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Débat sur le thème : la politique étrangère de la France : quelle autonomie pour quelle ambition ?

Robert HUE

M. le président. La parole est à M. Robert Hue.

M. Robert Hue. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, en sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, la France a toujours pris ses responsabilités dans la gestion des crises internationales. Certes, on peut certes s'interroger sur l'ampleur de l'influence française dans le monde d'aujourd'hui, que d'aucuns trouvent affaiblie, mais, quoi que l'on en dise, par sa position géographique et ses territoires outre-mer qui la prolongent sur quatre continents, par son histoire qui la lie aussi à plusieurs pays aux quatre coins du monde, la France est toujours écoutée, pour ne pas dire attendue.

Oui, la France est écoutée. « Pont entre les nations », comme l'a déclaré le Président de la République, François Hollande, devant la conférence des ambassadeurs de 2012, notre pays est un médiateur reconnu. Plus que la reprise du dialogue entre les parties, le sommet des chefs d'État en format « Normandie », dont Paris et Berlin ont été à l'initiative, a permis la conclusion des accords dits de « Minsk II ». Vous y avez d'ailleurs contribué, monsieur le ministre.

Oui, la France est attendue. Je pense en particulier à l'appel du président Traoré demandant l'intervention de l'armée française pour stopper la progression des groupes islamistes armés au Mali.

Son statut de puissance s'appuie sur un réseau diplomatique dense – le deuxième au monde – ainsi que sur un modèle d'armée dont la crédibilité n'a pas été démentie, comme le montre le succès d'opérations extérieures menées en toute indépendance. Il n'est qu'à penser à l'opération Serval.

Forte de ces atouts, la France a donc toujours un rôle majeur à jouer, mais avec « quelle autonomie » et pour « quelle ambition ? » Tel est le sujet de notre débat cet après-midi.

Aujourd'hui, il s'agit de contribuer à la sécurité collective dans un monde devenu multipolaire et dans lequel notamment des acteurs non étatiques livrent bataille jusque sur notre propre territoire.

Dans ce contexte, la France doit agir selon plusieurs principes.

Tout d'abord, la France doit continuer d'inscrire ses actions dans un cadre légal, s'agissant en particulier de ses opérations extérieures. Excepté lors de la mise en œuvre d'accords de défense, notre pays s'est toujours adossé à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies et c'est tout à l'honneur du président Chirac d'avoir refusé de participer à l'intervention en Irak de 2003, intervention à la légitimité plus que contestable, comme chacun le sait ici.

Mme Nathalie Goulet. Très bien !

M. Robert Hue. S'agissant de la Libye en revanche, on peut s'interroger sur les effets de l'interprétation extensive par plusieurs membres de l'ONU, notamment la France, de la résolution  1973 qui a été adoptée dans le but de protéger la population et non de renverser le régime. On a pu en mesurer le triste résultat...

Ensuite, la France doit conserver une relative indépendance. Sans bien sûr nier ses alliances traditionnelles et ses engagements multilatéraux, reconnaissons que la France sort le plus souvent grandie quand elle décide en toute autonomie. Lorsqu'elle agit sous pression, elle met en jeu la crédibilité de sa parole.

Nous avons eu l'occasion d'en débattre à l'occasion de l'examen du projet de loi sur l'accord annulant la vente des deux Mistral à la Russie, décision prise probablement sous influence, disons-le clairement.

Trop souvent, notre position peut apparaître comme un retour à l'atlantisme, alignée sur celle des États-Unis, ce qui n'est souhaitable au regard ni de nos propres intérêts ni même de ceux de la communauté internationale.

Je citerai de nouveau le dossier irakien de 2003 qui, mal apprécié, nous mène aujourd'hui tout droit à Daech. On le sait, les États-Unis ont une part de responsabilité dans cette impasse, parce qu'ils ont laissé le Premier ministre irakien al-Maliki mener une politique ne pouvant qu'alimenter un ressentiment sunnite.

Cet échec doit nous interpeller sur la surévaluation qui peut être faite de la capacité des Américains à régler les conflits. Il suffit d'examiner, pour cela, la question israélo-palestinienne, que le président Obama s'était promis de solder durant sa présidence. Les événements violents de ces derniers jours à Jérusalem illustrent, une fois encore, l'impasse de la diplomatie américaine.

Par ailleurs, je suis heureux d'entendre le Gouvernement français dénoncer le manque de transparence qui entoure les négociations du projet d'accord de libre-échange Transatlantic Free Trade Area, le TAFTA.

Enfin, au nom de cette indépendance de principe, nous ne devons pas écarter la diplomatie bilatérale, qui doit nous conduire à parler à tous les pays, au premier rang desquels se trouvent la Russie et l'Iran. Nous sommes plusieurs, au sein du RDSE, à appeler depuis longtemps au dialogue avec ces deux acteurs incontournables.

S'agissant de la Russie, j'ai eu moi-même l'occasion de rappeler qu'il fallait faire abstraction du nationalisme assumé de Vladimir Poutine, qui n'était que la réaction naturelle à une avancée de l'OTAN sur les frontières de son pays, contrairement aux engagements pris à la suite de la chute du mur de Berlin. Le secrétaire d'État américain James Baker n'avait-il pas promis à Mikhaïl Gorbatchev que « l'OTAN ne s'avancera[it] pas vers l'Est » ? Promesse non tenue !

Enfin, concernant l'Iran, l'accord de Vienne est bien évidemment un progrès incontestable, tant sur le plan de la lutte contre la prolifération nucléaire que sur le plan politique. Même si son application devra être surveillée, le repositionnement de l'Iran sur la scène internationale devrait également contribuer favorablement au règlement du dossier syrien.

Finalement, si nos interventions militaires peuvent ralentir les crises, elles ne peuvent pas installer durablement la paix sans l'implication des plus concernés.

En attendant, mes chers collègues, reconnaissons que nos destins sont liés à ceux de ces populations, ne serait-ce que si l'on songe à la crise des réfugiés en Europe. Par conséquent, il convient de donner à notre politique étrangère, pour qu'elle soit porteuse d'un message clair, une dimension indépendante, équilibrée et cohérente avec l'histoire de notre pays. (Applaudissements.)

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