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Débat sur le thème : Le Massif central, un enjeu de développement territorial

Intervention de Jean-Claude Requier

Jean-Claude REQUIER

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M. le président. La parole est à M. Jean-Claude Requier.

M. Jean-Claude Requier. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, le débat demandé par notre groupe vise à mettre en lumière les problématiques propres à un territoire de la République, qui disparaissent souvent dans le débat public devant les défis locaux jugés plus urgents ou prioritaires, tels que le développement des grandes métropoles ou des zones littorales.

S'étendant sur 85 000 kilomètres carrés, le Massif central représente pourtant un huitième du territoire national, et sa situation spatiale, au cœur de l'Hexagone, justifierait qu'il occupe une place plus centrale dans le maillage national des échanges et des ressources.

Cependant, nous en sommes loin : après le grand développement du réseau ferroviaire au XIXe siècle, qui a contribué, une première fois, à réduire le désenclavement de la zone, il a fallu attendre 1975, soit un siècle plus tard, pour que l'État tente de remédier à son isolement, par la mise en œuvre du plan routier Massif central. C'était l'époque où de réelles politiques d'aménagement étaient pensées et mises en œuvre !

Comment expliquer, quarante ans plus tard, le retard de la conduite de tels aménagements ?

Il est facile d'imaginer l'effet répulsif qu'ont pu avoir les formules malheureuses de « désert français » et de « diagonale du vide », utilisées par quelques géographes et statisticiens de la DATAR, la délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale, pour désigner la zone reliant la Meuse aux Landes, dépeuplée par l'exode rural. Non, ce n'est pas un désert ! Non, ce n'est pas un vide, puisque des hommes et des femmes y vivent, et que des activités économiques – et pas simplement agricoles ! – s'y sont établies.

La topographie du massif a également eu une influence sur le développement du réseau ferroviaire, au point de juger plus efficient de relier Toulouse à Paris en contournant le Massif central par l'ouest plutôt qu'en le traversant. Il n'est cependant pas anodin de remarquer que ses reliefs, moins escarpés que ceux des Alpes, mais pourtant plus enclavés, n'ont pas fait obstacle à la construction de l'A89 et de l'A75. Au contraire, la construction du viaduc de Millau a été une nouvelle occasion d'illustrer le génie technique français.

M. Roland Courteau. Très bien !

M. Jean-Claude Requier. Surtout, la marginalisation du Massif central et de ses contreforts dans l'agenda du développement territorial est d'abord imputable à son morcellement administratif.

Déjà divisé au sein de vingt-deux départements, il est clair que le nouveau découpage régional renforce les difficultés des habitants du massif à rassembler leurs forces pour obtenir les décisions nécessaires à l'accompagnement de son développement économique. Demandez au président Jacques Mézard, aujourd'hui en déplacement à Lyon, sa nouvelle capitale régionale, ce qu'il pense de la proximité géographique entre Aurillac et Lyon !

Face à la faible réactivité des pouvoirs publics centraux, et malgré l'existence d'un commissariat spécifique et rattaché à la DATAR, une conscience collective se forme, par le biais d'associations dépassant les limites administratives que j'évoquais. Il s'agit par exemple de l'Association pour le développement industriel et économique du Massif central ou d'associations agricoles comme le SIDAM-COPAMAC.

Les citoyens du Massif central prennent progressivement conscience des enjeux qui les unissent. L'identité de ce territoire ne tient pas, comme ailleurs, à l'existence d'un climat uniforme et doux ou à l'homogénéité de son paysage : le Massif central est bigarré, il rassemble des plateaux volcaniques, des failles abruptes et des plaines fécondes, ainsi que l'a rappelé mon collègue Alain Bertrand. En réalité, l'identité de ce territoire découle davantage des préoccupations communes et quotidiennes de ses habitants et de leur détermination dans la lutte contre la désertification programmée de leur lieu de vie. Certains parleraient d'un esprit de résistance.

Leurs doléances, nous les évoquons régulièrement dans cet hémicycle, mais toujours de façon éparse, ce qui ne nous permet pas de souligner les difficultés cumulées qui nuisent aujourd'hui au développement de ce territoire. Tel est justement l'objet de ce débat.

Bien que la part du secteur primaire y soit moins importante qu'autrefois, le développement économique du Massif central repose encore grandement sur la vitalité de son agriculture, qui fait vivre 90 000 actifs et leurs familles.

Dans un territoire agricole majoritairement dédié à l'élevage, la crise agricole suscite bien des inquiétudes. C'est pourquoi, dans la continuité de notre travail législatif, nous continuerons de proposer des amendements de nature à alléger certaines contraintes, et ce dès la semaine prochaine avec l'examen de projet de loi de modernisation, de développement et de protection des territoires de montagne par la Haute Assemblée.

Au-delà du soutien aux secteurs économiques traditionnels, l'édification des facteurs de croissance et de développement est un aspect essentiel. J'y ai déjà fait allusion, les investissements en faveur des infrastructures de réseaux à destination du Massif central sont structurellement insuffisants. Les lignes ferroviaires régionales, peu rentables, sont menacées, tandis que le réseau de la grande vitesse contourne ostensiblement le Massif central.

Concernant les moyens de communication, le déploiement du réseau France très haut débit est loin de tenir toutes ses promesses : les zones grises remplacent progressivement les zones blanches, mais n'offrent pas des conditions de connexion suffisantes pour développer des activités professionnelles et touristiques sur l'ensemble du territoire. Il faut se doter des moyens juridiques et financiers pour développer des réseaux, en vue d'agir efficacement contre la fracture territoriale et numérique.

Enfin, dès lors qu'une offre de services publics de qualité est également un critère déterminant dans la localisation des activités économiques, il convient de réfléchir à des solutions pour lutter contre les effets dévastateurs de la rationalisation de la carte administrative et du phénomène corrélé des déserts médicaux.

Pour conclure, je voudrais insister sur la dimension qualitative du développement territorial. Les dynamiques démographiques à l'œuvre, parfois encouragées par la loi, tendent à concentrer la population active dans de grandes métropoles où la densité et le mal-logement sont créateurs de stress et de mal-être. Il est donc nécessaire de repenser la cohérence nationale de notre politique de développement territorial et de se donner les moyens de conduire une grande et ambitieuse politique d'aménagement du territoire. En ce sens, l'enjeu du désenclavement du Massif central dépasse le seul intérêt de ses habitants et concerne tous les Français.

Monsieur le secrétaire d'État, le Massif central est le château d'eau de la France ; il envoie de l'eau et attend en retour du liquide, mais sous une autre forme ! (Applaudissements.)

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