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Déclaration du Gouvernement, suivie d'un débat sur l'accueil des réfugiés en France et en Europe, en application de l'article 50-1 de la Constitution

Intervention de Raymond Vall

Raymond VALL

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M. le président. La parole est à M. Raymond Vall, pour le groupe du RDSE.

Je vous souhaite la plus cordiale bienvenue au Sénat, cher collègue.

M. Raymond Vall. (Applaudissements sur les travées du RDSE et du groupe socialiste et républicain.) Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, c'est un moment d'émotion pour moi.

Je remercie Mme Assassi d'avoir évoqué certains moments de l'histoire de France. Cela m'a touché. En tant que fils de réfugié politique – ma famille a fait partie de ces 500 000 Espagnols qui ont traversé la frontière en 1939 –, je suis très fier d'être à cette tribune. (Applaudissements sur les travées du RDSE, du groupe socialiste et républicain et du groupe CRC.)

Monsieur le ministre, j'étais parmi les quelque 700 maires ayant répondu à votre invitation samedi dernier. La réunion a été très réussie, à une réserve près : il y a eu une intervention inadmissible, laquelle a d'ailleurs été unanimement dénoncée.

À la sortie, le hasard – mais il n'y a pas de hasard ! – m'a fait croiser son auteur, un célèbre élu du Gard, membre d'un parti qui, comme l'a rappelé Mme Assassi, compte deux représentants dans notre hémicycle. Je n'ai pas pu m'empêcher de l'interpeller pour dénoncer le ridicule et le cynisme de son discours. Je lui ai rappelé que j'étais fils de réfugié politique. Sa réponse, cinglante, m'a laissé pantois : « C'est justement parce que des hommes comme toi vont prendre la place des Français que je me bats ! » (Marques de consternation sur les travées du RDSE, du groupe socialiste et républicain et du groupe CRC. – M. Stéphane Ravier s'exclame.) J'avoue que je suis resté sans voix. De tels propos n'auraient mérité qu'une seule réaction…

M. Stéphane Ravier. Il faut avoir du courage pour cela !

M. Raymond Vall. Vous avez bien raison, monsieur le ministre : le sujet ne se prête ni à la communication ni à l'exploitation politique.

Mme Cécile Cukierman. Exactement !

M. Raymond Vall. Je conçois que nous soyons dépassés par les événements du Moyen-Orient et que, de ce fait, nous ayons mis du temps à réagir. Mais ce n'est pas à la France de trouver seule des solutions : la réponse doit être européenne. D'ailleurs, comme l'a souligné ma collègue, cette réponse européenne a tardé à venir, et elle n'a pas toujours été à la hauteur.

Pour autant, monsieur le ministre, la réunion que vous avez organisée nous a fait chaud au cœur. Les témoignages que nous avons reçus montrent que la France a réagi. Des maires, des populations, des associations ont pris la mesure du problème, même si c'est peut-être parce que des images terribles ont servi d'électrochoc.

Un certain nombre de mesures ont été proposées, en plus des 1 000 euros d'aide par réfugié. Vous avez annoncé des dispositions concrètes pour mobiliser des logements vacants dans les communes ou augmenter le nombre de centres d'accueil pour demandeurs d'asile. Des programmes ont été lancés. Tout cela s'est mis en place très rapidement.

Comme vous l'avez rappelé, c'est une compétence de l'État. Elle s'exercera dans les conditions que vous avez indiquées. Dans ma ville, lors de réunions, on m'a opposé les difficultés de la vie, le chômage, le manque de moyens des collectivités territoriales… Mais tout cela ne doit pas nous exonérer de faire notre devoir, car, ce faisant, nous n'enlèverons rien au reste de la population.

Notre devoir est de nous engager. Vous avez exprimé votre volonté forte de mobiliser les services de l'État aux côtés des collectivités locales, des citoyens, des associations. C'est essentiel.

Les réfugiés vont-ils rester ? Vont-ils partir un jour ? (M. Stéphane Ravier s'exclame ironiquement.) Certains ont évoqué ces hommes et ces femmes qui « fuient ». Pour l'avoir ressenti, je peux en attester : fuir, ce n'est pas de lâcheté ; c'est du courage ! (Mme Éliane Assassi acquiesce.) Il faut le savoir, laisser sa maison, quand elle n'a pas été détruite, ou quitter sa famille, sans savoir si on la reverra un jour, au nom de valeurs qui ne sont peut-être pas les nôtres, mais que nous devons respecter, c'est terrible !

Ces hommes et ces femmes méritent que nous les aidions, dans ce moment absolument abominable de leur histoire : la barbarie a atteint un niveau que nous pensions ne jamais voir.

J'entends les tergiversations ou les hésitations ; certains problèmes économiques pourraient nous empêcher de les recevoir... Je rappelle toutefois que la situation économique de la France n'était pas non plus particulièrement brillante en 1939. Pourtant, cela n'a pas empêché notre pays d'accueillir des hommes et des femmes qui se sont impliqués dans la vie économique. Que serait devenue notre agriculture sans les réfugiés espagnols, italiens ou polonais ? Je rappelle en outre que les hasards de l'histoire ont fait que ces hommes et ces femmes, accueillis dans des camps de concentration, ont été parmi les premiers à rejoindre la Résistance, et qu'ils ont participé à la libération de la France !

Mme Annie David. Eh oui !

M. Raymond Vall. C'est tout cela qui fait la force de la France !

Je m'insurge contre ceux qui voudraient porter atteinte à l'image de notre pays, qui est une terre d'asile. Pour moi, notre République, c'est celle de tous les hommes qui ont choisi d'y venir. (Applaudissements sur les travées du RDSE, du groupe socialiste et républicain et du groupe CRC.)

Sachez, monsieur le ministre, que nous vous suivrons et que nous vous faisons confiance. Vous pouvez compter sur nous ! (Applaudissements sur les mêmes travées.)

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