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Déclaration du Président de la République devant le Congrès du Parlement à Versailles, suivie d'un débat

Intervention de Gilbert Barbier

Gilbert BARBIER

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M. le président. La parole est à M. Gilbert Barbier, pour le groupe Rassemblement démocratique et social européen du Sénat.

M. Gilbert Barbier. Monsieur le président du Congrès, à l’issue de votre élection à la présidence de l’Assemblée nationale, la semaine dernière, vous déclariez : « nous avons été collectivement choisis par une minorité de Françaises et de Français ». C’est une vérité qui oblige. Le Président de la République met régulièrement en avant la bienveillance. Pour que celle-ci ne soit pas un vain mot, il est important que le pluralisme continue d’irriguer nos assemblées parlementaires. En effet, comment un parlement prisonnier du fait majoritaire pourrait-il garantir cette bienveillance ? Est-ce une marque de bienveillance que de décider de l’ordre de passage à cette tribune en fonction de l’importance des groupes politiques ? J’espère, monsieur le président du Sénat, que vous ne prendrez pas cela comme modèle pour la Haute Assemblée ! (Sourires.)

Le 8 mai dernier, les Français ont fait le choix de porter à la présidence de la République un homme qui s’est affranchi des partis politiques traditionnels. Ce choix, nos concitoyens l’ont confirmé le 18 juin, en offrant une indiscutable victoire à la République en marche aux élections législatives. Aujourd’hui, le Président de la République a fait le choix de venir s’exprimer devant le Congrès, c’est son droit. Cela me paraît d’autant plus utile qu’au terme de cette longue campagne électorale, que j’ai suivie et à laquelle j’ai participé, de nombreuses questions restaient sans réponse, ou du moins sans réponse suffisamment étayée. Peut-on dire que tout est clair à présent ? Il nous faudra décrypter la déclaration que nous venons d’entendre, qui était dense, agréable à l’oreille et de belle tenue linguistique.

Je suppose, monsieur le Premier ministre, que vous nous apporterez demain des réponses plus précises, notamment au sujet des finances publiques. Vous souhaitez rassembler tous les talents ; en somme, vous voulez gouverner au centre. Je vous rappelle ce bon mot d’Edgar Faure : « Le centre a le droit de vivre à condition de faire le mort. »

Si la nouveauté a ses charmes, l’expérience a aussi ses vertus et, parce que les défis qui s’offrent à la France sont immenses, il sera nécessaire d’entendre, sinon d’écouter, tout le monde. À mon sens, la volonté réformatrice issue des urnes, que beaucoup d’entre vous incarnent ici, a aussi besoin, pour réussir, de tous les élus, confrontés depuis longtemps aux réalités du terrain et aux attentes de nos concitoyens.

Nos institutions ont toujours permis de conserver l’équilibre politique nécessaire au bon exercice de la démocratie. Pendant sa campagne, le Président de la République s’est engagé, s’il était élu, à introduire une dose de proportionnelle. On aurait souhaité savoir quel sera le calendrier de cette réforme. Le pluralisme est la raison d’exister du RDSE, et l’expression des diverses sensibilités politiques nourrit notre débat démocratique interne depuis des décennies. Nous serons donc vigilants, sachez-le, sur cette question de la diversité politique.

En attendant, mes chers collègues députés de la majorité, il faut reconnaître que vous avez les mains libres. C’est une responsabilité et, compte tenu des difficultés économiques et sociales que rencontre notre pays, cette responsabilité est lourde.

« Ne pas décevoir », aime répéter le Président de la République. En effet, il ne faudra pas décevoir. La feuille de route, Emmanuel Macron l’a tracée en tant que candidat, et il vient de nous la rappeler aujourd’hui en tant que Président. Oui, nous avons besoin de simplifier le code du travail, d’alléger le quotidien des entreprises, de réformer l’assurance chômage pour en faire un droit universel, avec des exigences nouvelles pour chacun. Oui, il faut moderniser notre économie, la doter d’une stratégie d’investissement ambitieuse pour l’Hexagone mais aussi pour les outre-mer. Oui, il faut un nouveau modèle de croissance, réconciliant transition écologique, industrie du futur et agriculture de demain. Oui, il est urgent de préparer l’avenir de nos enfants, grâce à une école qui garantisse l’acquisition des savoirs fondamentaux et une formation à la citoyenneté.

La situation budgétaire n’est pas celle qui était attendue. Un dérapage de plus de 8 milliards d’euros, ce n’est pas rien. Il va falloir envisager de nouvelles mesures de redressement car, à ce stade, l’objectif d’un déficit de 2,8 % du PIB semble hors d’atteinte. Le précédent quinquennat laisse des comptes visiblement entachés d’insincérité. L’équation sera difficile à résoudre. Le Gouvernement souhaite mettre en œuvre une fiscalité qui favorise de près ou de loin l’emploi et la croissance ; c’est en effet une priorité que nous partageons. C’est dans cet esprit de large ouverture que les membres de mon groupe examineront prochainement le projet de loi habilitant le Gouvernement à prendre par ordonnances des mesures relatives au travail.

Mais cet effort pour libérer les énergies en faveur de l’activité économique ne pourra se faire au détriment des autres politiques. La France a des besoins importants en matière de justice, de défense, d’environnement.

M. Gilbert Barbier. La France est aussi un territoire en proie à des fractures sociales, culturelles et numériques. À côté du monde urbain, il y a le monde rural, des territoires qui demandent des réponses adaptées, en particulier aux enjeux de la mondialisation. Je crains de voir s’installer une France à deux vitesses, s’amplifier une fracture entre le monde des métropoles récemment instaurées et le reste du territoire. Ce sentiment est perceptible dans nos campagnes et nos villes moyennes. Espérons que leur cri d’alarme sera entendu !

Le Président de la République a indiqué qu’il voulait une France protégeant les plus fragiles ; nous le voulons aussi. À cet égard, la réforme de la CSG suscite déjà des inquiétudes, notamment parmi les retraités. Sachez que mon groupe sera vigilant sur ce point au Sénat.

Enfin, la France est aussi tenue par des engagements européens. Avec l’Allemagne, notre pays est considéré comme un moteur de l’Union européenne, ce qui lui impose des devoirs. Le Président de la République a une vision très positive de l’Europe, ce qui ne peut que réjouir le groupe RDSE, attaché depuis toujours à la construction communautaire.

Mes chers collègues, nous sentons bien que nous nous trouvons à un tournant et que l’avenir de la France dépend de notre capacité à dépasser les blocages. Les sénateurs du groupe RDSE connaissent la partition qui consiste à considérer l’intérêt général avant ce que pourrait leur dicter leur parcours idéologique et partisan. Certes, nous avons des convictions politiques, mais elles sont fondées sur des valeurs républicaines, qui nous permettent le plus souvent de nous rassembler. La solidarité, la laïcité et l’humanisme nous guident et, tant que votre politique tendra vers ces objectifs, monsieur le Premier ministre, notre groupe sera à vos côtés.

Pour terminer, pardonnez-moi, mes chers collègues, d’évoquer avec émotion un souvenir personnel. Le 16 mars 1978 – c’était ma première campagne législative, comme beaucoup d’entre vous viennent de la vivre –, et Simone Veil, alors ministre de la santé et de la famille, qui était venue me soutenir à Dole, déclarait : « On ne peut tout faire à la fois, mais nous pouvons tous ensemble progresser dans une politique sociale de justice et de liberté et, surtout, ne pas nous laisser aller aux promesses qui portent atteinte à nos libertés. » À cet instant, mes pensées vont vers cette grande dame. (Applaudissements sur de nombreux bancs.)

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