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Débat sur le rôle et l'action des collectivités territoriales dans la politique du tourisme

Intervention d'Hermeline Malherbe, oratrice du groupe

Hermeline MALHERBE

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La parole est à Mme Hermeline Malherbe, oratrice du groupe auteur de la demande.

Mme Hermeline Malherbe, au nom du groupe du RDSE. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, le groupe du RDSE a souhaité engager un débat sur l'un des secteurs économiques les plus riches en emplois en France, le tourisme, et plus précisément sur l'implication des collectivités locales dans la politique du tourisme.

Il nous est apparu opportun, en effet, quelques mois après l'adoption de la loi NOTRe et l'installation des nouveaux exécutifs départementaux et régionaux, de dresser un état des lieux, enrichi de nos retours d'expérience, et de débattre des pistes à explorer pour améliorer ensemble, collectivités et État, notre politique du tourisme.

Pour mieux faire comprendre les enjeux, je souhaite « planter le décor » et rappeler l'évolution que connaît le secteur du tourisme depuis quelques décennies.

Si les voyages d'agrément existent depuis l'Antiquité, le terme de « touriste » apparaît en 1803. Avant les congés payés, dont on fête les quatre-vingts ans cette année, le tourisme était l'apanage des classes aisées. La mise en place progressive des congés payés, fixés respectivement à deux, à trois et à quatre semaines en 1936, en 1956 et en 1969, a permis l'éclosion du « tourisme de masse ». Depuis cette époque, le tourisme national et international a bien sûr évolué ; il s'est démocratisé et ses pratiques ont été bouleversées par l'apparition d'internet.

Aujourd'hui, en France, le tourisme représente 160 milliards d'euros de chiffre d'affaires, soit 7,4 % du PIB. À titre de comparaison, l'industrie automobile réalise annuellement un chiffre d'affaires d'environ 100 milliards d'euros.

Le tourisme, c'est aussi plus de 2 millions d'emplois directs et indirects, dans un secteur bénéficiant de 13 milliards d'euros d'investissement.

Le tourisme, c'est enfin 85 millions de personnes accueillies en 2015, avec un objectif ambitieux de 100 millions de touristes en 2020.

Le tourisme est donc un pilier de notre économie nationale, source d'emploi local et non délocalisable. Il contribue à la dynamique d'aménagement du territoire, en raison des besoins en matière de dessertes routières, ferroviaires ou aériennes qu'il suscite.

Aujourd'hui, les événements culturels ou sportifs participent positivement à l'économie touristique.

Pour autant, nous devons nous adapter aux nouvelles exigences de la clientèle, qui évoluent rapidement dans une société en mutation constante.

Certains secteurs se sont adaptés avec succès : les campings des années quatre-vingt ont laissé place à une hôtellerie de plein air de haut niveau, comme à Argelès-sur-Mer.

De même, les gîtes et chambres d'hôte d'aujourd'hui offrent des prestations sans commune mesure avec celles qui étaient proposées dans les années quatre-vingt-dix.

En revanche, on constate de plus grandes difficultés pour l'hôtellerie traditionnelle, qui, en plus d'être soumise à des normes contraignantes, doit affronter la concurrence de l'économie dite « collaborative », telle que celle des sites de réservation de logements auprès de particuliers, qui bousculent les codes de la profession.

Ainsi, la qualité d'accueil, l'investissement, l'innovation et la visibilité restent plus que jamais les leviers essentiels pour développer le tourisme et rester dans la course.

Pour illustrer mon propos, je ferai référence à mon département, les Pyrénées-Orientales, qui possède des atouts exceptionnels (Sourires.)  : dix stations balnéaires, huit domaines skiables, cinq stations thermales, le troisième port de plaisance d'Europe, les parcs naturels des Pyrénées catalanes et d'Agly-Fenouillèdes, le parc naturel marin, le Canigou, montagne sacrée des Catalans – avec un aspect nature et randonnée, un aspect histoire industrielle, un aspect chemins de la liberté, à souligner après le débat que nous d'avoir –, le patrimoine historique issu des rois de Majorque, les sites reconnus par l'UNESCO dus à Vauban, etc. Tout cela représente 11 000 emplois, 1,4 milliard de chiffre d'affaires, 8 millions de visiteurs par an, 31 millions de nuitées, trente-trois offices de tourisme, deux cent vingt-trois hôtels et deux cent un campings.

