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Débat sur la biodiversité

Intervention de monsieur Raymond Vall

Raymond VALL

M. le président. La parole est à M. Raymond Vall.

M. Raymond Vall. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, alors que la biodiversité est essentielle à la survie de l'homme sur la terre, elle est souvent négligée au profit de sujets tels que les énergies renouvelables. Pourtant, c'est bien la protection de la biodiversité qui est l'enjeu majeur, car, sans cette dernière, il n'y a pas de survie possible de l'homme sur la planète.

C'est une action à long terme qui doit nécessairement être engagée aujourd'hui, car, s'agissant de l'évolution spontanée du vivant, l'unité de temps est de plusieurs milliers d'années. Si, au cours des deux siècles et demi, au maximum, qui nous séparent du début de la révolution industrielle, la biodiversité a été terriblement malmenée, sa reconstitution prendra nécessairement beaucoup plus de temps.

Préserver la biodiversité, c'est convenir que les interactions et interdépendances entre les éléments de la faune et de la flore deviennent une priorité. Cet équilibre naturel nous apporte des éléments vitaux tels que l'oxygène, la nourriture, l'eau et contribue à la régulation climatique, ce qui diminue les effets des événements extrêmes comme ceux de la sécheresse et des inondations.

Notre développement économique et social, nous le devons aussi à la biodiversité, qui nous fournit nombre des matières premières nécessaires aux différents secteurs de l'activité humaine et, tout simplement, à notre survie. Il a pourtant fallu attendre la convention mondiale sur la biodiversité adoptée à Rio en 1992 pour qu'on la considère enfin comme une ressource vitale !

En dépit des actions menées depuis vingt ans, les scientifiques estiment que le taux d'extinction des espèces est actuellement de cent à mille fois plus élevé qu'au cours des temps géologiques passés. C'est pourquoi ils lancent un cri d'alarme à l'humanité.

La France a une responsabilité tout à fait particulière dans la préservation de la biodiversité, car elle se situe au huitième rang mondial des pays dont les espèces sont menacées en plus grand nombre. L'outre-mer doit faire l'objet d'une attention toute particulière, les quatre cinquièmes de la biodiversité française étant situés sur ces territoires : 7 millions d'hectares de forêt tropicale, 10 % des récifs coralliens et lagons et 20 % des atolls du monde.

Mes chers collègues, nous serons nombreux ce soir à décrire un état des lieux accablant et à déplorer une biodiversité qui ne cesse de se dégrader. Or nous savons tous que l'homme porte une lourde responsabilité à cet égard.

L'artificialisation des sols en est un exemple. Elle progresse en France quatre fois plus rapidement que la croissance démographique, rongeant les milieux naturels et privant beaucoup d'espèces de leur habitat. Cela a été dit, l'urbanisation détruit les habitats tels que les « zones humides » - étangs, marais, etc. -, qui hébergent une très grande biodiversité, contribuent à la qualité des eaux et à la régulation des cours d'eau. Or, depuis le début du XXe siècle, 67 % des zones humides ont disparu à cause d'une urbanisation non maîtrisée.

L'agriculture intensive, les pollutions de toutes sortes et la surexploitation des ressources naturelles - l'exemple de la pêche est souvent cité - aggravent cet état des lieux.

À cela s'ajoutent les effets dévastateurs du changement climatique, qui provoquent des chocs sur les écosystèmes et les paysages, entraînant le déplacement de certaines espèces, voire leur disparition pure et simple.

Ainsi, on sait aujourd'hui qu'une partie de la biodiversité marine est menacée par l'acidification des océans, qui a augmenté de 30 % depuis l'ère préindustrielle.

M. Jean Desessard. Absolument !

M. Raymond Vall. Ce phénomène est lié à l'absorption par les océans d'un quart des gaz à effet de serre émis par les activités humaines.

M. Jean Desessard. Exactement !

M. Raymond Vall. Le réchauffement climatique est trop brutal et continue à s'accélérer. Or cette accélération n'est pas compatible avec le temps d'adaptation des espèces, dont l'espèce humaine.

La protection des milieux naturels contribue à garantir une meilleure survie des espèces, en facilitant leur adaptation. Sur ce point, il faudra veiller à ce que la feuille de route adoptée à Durban en décembre dernier parvienne à mettre en place un engagement contraignant,...

