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Projet de loi de finances pour 2019 : action extérieure de l'état

Jean-Noël GUÉRINI

M. le président. La parole est à M. Jean-Noël Guérini.

M. Jean-Noël Guérini. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, l'action extérieure de l'État, on le sait, est l'un des principaux instruments du rayonnement de la France dans le monde. À ce titre, il est important de préserver les moyens de la mission que nous examinons, ce maintien étant le gage de la diffusion des valeurs universelles qui nous sont chères.

Avec une dotation de 2,9 milliards d'euros pour 2019 en autorisations d'engagement et en crédits de paiement, j'observe, à périmètre constant, une diminution de 2,2 % des crédits par rapport à 2018. Cependant, même si en matière de chiffres les jeux d'écriture restent toujours possibles, vous avez affirmé, monsieur le ministre, que cette baisse était toute relative, puisque les dépenses de sécurisation des implantations à l'étranger relèvent d'un programme extérieur à la présente mission.

Dans un monde multipolaire fragilisé, d'un côté, par la faiblesse des États faillis et, de l'autre, par les nouvelles stratégies de puissance, le projet kantien de paix perpétuelle demeure un idéal. Aussi, nous avons besoin d'un outil diplomatique efficace pour conserver à la France ses capacités d'influence et de pleine participation à la résolution des conflits. Cette influence, nous devons continuer à la déployer sur tous les fronts de l'action extérieure, que ce soit celui de la diplomatie culturelle, celui de notre emprise consulaire et, bien sûr, celui de notre implication dans les grandes organisations internationales.

S'agissant de la diffusion de notre culture, la promotion de la langue française reste une composante majeure de notre diplomatie. Je me félicite donc de la sanctuarisation des crédits du programme 185. Toutefois, sans un soutien plus affirmé, il me semble que l'objectif de 700 millions de locuteurs au milieu de ce siècle, au lieu de 274 millions aujourd'hui, sera difficile à atteindre. Dans ces conditions, l'effort en direction du réseau des lycées français à l'étranger doit être conforté. N'hésitons pas aussi à nous appuyer davantage sur nos outre-mer pour mieux diffuser la francophonie.

Pour ce qui concerne le réseau consulaire, je m'inquiète des conséquences que pourrait avoir la poursuite à marche forcée de la rationalisation qui affecte le programme 105. Je pense, en particulier, à la réduction de la masse salariale amorcée dans ce budget pour coller à l'objectif d'une diminution de 10 % des effectifs d'ici à 2022. Il s'agit d'une nouvelle saignée, alors que les réseaux consulaires sont déjà fortement contraints dans l'actuel schéma pluriannuel d'emploi, comme l'a souligné M. le président de la commission des affaires étrangères.

Pour autant, je ne conteste pas le chantier de la mutualisation des fonctions supports de l'ensemble des ministères et opérateurs de l'État à l'étranger opérée dans le cadre du plan Action publique 2022. Je partage l'idée que cela contribuera à faire de chaque ambassade une véritable agence de l'État. Mais attention à ne pas effectuer ces réformes dans la brutalité, au risque d'affaiblir un réseau dont l'universalité en fait le troisième au monde ! Tout comme le président de la commission des affaires étrangères, j'espère que nous nous maintiendrons à cette place.

Enfin, au-delà du maillage des continents par nos ambassades, nos lycées et nos alliances françaises, c'est également au sein des grandes organisations internationales que la France expose son point de vue pour répondre aux défis du monde actuel. À cet égard, je salue l'initiative du Président de la République d'installer annuellement un Forum de la paix – preuve qu'il m'arrive parfois d'être d'accord avec lui ! Cette enceinte permettra, parmi d'autres, de promouvoir l'action multilatérale de la France. C'est aussi, on peut le dire, une façon de conforter notre rôle dans la résolution des conflits.

Reste que nous devons être vigilants, car, sans être ouvertement contestée, notre place peut parfois être discutée. Je pense à notre partenaire allemand qui souhaite – Ladislas Poniatowski l'a rappelé – que la France abandonne son siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations unies au profit de l'Europe. Or rappelons à nos amis Allemands qu'il faudrait au préalable que l'Union européenne ait une politique étrangère unique pour qu'elle ait un siège unique.

M. Christian Cambon, président de la commission des affaires étrangères. Très bien !

M. Jean-Noël Guérini. Nous n'en sommes pas là ! J'ajouterai que ce n'est pas forcément avec des excédents budgétaires exemplaires que l'on répond aux défis stratégiques…

L'engagement des militaires français sur les théâtres extérieurs est parmi les plus importants, ce qui justifie la place centrale de la France dans les instances multilatérales et sa légitimité à parler à tous.

M. Christian Cambon, président de la commission des affaires étrangères. Bien sûr !

M. Jean-Noël Guérini. Sans prétendre à l'arrogance, nous devons préserver la place qui est la nôtre, car, au-delà de l'attractivité de notre pays, il s'agit de lui conserver son autonomie. J'entends bien sûr par autonomie celle qui nous permet de contrôler nos intérêts tout en continuant à nous ouvrir au monde, comme l'a très justement rappelé le Président de la République au Forum de la paix.

Le cycle mémoriel de la Grande Guerre, qui vient de s'achever, a ouvert des instants de commémoration rappelant que la paix d'hier avait été chèrement payée, et que celle d'aujourd'hui n'était pas éternellement acquise.

M. le président. Veuillez conclure, cher collègue !

M. Jean-Noël Guérini. Je vous encourage donc, monsieur le ministre, à poursuivre dans la voie de la consolidation de tous les outils diplomatiques qui se mettent au service des libertés humaines.

Malgré tout, le groupe du RDSE votera ce budget. (M. Jean-Claude Requier applaudit.)

M. Christian Cambon, président de la commission des affaires étrangères. Très bien !


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