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Débat sur sur le thème : économie circulaire, un gisement de matières premières et d'emploi

Intervention de Mireille Jouve

Mireille JOUVE

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Mme la présidente. La parole est à Mme Mireille Jouve, pour le groupe du RDSE.

Mme Mireille Jouve. Madame la présidente, madame la secrétaire d'État, chère Marie-Christine Blandin, mes chers collègues, à Jouques, dans les Bouches-du-Rhône, commune du pays aixois de 4 300 habitants, dont 140 chômeurs de longue durée, est expérimenté depuis novembre dernier, comme dans neuf autres communes de France, le dispositif « zéro chômeur de longue durée », qui favorise l'emploi en CDI de chômeurs de longue durée dans des entreprises de l'économie sociale et solidaire financées par l'État et les collectivités territoriales et positionnées sur des activités non concurrentielles.

Le financement suit une logique d'activation des dépenses sociales en s'appuyant sur une évaluation globale du coût du chômage de longue durée. Comme l'explique Isabelle Loss, conseillère municipale de Jouques à l'initiative du projet, « on réinvente le rapport à l'emploi. C'est un emploi dans lequel on s'épanouit, dans lequel on est écouté et entendu et dans lequel on capitalise sur ce qu'on sait faire et ce qu'on aime faire ».

Si l'on évoque souvent ses bénéfices environnementaux, on sait moins que l'économie circulaire représente aussi un vivier d'emplois, qui « permettrait de relancer l'économie des régions en perte de vitesse en recréant de l'emploi et des activités locales », selon un rapport réalisé par l'Institut de l'économie circulaire. C'est ce que l'on observe dans la commune de Jouques, avec l'emploi de chômeurs de longue durée dans des domaines aussi divers que le tourisme, la ressourcerie et le débroussaillement.

Je remercie nos collègues du groupe écologiste d'avoir inscrit ce débat à l'ordre du jour de nos travaux.

Pourquoi la transition vers l'économie circulaire devient-elle aujourd'hui une priorité ? Parce que la logique du « prendre, fabriquer, utiliser et jeter », quasi omniprésente dans notre économie, ne peut perdurer. Parce que le modèle économique actuel, dit « linéaire », est jugé non soutenable, eu égard à la croissance démographique et au développement de la consommation sur le modèle des pays développés. Parce que, enfin, il n'est plus acceptable que des produits soient conçus pour devenir défaillants dès l'expiration de la période de garantie.

Il paraît donc temps de s'interroger sur un mode de production et de consommation circulaire, c'est-à-dire une économie qui permette de préserver la valeur des matières premières et des produits aussi longtemps que possible, une économie où l'utilisation des ressources et la production des déchets sont réduites au minimum, une économie qui facilite la réutilisation constante des composants des produits arrivés en fin de vie pour recréer de la valeur, une économie à la recherche de nouvelles sources de croissance économique, qui participent à la création de nouveaux emplois, bref, un système économique davantage fondé sur la frugalité, la limitation de la consommation et le recyclage des matériaux ou des services.

Les exemples concrets abondent et les projets débordent très souvent d'ingéniosité. « Plus de matières grises pour moins de matières premières », tel est le credo des architectes Julien Choppin et Nicola Delon, auteurs d'une petite construction en bois appelée « pavillon circulaire », qui trône sur la place de l'Hôtel-de-Ville de Paris depuis la COP 21 et a été réalisée grâce au réemploi de matériaux existants. Mieux, près d'Auxerre, une « Wagabox » collecte le biogaz issu d'un centre naturel d'enfouissement de déchets non dangereux, puis le traite, avant de le réinjecter dans le gaz de ville.

M. Jean-Baptiste Lemoyne. Tout à fait ! C'est une première.

Mme Mireille Jouve. « On participe ainsi à l'économie circulaire en substituant au gaz naturel importé du gaz produit par des déchets locaux », résume l'ingénieur à l'origine de ce projet. Cette première mondiale, réalisée par d'anciens ingénieurs d'Air Liquide, est appelée à essaimer.

En France, mais aussi au niveau européen, la transition vers l'économie circulaire est encouragée à petits pas, avec la mise en place d'une réglementation plus contraignante et des incitations adaptées. Après un retrait controversé par la commission Juncker, le paquet européen « Économie circulaire » décline une série de mesures devant être discutées et précisées, pour un déploiement d'ici à 2019. Ces mesures ont d'ailleurs été renforcées par la commission de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire du Parlement européen le mois dernier, notamment sur les objectifs concernant le recyclage et la lutte contre le gaspillage alimentaire. Reste maintenant aux États membres à s'approprier ces mesures.

On peut souligner que la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte fixe déjà un objectif de recyclage de 70 % des produits de chantiers de construction routière d'ici à 2020 ou qu'une proposition de loi adoptée à l'unanimité par le Sénat cible la lutte contre le gaspillage alimentaire.

Toutefois, ces initiatives restent dispersées et, si elles s'avèrent bel et bien incitatives, leur aspect contraignant demeure, lui, encore relativement limité.

Comme l'indique Isabelle Delannoy, spécialiste du développement durable, il faut encourager une économie dite « symbiotique », c'est-à-dire réunissant les innovations économiques de ces dernières années, telles que l'économie circulaire, l'économie du partage, l'économie sociale et solidaire, etc. Cette économie symbiotique permettrait, selon elle, d'envisager un monde où nos activités ne détruiraient plus les écosystèmes, mais les régénéreraient, tout en répartissant plus équitablement les richesses.

En somme, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », pour reprendre une célèbre maxime du chimiste Antoine Lavoisier, plus que jamais d'actualité. (Applaudissements.)

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