Nous avons donc un capital touristique riche, mais cela n'est pas une fin en soi : ce capital et ce patrimoine, nous devons sans cesse les valoriser et les développer ! C'est ce que nous faisons aujourd'hui en mettant en valeur nos lieux de mémoire avec le mémorial du camp Joffre de Rivesaltes.

Dans nos territoires, partout en France, nous innovons ; mais encore faut-il que nos actions soient visibles et entendues par le plus grand nombre, dans le monde entier.

Je me souviens que, en 2010, le président du conseil régional Christian Bourquin rappelait que la région Languedoc-Roussillon investissait à l'étranger, avec la marque Sud de France, autant que le Gouvernement français de l'époque, dont telle n'était manifestement pas la priorité…

Je me souviens également que, au cours du dernier débat sur le tourisme s'étant tenu dans cet hémicycle, en 2013, un constat très mitigé avait été dressé sur les conséquences de la mise en œuvre de la loi de 2009, en particulier en termes d'emploi. Vous l'aviez d'ailleurs pointé du doigt, monsieur le ministre.

Quels moyens l'État entend-il déployer, avec les collectivités, pour assurer la promotion de nos produits touristiques ? Pourquoi et comment les collectivités territoriales s'emparent-elles du sujet aujourd'hui ?

Les premiers éléments de réponse résident dans l'action conduite par Laurent Fabius, d'abord, puis par Jean-Marc Ayrault, visant à promouvoir notre offre touristique à l'étranger, avec l'aide du bras armé que représente Atout France. Cette action a donné des résultats : 10,2 % de visiteurs en plus depuis 2010 et une croissance de 11,6 % de la clientèle lointaine, notamment chinoise et indienne.

La transversalité du tourisme et la diversité des actions nécessaires à son développement expliquent que cette compétence soit exercée, à leur niveau, par chacune des collectivités. Le bloc communal, le département, la région et l'État concourent à la mise en œuvre de la politique du tourisme : c'est la compétence partagée par excellence !

Cependant, à l'aube du transfert de la promotion touristique des communes vers les intercommunalités, devant entrer en vigueur au 1er janvier 2017, plusieurs questions viennent à l'esprit : quid des stations balnéaires, de ski ou thermales, souvent attachées à une commune ? Quid du classement des stations de tourisme ? Comment répondre aux inquiétudes des maires ? Comment est-il possible d'accompagner ces derniers ? Avons-nous des retours d'expérience sur lesquels nous fonder ou pouvant nous inspirer ? Quels sont, finalement, les modèles à suivre ?

Des pratiques de gouvernance ont progressivement vu le jour et il importe de s'inspirer de ce qui fonctionne bien dans nos territoires.

Dans les Pyrénées-Orientales, plusieurs offices de tourisme intercommunaux, ou OTI, ont devancé la loi et sont déjà en place : je pense à l'OTI des Aspres, avec René Olive et Nicole Gonzales, créé en 2009, à l'OTI de Pyrénées-Cerdagne, avec Georges Armengol, institué en 2010, à l'OTI de Conflent-Canigou, mis en place en 2015, à l'OTI d'Agly-Fenouillèdes, en cours d'installation.

Dans ce contexte de changement, je fais confiance aux maires et aux élus pour donner l'impulsion d'une politique de promotion touristique coordonnée, accompagnée et soutenue par le département, la région et l'État. La collectivité départementale, à taille humaine, fédère les acteurs aux côtés des élus. Les départements, garants des solidarités territoriales, poursuivent, aux côtés des communes et des intercommunalités, à la fois leur soutien financier et leur soutien technique pour développer l'attractivité de leur destination, via les agences de développement touristique, les ADT, qui ont remplacé les CDT.

Dans un environnement concurrentiel, la cohérence entre l'action départementale et l'action régionale reste un appui indispensable à la valorisation des territoires et à l'allongement des saisons.

Je rappelle que 80 % des touristes ne fréquentent que 20 % des espaces : les perspectives de développement existent ! Ne manquons pas le train de la compétitivité pour un secteur dont les emplois ne sont pas délocalisables. Donnons-nous les moyens d'agir !

Sachez, monsieur le ministre, que, au plus près des atouts de nos territoires, les collectivités, les élus locaux, les professionnels du tourisme sont prêts à relever les défis d'une filière touristique d'excellence, si l'État est au rendez-vous. Je suis convaincu qu'il le sera ! (Applaudissements sur les travées du RDSE, ainsi que sur quelques travées du groupe socialiste et républicain et du groupe CRC.)

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