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Débat sur les conditions de la réussite à l'école

Intervention de Françoise Laborde

Françoise LABORDE

Mme la présidente. La parole est à Mme Françoise Laborde.

Mme Françoise Laborde. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, l'école a fait l'objet de multiples études, mais celles-ci n'ont que rarement inspiré les réformes nécessaires pour remettre sur pied cette école républicaine devenue, à notre grand regret, un idéal bien lointain.

Nos collègues Françoise Cartron et Brigitte Gonthier-Maurin ont remis cette année deux rapports d'information. Leurs travaux, auxquels j'ai participé, ont porté respectivement sur la carte scolaire et le métier d'enseignant. Comme l'ont très bien résumé Mmes les rapporteurs, ils démontrent la volonté du Sénat de tout mettre en œuvre pour obtenir un meilleur niveau d'éducation dans notre pays.

Refonder l'école de la République sera un travail de longue haleine, et je vous remercie, monsieur le ministre, de prendre ce sujet à bras-le-corps. Il y a toujours des raisons, bonnes ou mauvaises, de ne pas le faire…

La politique éducative menée durant le précédent quinquennat a été profondément destructrice, même si M. Carle a déjà tout oublié.

M. Jean-Claude Carle. Sans doute parce que je n'ai pas de culture ! (Sourires.)

Mme Françoise Laborde. Aujourd'hui, il nous faut remettre la réussite au cœur du système éducatif : formation et affectation des enseignants, contenu pédagogique, rythmes et carte scolaires, notation, décrochage, violences,…

Un principe doit nous guider, celui d'égalité.

Les élèves ne disposent pas tous des mêmes chances pour réussir. Ce triste constat est malheureusement devenu une réalité palpable. Les enquêtes PISA de l'OCDE le prouvent. Dans notre pays, un élève sur cinq âgé de quinze ans connaît de très grandes difficultés scolaires. Comment espérer que nos enfants deviennent des citoyens disposant d'un esprit critique suffisamment développé si on ne leur apprend pas à lire, écrire et compter correctement ?

L'étude de l'OCDE intitulée « Regards sur l'éducation », publiée en septembre dernier, confirme que le taux de scolarisation des jeunes âgés de quinze à dix-neuf ans a reculé entre 1995 et 2010, passant de 89 % à 84 %. Parmi ces jeunes déscolarisés, 71 % sont inactifs, contre 57 % en moyenne dans les autres pays de l'OCDE, ce qui témoigne de leurs difficultés d'insertion professionnelle.

La lutte contre le décrochage scolaire doit absolument constituer une priorité, dans une société en mutation qui requiert de plus en plus de qualifications pour échapper à la précarité.

Ce sont surtout les élèves issus de milieux défavorisés qui font les frais de l'échec scolaire. Selon la même organisation internationale, ces derniers ont deux fois et demi plus de risques d'avoir de moins bons résultats que les élèves des familles aisées.

À ce stade de mon intervention, permettez-moi de rappeler qu'il existe une corrélation entre qualité et équité de l'enseignement, et performance du système éducatif.

Mettre en place des aides inadaptées aux élèves en difficulté ou recruter des enseignants très bien formés sur le plan des contenus, mais trop peu en pédagogie, ne fait qu'enrichir les entreprises d'aide aux devoirs. Ces dysfonctionnements contribuent au succès des établissements privés, à la concurrence exacerbée entre les uns et les autres, et à la mise en place insidieuse d'une école à deux vitesses. La reproduction des inégalités sociales qui en découle est insupportable et constitue une régression inquiétante. L'échec n'est plus seulement scolaire, il est aussi politique.

À l'occasion de ce débat, je voudrais vous demander de nous faire part, monsieur le ministre, du bilan de l'aide personnalisée mise en place depuis 2008 par l'un de vos prédécesseurs, et qui a servi de principale justification à la suppression progressive des réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté, les RASED. À la suite de cette mesure, les enfants se sont retrouvés avec des journées plus longues, sans changement de pédagogie et, semble-t-il, sans amélioration de leurs résultats.

Mme Maryvonne Blondin. Absolument !

Mme Françoise Laborde. L'évolution de la difficulté scolaire aurait dû être traitée à sa source, à savoir la formation initiale et continue des enseignants ainsi que l'adaptation des méthodes d'enseignement aux élèves, et non l'inverse. La reconstitution des RASED pour venir en aide exclusivement aux élèves rencontrant de sérieuses difficultés d'apprentissage serait une bonne nouvelle.

