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Débat sur les conclusions de la mission d'information de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication sur l'orientation scolaire

Intervention de Françoise Laborde

Françoise LABORDE

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M. le président. La parole est à Mme Françoise Laborde.

Mme Françoise Laborde. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, la mission d'information du Sénat sur l'orientation scolaire, dont notre collègue Guy-Dominique Kennel est le rapporteur, a publié ses conclusions en juin dernier, au terme d'un travail approfondi.

Je ne voudrais pas être redondante en rappelant les raisons pour lesquelles cette mission d'information a été mise en place. Ces raisons, nous les connaissons : notre système d'orientation aboutit, pour un nombre encore trop élevé d'enfants, à une orientation par l'échec plutôt qu'à une orientation choisie ; de surcroît, l'orientation est difficilement réversible, les filières étant peu perméables, et, loin de permettre le dépassement des inégalités sociales, les entretient. Cette situation conduit à des effets pervers très concrets, en particulier l'autocensure des bons et moyens élèves d'origine modeste et l'évitement de la voie professionnelle par les milieux plus favorisés.

Du fait du mode de sélection et d'accès aux différentes filières, les élèves en difficulté sont orientés par défaut vers la filière professionnelle, alors qu'elle ne leur est pas forcément adaptée. Résultat : non seulement ces élèves se trouvent en situation d'échec, mais, de surcroît, la voie professionnelle subit une relégation dans l'inconscient collectif.

Plutôt que de revenir sur ce triste constat et sur ses implications, je préfère, parce que je refuse la fatalité, évoquer les moyens à notre disposition pour pallier les difficultés. Un grand nombre de ces moyens figurent d'ailleurs dans les recommandations du rapport de la mission d'information. Mais d'autres solutions relèvent aussi et surtout du bon sens et d'une nouvelle organisation, à moyens financiers et humains constants.

Le rapport d'information appelle à une ambition nouvelle pour l'orientation scolaire en insistant sur le secondaire. Pour ma part, j'irai plus loin : la clé de la réussite étant l'anticipation – j'y insiste –, c'est seulement en commençant un travail pédagogique autour de l'orientation en primaire que nous réussirons à changer les mentalités. C'est aussi le moyen de se projeter vers l'avenir dans une logique positive, sans préjugés et en dédramatisant le mot « orientation » qui, aujourd'hui encore, malheureusement, tombe comme un couperet.

Nous devons commencer ce travail dès l'école primaire, non pas pour former des salariés préfabriqués et uniquement destinés à se conformer aux attentes du monde de l'entreprise – ne tombons pas dans la caricature ! –, mais pour former au contraire les citoyens de demain, des citoyens qui ont conscience de leurs compétences, de leurs performances et de l'éventail des possibles qui s'ouvre à eux au travers de leur apprentissage puis tout au long de leur carrière professionnelle.

Pour cela, l'école doit s'ouvrir davantage à son environnement. Elle pourrait par exemple organiser des rencontres au cours desquelles la parole serait donnée non seulement aux parents pour présenter leur métier, mais aussi aux professionnels que les enfants côtoient dans leur quartier au quotidien.

Ces initiatives ne représentent aucun coût supplémentaire. Elles réclament plutôt un effort de coordination, d'organisation et de mobilisation. Elles peuvent et doivent être mises en place tout au long de la scolarité. C'est à ce prix que l'on pourra détruire les préjugés, notamment ceux envers l'enseignement professionnel, et créer de véritables vocations positives en direction des métiers de la filière.

C'est pourquoi la recommandation de faire s'asseoir côte à côte, dans un lycée polyvalent, les élèves de la filière générale et ceux qui sont en apprentissage est une idée concrète et qui va dans le bon sens mettre à bas les préjugés. Il faut bien commencer par quelque chose !

Même si j'ai bien conscience qu'elle est importante, la question du transfert des compétences des centres d'information et d'orientation, les CIO, aux régions – à condition que les finances suivent ! – me semble secondaire par rapport à celle de l'anticipation et de la mise en œuvre d'une nouvelle organisation, pour ne pas dire d'un nouveau contenu, de l'orientation de nature pluridisciplinaire.

Je soutiens l'idée selon laquelle il faudrait transformer l'orientation en discipline scolaire et l'intégrer au concept plus large de passeport d'orientation, qui commencerait dès le premier cycle et s'intégrerait ensuite à un passeport formation tout au long de la vie.

Rares sont les jeunes collégiens qui ont une vocation suffisamment ancrée pour s'orienter par choix dans une filière professionnelle. Cela a sans doute un peu changé, me direz-vous, pour les métiers de la restauration depuis que des émissions télévisées sont consacrées aux meilleurs chefs et aux pâtissiers. (Sourires.) Il n'est évidemment pas possible de lancer des séries télévisées pour chaque filière, mais il revient à l'éducation nationale de créer des clips variés pour les faire connaître. (Nouveaux sourires.)

Redevenons sérieux : demander aux élèves de s'orienter dès le collège est prématuré, sauf pour ceux qui ont une véritable vocation, ce qui est rare. Je dirai par facilité que je suis contre une orientation précoce et en faveur d'une entrée précoce de l'orientation dès l'école primaire. Si nous faisions ces choix dès maintenant, je suis certaine que nous aurions gagné une bataille, à moyens constants, dans la guerre contre les inégalités et surtout contre les préjugés qui existent à propos de certaines filières professionnelles.

Les recommandations visant à mieux associer les écoles supérieures du professorat et de l'éducation, les ESPE, au monde de l'entreprise me semble importantes pour accompagner cette mutation et accroître la connaissance mutuelle entre enseignants et entreprises.

Cette mixité doit encore être valorisée. Je crois notamment à l'efficacité des actions concrètes, comme les ateliers de découverte des métiers dans les établissements scolaires, en relation avec les familles, les communes et le tissu économique local, comme je l'évoquais il y a quelques instants.

En conclusion, les membres du groupe du RDSE et moi-même nous sentons très concernés par ces questions et veillerons à ce que les recommandations présentées dans ce rapport ne restent pas lettre morte ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain. – Mme la présidente de la commission de la culture et M. Claude Kern applaudissent également.)

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