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Question orale avec débat sur le bilan de la circulaire relative à la mise en oeuvre du gel de la réglementation en ce qui concerne les entreprises

Intervention d'Yvon Collin

Yvon COLLIN

Mme la présidente. La parole est à M. Yvon Collin.

M. Yvon Collin. Madame la présidente, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, la prolifération des normes et la multiplication de leurs sources sont des thèmes récurrents, tant la France souffre d'un harcèlement textuel bien ancré… Le Forum économique mondial sur la compétitivité des économies place la France à la 130e place en matière de poids de la réglementation. Certes, on ne peut pas être bon partout, mais cette position n'est vraiment pas glorieuse.

M. Jean-Claude Requier. Eh non !

M. Yvon Collin. Dans son rapport sur la simplification de l'administration française, publié en 2004, l'OCDE a souligné que le coût de la paperasserie s'élevait en moyenne à 11 % du PIB, selon le standard cost model.

Trop souvent, les entreprises doivent faire face à de nouvelles normes prescrites par l'État, d'une part, lorsqu'il exerce son pouvoir réglementaire et, d'autre part, quand il applique la loi. Elles doivent assimiler environ 3 000 nouvelles informations chaque année et se soumettre à de lourdes procédures administratives, qui entravent leur développement. Régulièrement, elles doivent communiquer leur chiffre d'affaires, attester de leur respect des normes environnementales ou des mesures paritaires, sans que les différentes administrations soient aujourd'hui en mesure de croiser et donc de coordonner les informations déjà transmises.

À cela s'ajoutent les normes européennes, dont nous mesurons parfois sur le terrain la contrainte qu'elles peuvent générer pour les acteurs économiques sans que soit toujours démontrée leur utilité. De la taille des cages pour palmipèdes gras au calibre des bananes, déterminé par « la longueur du fruit, exprimée en centimètres et mesurée le long de la face convexe, depuis le point d'insertion du pédoncule sur le coussinet jusqu'à l'apex » (Sourires.), on atteint souvent un niveau de précision décourageant pour les agriculteurs, qui, comme tout entrepreneur, aspirent à la simplification.

À ce niveau, plus qu'elle ne réglemente, l'administration tourmente ! C'est pourquoi il y a urgence à agir pour simplifier la vie des entreprises, des exploitations et des industries. C'est en particulier vital pour les petites entités, pour lesquelles le coût des formalités administratives est beaucoup plus lourd, faute de ressources humaines suffisantes pour les gérer. Le temps que consacrent ces dirigeants d'entreprise à mettre en application les normes est autant d'énergie perdue qu'ils pourraient consacrer à leur stratégie de développement.

Mes chers collègues, il faut reconnaître que les gouvernements qui se sont succédé depuis deux décennies ont tenté de résoudre ce problème, même si l'incantation a souvent pris le pas sur l'action.

Dès son arrivée au pouvoir, le Président Hollande a décidé d'amorcer un choc de simplification. La création, l'année dernière, du Conseil de la simplification pour les entreprises est le témoin concret de cette volonté de desserrer l'étau réglementaire qui pèse sur elles et, in fine, nuit à l'emploi. Je me réjouis également des annonces faites hier par le Premier ministre visant à alléger certaines formalités pour les TPE et les PME. Je pense en particulier à la simplification de l'accès aux aides publiques ou encore au développement du titre emploi-service entreprise. Le projet de loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques contient également des mesures intéressantes, que nous avons approuvées, notamment la mise en place d'un identifiant électronique unique et sécurisé pour les entreprises et l'allégement des obligations comptables pour les TPE durant leur période d'inactivité.

M. Thierry Mandon, secrétaire d'État. C'est exact !

M. Yvon Collin. Tout cela va bien sûr dans le bon sens, mais ne résout pas la question du stock fossilisé de normes et de règles qui se sont accumulées. C'est pourquoi, monsieur le secrétaire d'État, vous allez sans doute nous éclairer sur le bilan de la circulaire du 17 juillet 2013 relative à la mise en œuvre du gel de la réglementation des entreprises, qui affirme notamment : « une norme créée, une norme supprimée ou allégée ». Car, comme l'indique notre collègue Élisabeth Lamure dans le texte de sa question orale, la simplification réglementaire représente un enjeu de compétitivité et de croissance. J'ajoute que c'est aussi un enjeu d'attractivité internationale.

Comme je l'ai dit au début de mon intervention, l'État a une responsabilité dans la production de normes. Nous devons donc nous interroger sur la façon de ralentir cette inflation. Certes, la circulaire précitée pose une règle « désinflationniste », si je puis dire, mais il faut aussi s'attaquer au processus de production de la norme. À cet égard, je relève que le fameux rapport Lambert-Boulard souligne que, « pour chaque question, pour chaque problème, la réponse a été trop souvent l'instauration d'une loi nouvelle plutôt que la recherche d'une action plus efficace dans le cadre des lois existantes ». En effet, nous l'avouons, le législateur est également comptable de l'empilement normatif.

M. Thierry Mandon, secrétaire d'État. C'est vrai !

M. Yvon Collin. Certes, nous votons désormais des lois de simplification, mais c'est un peu le serpent qui se mord la queue : il faut une norme pour abroger une norme ! Dès lors, n'est-ce pas l'état d'esprit qu'il faudrait faire évoluer au niveau de l'État ? Il faudrait en effet trouver le point d'équilibre entre Colbert et Tocqueville, entre une société que l'on encadre pour mieux la protéger et une société que l'on responsabilise pour encourager son dynamisme et la liberté d'entreprendre. Dans le contexte économique actuel, dont nous sommes tous d'accord pour dire qu'il est difficile, nos chefs d'entreprise ont besoin de stabilité et de visibilité, et surtout pas de coûts induits par un excès de normes.

M. Alain Chatillon. Très bien !

M. Yvon Collin. C'est pourquoi le groupe du RDSE vous encourage, monsieur le secrétaire d'État, à ne pas relâcher les efforts du vaste chantier qu'est le défrichage normatif. Nous vous faisons confiance pour vous y atteler ! (Applaudissements sur les travées du RDSE, ainsi que sur quelques travées de l'UDI-UC et du groupe Les Républicains.)

M. Thierry Mandon, secrétaire d'État. Merci !

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