate ?
Malheureusement, cette question se pose dans les mêmes termes pour l'ensemble des enseignements. Désormais, nos enfants sont confiés, à temps plein, à des stagiaires qui n'ont jamais reçu la moindre formation concrète d'enseignant.
Où sont passés les modules spécifiques sur la « tenue de classe », qui préparaient les enseignants à toutes les situations auxquelles ils sont inévitablement confrontés sur le terrain ? Les lieux de formation ne sont même plus identifiés, les écoles normales ont été remplacées par les IUFM qui, eux, ne sont pas remplacés. Nous en déduisons qu'à vos yeux enseigner n'est plus un métier...
Monsieur le ministre, sur un plan très concret, je souhaite vous interroger aussi sur le devenir des locaux des IUFM. Si certains ont d'ores et déjà fait l'objet d'un changement d'affectation, d'autres restent inutilisés. C'est un gâchis considérable face aux problèmes de capacité d'accueil auxquels les universités sont confrontées. Pouvez-vous m'indiquer quelles sont vos intentions précises sur ce sujet ? Si ces locaux pouvaient devenir des lieux d'échange et de formation continue des enseignants, nous en serions ravis.
D'un point de vue général, je déplore que le Gouvernement mette tout en œuvre pour saper une profession, et avec elle un service public régalien, garant de l'égal accès de tous à un enseignement de qualité, sur l'ensemble de notre territoire.
Depuis quelques années, les suppressions de postes, tout comme les non-remplacements de professeurs, se multiplient dans l'enseignement élémentaire, les collèges et les lycées. Cette situation frappe davantage encore les zones rurales et les quartiers sensibles.
Les chefs d'établissement en sont réduits à refuser d'accorder des journées de formation aux enseignants, car ils savent que ceux-ci ne seront pas remplacés. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que le nombre de démissions augmente et que l'ascenseur social patine !
S'ajoute à ce tableau noir le bilan désastreux de la réforme de la mastérisation. En effet, la Conférence des présidents d'universités s'est alarmée d'une « baisse des effectifs à toutes les préparations aux concours de l'enseignement », variant entre « moins 30 % et moins 50 % selon les académies ».
Comment éviter la faillite du système éducatif dans son ensemble, faillite dont les prochaines générations seront les premières victimes ?
Monsieur le ministre, vous vous dites prêt à « discuter d'aménagements pour équilibrer formation disciplinaire et formation pédagogique ». Nous appelons de nos vœux une telle discussion depuis des mois, mais les promesses restent sans suite. Allez-vous attendre une rentrée scolaire aussi catastrophique que celle de 2010 pour enfin prendre la mesure du problème et le régler ?
La montée des violences à l'école est une autre conséquence directe du manque de formation des maîtres, de la disparition progressive des surveillants, des conseillers d'éducation, des enseignants spécialisés, des assistantes sociales, des médecins et des infirmiers scolaires.
L'arrivée d'enseignants inexpérimentés sur le terrain n'arrange rien, en particulier dans les établissements difficiles, où ils sont confrontés à des situations de tension au quotidien. Les conséquences se font ressentir non seulement sur l'ensemble de l'équipe pédagogique, comme le déplorent les professionnels, mais aussi, et surtout, sur la scolarité des élèves.
Monsieur le ministre, dois-je vous rappeler que le système éducatif français est devenu l'un des plus inéquitables de l'OCDE ? Au fil de la scolarité, les inégalités sociales se creusent. Les enfants les plus défavorisés n'acquièrent plus à l'école le socle minimum.
Peut-on endiguer ce phénomène en menant la politique de formation que vous choisissez de défendre ? Nous sommes nombreux à être persuadés que non. Nous souhaitons véritablement retrouver un équilibre entre formation universitaire et stages de longue durée dans les écoles. (Applaudissements sur certaines travées du RDSE, ainsi que sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG.)

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