Évoquer la réussite éducative, c'est aussi soulever la question des inégalités territoriales qui se sont accentuées ces dernières années. La suppression des postes dans l'éducation nationale a affecté durement les écoles rurales. Chaque année, des options, des classes et des établissements ont disparu.

Force est de constater que, dans les territoires ruraux, les inégalités territoriales ont accentué les inégalités sociales. Selon une enquête du Centre d'études et de recherches sur les qualifications, le CEREQ, la part des élèves défavorisés dans les collèges ruraux est de 42 %, contre 34 % en milieu urbain et périurbain. En outre, ces jeunes sont orientés, plus que d'autres, vers la voie professionnelle. Ils sont aussi pénalisés par une offre de formation éloignée géographiquement et souvent moins diversifiée.

Il est impossible de mesurer les dégâts provoqués dans les écoles rurales lors du précédent quinquennat. Supprimer un seul poste dans ces écoles ou modifier les rythmes scolaires revient à bouleverser la vie locale. Par conséquent, monsieur le ministre, pouvez-vous nous dire de quels moyens disposeront les communes et les départements lorsque nous reviendrons à la semaine de quatre jours et demi ?

Certes, nous approuvons ce retour en arrière et la réflexion globale sur la modification des rythmes scolaires, mais toute nouvelle organisation du temps entraînera inéluctablement des aménagements quant à la garde des enfants. Certains maires sont inquiets à ce sujet. Devront-ils se substituer à l'éducation nationale pour organiser les activités périscolaires ?

Monsieur le ministre, le manque de personnel et de moyens risque de restreindre les possibilités de mise en œuvre de ces activités et de laisser les enfants livrés à eux-mêmes après les cours, renforçant les inégalités territoriales entre communes aisées et communes défavorisées.

Pourtant, les activités culturelles, sportives et de loisir contribuent à l'éveil de la curiosité, au développement de l'esprit critique des élèves et à la réussite scolaire. Ce n'est plus à démontrer. Ne serait-il pas important, pour éviter toute inégalité entre les territoires, que ces activités fassent partie intégrante du programme de l'éducation nationale ? Une réflexion est donc indispensable pour mettre en place des outils, en termes de transports scolaires, de locaux, de personnel, de budget, qui facilitent l'accès de tous à ces activités.

Néanmoins, avant de conclure, je tiens, monsieur le ministre, à vous féliciter pour l'effort engagé dans le projet de loi de finances pour 2013 – nous aurons l'occasion d'en reparler ! – en faveur de l'éducation nationale. La création de 43 500 postes de professeur en 2013, avec le remplacement des départs à la retraite, est un signal très positif pour les étudiants qui s'orientent vers le métier d'enseignant. Bien des vocations avaient été découragées ces dernières années par une politique systématique de pénurie.

Après une hécatombe de 80 000 postes supprimés en cinq ans, il est aujourd'hui devenu difficile de recruter… Nul doute que l'effort budgétaire engagé par le gouvernement auquel vous appartenez renversera cette logique, même si des interrogations subsistent, telles que la rémunération de nos enseignants, qui sont parmi les moins bien lotis des pays de l'OCDE.

Pour autant, cet effort remarquable en termes de recrutements ne résoudra pas le problème de la nature et de la qualité de la formation initiale, qui laisse actuellement trop peu de place à la pédagogie et à la pratique. Pour relever ce défi, vous apportez, entre autres propositions, une réponse partielle en ouvrant, à titre transitoire, un deuxième concours aux étudiants de master 1, qui pourront bénéficier d'une formation professionnelle d'un an avec un stage à tiers-temps.

La commission de la culture, de l'éducation et de la communication du Sénat a d'ailleurs constitué un groupe de travail sur le prérecrutement dans l'éducation nationale, lequel ne manquera pas de vous faire des propositions.

En attendant la prochaine loi d'orientation et de programmation, les membres du groupe du RDSE espèrent, monsieur le ministre, que vous nous apporterez des précisions pour tendre de nouveau vers un service public de l'éducation soucieux d'égalité des chances et respectueux des valeurs républicaines. (Applaudissements sur certaines travées du RDSE, ainsi que sur les travées du groupe socialiste.)

MM. Jacques Mézard et Jean-Pierre Plancade. Très bien !

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