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Débat sur les menaces des maladies infectieuses emergentes

Intervention de Gilbert Barbier

Gilbert BARBIER

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M. le président. La parole est à M. Gilbert Barbier.

M. Gilbert Barbier. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, « Y a-t-il plus d'émergences maintenant qu'avant ? » C'est ainsi que s'interrogeait, en avril 2012, le docteur Hélène Fagherazzi-Pagel dans son dossier de synthèse pour l'Institut de l'information scientifique et technique, l'INIST, et le Centre national de la recherche scientifique, le CNRS, sur les maladies émergentes et réémergentes chez l'homme.

C'est bien la question que vous évoquez, madame Keller, dans votre remarquable rapport. Vous avez balayé le très vaste champ de cette inquiétude permanente des pouvoirs publics sur les menaces qui, de tout temps, ont pesé sur l'humanité.

Longtemps, les maladies infectieuses ont représenté la première cause de mortalité. Le XXe siècle a connu un très net recul de ces maladies, sous l'influence des progrès de la médecine, du développement de la prévention et de l'amélioration générale du niveau de vie. Cette évolution a culminé avec l'éradication de la variole en 1977.

Mais, depuis lors, on a observé l'apparition de maladies nouvelles, souvent létales : Ébola, sida, SRAS, West Nile Virus, variante de la maladie de Creutzfeld-Jakob, chikungunya,... Dans le même temps, des maladies qui semblaient en déclin comme la dengue, la tuberculose, la rougeole ou encore la coqueluche ont réémergé en Europe.

En parallèle, malgré des progrès récents, les infections nosocomiales survenant à l'hôpital suscitent une inquiétude nouvelle.

S'agit-il de fausses émergences, d'une amplification médiatique ou bien encore d'un vrai risque d'émergence ?

Le concept d'émergence n'est pas nouveau. Lié à la naissance de l'épidémiologie moderne au XIXe siècle, discipline dont John Snow était le précurseur, il se serait cristallisé aux États-Unis avec la publication, en 1992, d'un rapport dans lequel Joshua Lederberg envisage les maladies émergentes sous ses aspects évolutionnistes, environnementaux, sociaux et politiques.

Les agents infectieux ont été, et resteront, les compagnons de route de l'humanité. Dans les années trente, Charles Nicolle énonçait : « Il y aura donc des maladies nouvelles. […] Elles apparaîtront comme Athéna parut, sortant toute armée du cerveau de Zeus. Comment les reconnaîtrons-nous, ces maladies nouvelles, comment soupçonnerions-nous leur existence avant qu'elles n'aient revêtu leurs costumes de symptômes ? »

Cette prédiction repose sur le dynamisme d'adaptation des agents pathogènes. Sans cesse émergent des variantes pour lesquelles nous ne disposons de traitements appropriés qu'avec un temps de retard. Les pandémies de grippe du XXe siècle sont, par exemple, dues à des modifications antigéniques de souches de l'influenzavirus A.

Cela étant, le rythme soutenu auquel apparaissent ces nouvelles maladies – une par an selon l'OMS –, l'amplitude géographique et la vitesse de diffusion, en quelques jours pour le virus du SRAS, qui s'est retrouvé sur cinq continents et a touché 8 000 personnes dans une vingtaine de pays, soulèvent des questions.

Votre rapport, madame Keller, qui s'appuie sur l'étude du Haut Conseil de la santé publique, conduite par Catherine Leport, analyse les facteurs d'émergence et les défis auxquels sont confrontées les autorités politiques.

Les facteurs d'émergence sont multiples : humains, car l'homme est effectivement l'ingénieur de sa propre circulation microbienne, environnementaux avec notamment le changement climatique et des conditions écologiques qui favorisent le passage de la barrière des espèces, médicaux avec les progrès techniques et le recours à des gestes de plus en plus invasifs.

Je ne vais pas y revenir, sinon sur deux sujets d'inquiétude : d'abord, l'apparition de bactéries multi-résistantes, extrêmement difficiles à traiter, due largement à la surconsommation d'antibiotiques ; celle-ci est toujours d'actualité en France, malgré les efforts entrepris avec la campagne « Les antibiotiques, c'est pas automatique ». Ensuite, la moindre vaccination ; l'insuffisance de vaccinations dans les pays en voie de développement est connue, mais force est de constater que, en Europe et en France, les vaccins n'ont plus la popularité d'antan, d'où la résurgence de la rougeole ou de la coqueluche.

Dans le rapport du HCSP, les anthropologues analysent les résistances des populations vis-à-vis de la prévention vaccinale et le chemin qu'elles parcourent jusqu'à l'acceptabilité sociale. On ne saurait se contenter d'asséner des affirmations sur la nécessité de se faire vacciner. Il vaut mieux comprendre les mécanismes du refus grâce à des recherches, notamment en sociologie. La France est très en retard dans ce domaine.

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