Mme Évelyne Didier. C'est mal parti !

M. Raymond Vall. ... même si l'on sait déjà que l'objectif de limitation de la hausse des températures à 2 degrés centigrades ne sera pas atteint.

La non-maîtrise de ces effets sur la biodiversité aura aussi des conséquences économiques. Selon l'ONERC, l'Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique, leur coût représenterait approximativement 7 % du PIB mondial d'ici à 2050.

Certes, des efforts ont été accomplis au cours des vingt dernières années, avec la création de zones gérées telles que les forêts, les parcs naturels régionaux ou les espaces naturels sensibles. Toutefois, une réflexion doit être menée pour en améliorer la gestion et anticiper le changement climatique dans une vision dynamique.

La connaissance de la biodiversité se développe, mais 1,8 million d'espèces seulement sont répertoriées, alors qu'il en existerait plus de 10 millions. L'immense travail qu'il reste à faire doit mobiliser tous les citoyens. D'ailleurs, certains bénévoles sont déjà au travail. À ce titre, le Muséum national d'histoire naturelle propose des formations pour les aider à identifier les différentes espèces, ainsi que des guides méthodologiques.

L'adaptation au changement climatique se traduira par des migrations d'espèces, qui nous imposent la préservation des zones de transition que constituent les barrières de corail, les zones humides ou les zones côtières. Toutefois, je le répète, tout cela exige que nous sachions prendre des décisions importantes.

Avec la Stratégie nationale pour la biodiversité 2011-2020, présentée le 19 mai dernier, l'État s'est engagé à intégrer la biodiversité dans des politiques sectorielles et à renforcer la connaissance de la biodiversité. Cette démarche concerne tous les acteurs de la société civile : les collectivités territoriales, les associations, les ONG.

À cet égard, il convient de saluer la mobilisation de la société civile, qui vient de présenter soixante-deux projets innovants visant à protéger la nature. La réhabilitation des zones humides bénéficiera d'un financement de 10 millions d'euros.

L'impact des activités humaines sur les éléments ou les milieux naturels peut aussi être limité par une meilleure prise en compte de l'aménagement du territoire.

Ainsi que l'a souligné M. Dantec, la trame verte et bleue prévue par le Grenelle de l'environnement intègre la préservation de la biodiversité dans les documents locaux d'urbanisme, ce qui est une très bonne chose. Pour autant, il sera nécessaire de surveiller ces espaces et de les gérer pour prévenir les risques de prolifération d'espèces invasives.

Le prochain rendez-vous international « Rio + 20 », en juin 2012, est une occasion qu'il ne faut évidemment pas manquer.

Il est grand temps de considérer que nous sommes arrivés à une situation d'urgence, qui impose la planification d'actions concrètes tendant à maîtriser la situation aggravée que nous connaissons et que plus personne ne conteste.

La mise en œuvre des trois conventions de Rio sur le climat, la biodiversité et la désertification a pris du retard. Aussi sommes-nous aujourd'hui face à un nouveau défi, celui de l'adaptation aux conditions nouvelles de notre siècle, de l'accès à l'énergie, de la préservation des océans, de la sécurité alimentaire ou encore de la maîtrise de l'urbanisme, bref, de la sécurité de l'homme en général. Ce défi, nous devons le relever.

À la veille de l'ouverture du sommet de Rio, le moment est venu de mobiliser tous les citoyens en vue d'engager des actions concrètes, afin de respecter le principe 10 de la déclaration finale du sommet de Rio de 1992 selon lequel « la meilleure façon de traiter les questions d'environnement est d'assurer la participation de tous les citoyens concernés, au niveau qui convient ».

Nous sommes, ici, dans cette assemblée, particulièrement concernés par cet appel de la société civile. Faute de cette mobilisation, les sommets se succéderont sans produire de réelles avancées. Cela a été dit lors de tous les débats relatifs à l'environnement, les parlementaires ont un rôle important à jouer, et les membres de la Haute Assemblée doivent se mobiliser. En effet, la société civile a compris que nous pouvions avoir une influence sur ces conférences et que nous étions des relais indispensables dans cette prise de conscience, qui doit être réelle, profonde, car la préservation de la biodiversité ne saurait être séparée de l'existence même de l'homme. (Applaudissements sur les travées du RDSE, du groupe écologiste, du groupe socialiste et du groupe CRC.)

 

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