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Débat : quelles énergies pour demain ?

Question de Maryse Carrère dans le débat intéractif

Jean-Claude REQUIER

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M. le président. La parole est à Mme Maryse Carrère, pour le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.

Mme Maryse Carrère. Ma question concerne le renouvellement des concessions hydroélectriques ainsi que les perspectives du Gouvernement dans ce secteur.

Lors de l'adoption de la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, notre pays s'est doté d'objectifs ambitieux en matière de développement des énergies renouvelables : celles-ci doivent représenter 40 % de la production d'électricité en 2030, alors que cette part s'élève actuellement à un peu plus de 20 %.

L'hydroélectricité a un rôle important à jouer, la France étant le deuxième pays européen producteur avec environ 13 % de sa production totale d'électricité d'origine hydraulique. Cette source d'énergie, disponible à tout moment, s'inscrit pleinement dans la politique énergétique de notre pays ; il est primordial que l'État continue de garder la maîtrise sur cette production, qui participe à notre sécurité d'approvisionnement.

Or la France fait aujourd'hui l'objet de démarches contentieuses concernant sa gestion du renouvellement des concessions hydroélectriques qu'elle a gelé depuis 2011, dont une mise en demeure par la Commission européenne en octobre 2015.

Le régime des délais glissants, qui s'applique à de nombreuses concessions échues, est juridiquement très fragile. Il entrave la création de sociétés d'économie mixte instituées par la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, dont l'objet est d'exploiter des contrats de concession sur une vallée, afin de mieux associer les collectivités territoriales à la gestion des usages de l'eau, et de maintenir le contrôle public de l'État sur le parc hydroélectrique français comme sur l'ensemble de la production énergétique.

Le retard pris dans le renouvellement des concessions hydroélectriques empêche également le perfectionnement structurel et fonctionnel du secteur, et engendre un manque à gagner considérable pour les collectivités territoriales et pour l'État lui-même, privés de la redevance prévue par l'article L. 523-2 du code de l'énergie.

La Cour des comptes a évalué, dans un référé de 2013, que cette situation implique une perte de recettes budgétaires cumulée de 600 millions d'euros d'ici à 2020 ; le département des Hautes-Pyrénées estimait pour sa part en 2015 à plus de 1,125 million d'euros le manque à gagner pour les collectivités territoriales concernées.

Monsieur le secrétaire d'État, le Gouvernement prévoit-il d'engager rapidement le renouvellement des concessions arrivées à échéance, avec un éventuel dédommagement des collectivités lésées ? Enfin, quelle stratégie comptez-vous mettre en place pour l'avenir et le développement de l'hydroélectricité dans notre pays ?

M. Jean-Claude Requier. Très bien !

M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'État auprès du ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire. Cette question me permet de rappeler à quel point nous avons besoin de l'hydroélectricité, à la fois pour le développement économique des territoires et pour remplir nos objectifs en matière d'énergies renouvelables.

Le droit français, en conformité avec le droit européen, prévoit que les concessions hydroélectriques échues doivent être renouvelées via une mise en concurrence, ce que personne ne refuse. Néanmoins, cela a entraîné quelques contentieux, ce qui me conduira, madame la sénatrice, à vous répondre sans trop me détacher de mes notes pour ne pas ajouter du trouble au trouble.

La transition énergétique a notamment prévu la possibilité pour les collectivités locales d'être associées à la concession dans le cadre d'une société d'économie mixte hydroélectrique et a retenu l'option de regrouper des concessions hydrauliques liées, pour faciliter leur exploitation et favoriser la sûreté.

Le statut des personnels sera préservé dans tous les cas et les cahiers des charges devront prévoir la reprise des personnels par le nouvel exploitant.

Actuellement, de nombreux échanges, commencés sous le précédent gouvernement, ont lieu avec la Commission européenne, afin de parvenir à une mise en œuvre équilibrée de ces dispositifs. Aucun accord n'a pour l'instant été trouvé. Le Gouvernement compte poursuivre les discussions dans le même état d'esprit, à savoir en prenant en compte l'ensemble des enjeux et l'intérêt public.

L'objectif est d'aboutir rapidement à une sortie du statu quo qui nuit aux investissements dans le secteur, suscite beaucoup d'inquiétude chez les élus locaux, et est source d'incertitude pour les entreprises et pour les salariés.

La France continuera à défendre les regroupements de concessions, indispensables à la cohérence des vallées, les projets de prolongation, transmis à la Commission, ainsi que la possibilité pour EDF de participer au processus de mise en concurrence.

La remise en concurrence est une politique nationale que nous souhaitons mener pour optimiser la gestion de nos barrages et relancer l'investissement, tout en redistribuant des ressources financières vers les territoires. Il ne faut pas oublier que les barrages appartiennent à l'État et que nous devons les valoriser !

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