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Projet de loi de ratification des statuts de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables

François FORTASSIN

 

M. le président. La parole est à M. François Fortassin.

M. François Fortassin. Monsieur le président, madame le ministre d'État, mes chers collègues, la conférence des président avait décidé un examen simplifié de ce projet de loi. J'ai demandé, avec les membres du RDSE, le retour à la procédure normale, non parce que nous sommes opposés à la création de cette agence, mais parce que, en matière d'énergies renouvelables, nous avons tendance à suivre la mode, l'air du temps, plutôt que de considérer leur intérêt économique et, surtout, énergétique.

Ainsi, d'aucuns nous expliquent que l'éolien est une source d'énergie formidable, que les Allemands ont d'ailleurs largement développé. D'emblée, je balaie d'un revers de main la question de l'esthétique, qui est sujet à controverses.

Permettez-moi donc de formuler quelques observations de bon sens. D'abord, lorsqu'il fait très chaud ou très froid, nous sommes en général dans un régime de haute pression, et il n'y a alors pas de vent. Ce sont pourtant dans ces périodes que l'on a le plus besoin d'énergie électrique. Ensuite, lorsque la vitesse du vent dépasse 80 kilomètres à l'heure, il faut arrêter les éoliennes afin de ne pas injecter une puissance trop importante dans le réseau. C'est ainsi que, dans les zones venteuses, comme le Languedoc, il n'est pas rare qu'une éolienne sur deux soit à l'arrêt.

Sur le plan énergétique, l'éolien, c'est de la « foutaise » ! (Rires.) Et je souhaite, madame le ministre d'État, que le Gouvernement français le dise, … peut-être pas en ces termes !

Mme Françoise Laborde. Ce serait en effet préférable !

M. François Fortassin. Sur le plan intellectuel, le photovoltaïque est un mode de production parfait. Mais peut-on passer sous silence l'imprévoyance coupable d'EDF…

M. Jacques Blanc, rapporteur. ERDF !

M. François Fortassin. … Non, ERDF ne s'occupe que du transport. Peut-on, donc, passer sous silence l'imprévoyance coupable d'EDF qui, pendant deux ans, acheté le kilowattheure d'origine photovoltaïque trois fois plus cher qu'il ne le revendait ? Aussi, après s'être aperçu qu'il était impossible d'aller plus loin, on a changé de monture au milieu du gué. Ce faisant, on a « planté », si vous me permettez cette expression, tous ceux qui s'étaient engagées dans ce mode de production d'énergie.

On nous dit que la production d'énergie photovoltaïque est permanente. Certes, mais elle est beaucoup forte le 14 juillet ou le 15 août que le 25 décembre, lorsque les besoins en électricité sont plus importants ! (Sourires.)

J'en viens maintenant à la biomasse et à l'éthanol. Qu'un pays comme le Brésil, d'une superficie de quelque 8,5 millions de kilomètres carrés, se permette de consacrer plusieurs centaines de milliers d'hectares à la culture de plantes céréalières pour produire de l'éthanol, soit ! En revanche, si un pays comme la France se lance massivement dans les cultures pour d'éthanol, ce sera au détriment de productions agricoles destinées à l'alimentation disparaîtront.

J'aurai pu faire la même observation en ce qui concerne la création de champs photovoltaïques. Comment en vouloir à un viticulteur du Languedoc ou du Roussillon, qui a un rendement de 300 euros à l'hectare, de déclasser ses vignes et d'accepter l'installation de panneaux photovoltaïques, avec la promesse de gagner 3 000 euros ?

Mme Françoise Laborde. Ne donnez pas de noms !

M. François Fortassin. Ce n'est pas très grave pour la vigne, car on peut on peut très bien boire de l'eau et se porter comme un charme ! (Rires.) C'est plus gênant lorsqu'il s'agit de culture maraichère…

Nous considérons que ces sujets doivent être abordés à l'occasion de la mise en place de l'Agence internationale pour les énergies renouvelables.

Je souhaite également, sans chercher à créer un incident diplomatique, tempérer l'admiration que portons à la politique énergétique de l'Allemagne.

L'Allemagne a décidé, ce qui est son droit le plus absolu, de ne pas produire d'énergie nucléaire sur son territoire. En revanche, les Allemands n'éprouvent aucune gêne à importer massivement de l'électricité d'origine nucléaire ! C'est pourquoi, pour ma part, je ne vais pas chercher un modèle l'autre côté du Rhin. Si l'Allemagne s'est lancée dans la construction d'un parc éolien extrêmement important, c'est parce qu'elle a un ardent besoin d'électricité.

Je considère que c'est en bord de mer, là où les vents sont réguliers, que l'installation d'éoliennes géantes est le plus envisageable. Mais encore faut-il que la structure du plateau continental s'y prête.

Mme Françoise Laborde. Cela coûte cher !

M. François Fortassin. Ainsi, il est impossible d'implanter des éoliennes dans le golfe de Gascogne. De toute façon, je ne suis pas persuadé que Mme la ministre d'État souhaite que l'on dégrade les plages de Saint-Jean-de-Luz ! (Mme la ministre d'État sourit.)

Mme Françoise Laborde. Et que dire du Mont-Saint-Michel !

M. François Fortassin. Cela dit, le RDSE votera ce projet de loi, car la création de l'Agence internationale pour les énergies renouvelables nous paraît souhaitable. Mais en qualité de parlementaire et, surtout, de consommateur d'énergie, je tenais, avec solennité, à rappeler quelques données de bon sens. (Très bien ! et applaudissements sur certaines travées du RDSE.)

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