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Proposition de loi relative à la simplification du droit et à l'allégement des démarches administratives

Anne-Marie ESCOFFIER

M. le président. La parole est à Mme Anne-Marie Escoffier.

Mme Anne-Marie Escoffier. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, me voilà une nouvelle fois amenée à intervenir sur un texte dont j'aurais voulu qu'il fût autre, un texte dont mes prédécesseurs à cette tribune ont dit que, de simplification et d'allégement, il était devenu un texte de complexification et d'alourdissement de tous les dispositifs législatifs concernés.

Je ne saurais mieux dire que ceux qui sont intervenus avant moi combien la profusion des textes législatifs, souvent de pure opportunité ou utiles à la seule communication, nuit à l'image du Parlement tout entier et des parlementaires, qui perdent leur crédibilité aux yeux de leurs concitoyens quand ils adoptent des lois incompréhensibles, confuses et, plus grave encore, inapplicables. (M. Ronan Kerdraon applaudit.)

J'avais en d'autres temps, en d'autres lieux, alors que j'occupais d'autres fonctions, alerté qui de droit sur les raisons de la prolifération de ces mouvements dits « citoyens » qui, dans les faits, se substituent à la parole des élus, des parlementaires tellement décriés, moqués et mis chaque jour un peu plus devant leurs contradictions.

Aujourd'hui, parlementaire moi-même, je me refuse à être considérée comme œuvrant pour rien, à être tenue pour l'une de celles ou ceux qui ignorent tout de la réalité du terrain et s'ingénient à voter des lois inapplicables et inappliquées, certaines relevant d'ailleurs beaucoup plus du pouvoir réglementaire que du pouvoir législatif.

La proposition de loi qui nous est soumise aujourd'hui appartient à cette catégorie de textes dont on perçoit mal l'objet ou dont, au contraire, on voit parfaitement que, derrière une apparente nécessité, ils cachent des desseins compliqués, voire peu avouables.

M. Claude Domeizel. Très juste !

Mme Anne-Marie Escoffier. Je voudrais souligner le talent de nos excellents rapporteurs, au fond ou pour avis, qui ont tous cherché à justifier la part de texte qui leur revenait. Ils ont eu en cela un mérite que je tiens à saluer.

J'adresse tout naturellement mes compliments à Mme Procaccia, rapporteur pour avis de la commission des affaires sociales. Avec un art consommé, elle a donné du sens aux dispositions du texte qui relèvent du champ de compétence de cette commission, en les regroupant par thèmes.

Je citerai la situation des salariés, qu'il s'agisse de ceux qui sont privés d'emploi pour inaptitude d'origine non professionnelle, de ceux qui peuvent bénéficier d'un salaire pendant les jours fériés chômés, de ceux qui sont soumis à des risques professionnels dans les très petites entreprises, ou encore de leur situation au regard du droit à congés payés.

Je prendrai aussi l'exemple de la négociation collective, comprenant les obligations de négocier dans différents cas, les accords de modulation du temps de travail, le mandatement dans les toutes petites entreprises de presse, la certification des comptes incombant aux partenaires sociaux et au comité d'entreprise.

Je n'oublierai pas les infractions à la législation du travail, non plus que la définition et l'encadrement du télétravail, les droits et obligations des employeurs agricoles et de leurs salariés en matière de régime de retraite.

Dans le domaine de la sécurité sociale, je citerai l'utilisation de la voie électronique, la déclaration sociale nominative, dont a parlé Muguette Dini, le rescrit social, les contrôles administratifs.

Dans le secteur de la politique de la famille et de l'enfance, je mentionnerai les unions régionales des associations familiales, les moniteurs de colonies de vacances.

J'ai volontairement repris tous les points qui, dans le rapport soumis à la commission des affaires sociales, ont fait l'objet d'un développement et de propositions dont le bien-fondé est incontestable. Mais, mes chers collègues, vous n'aurez pas manqué, d'une part, de relever le caractère disparate des mesures annoncées et, d'autre part, de noter que beaucoup de ces dispositions, de par la nature même des sujets abordés, nécessiteraient de vrais débats.

Mme le rapporteur pour avis de la commission des affaires sociales nous a bien assurés avoir pris langue avec les organisations et organismes représentatifs des salariés. Mais qui peut, dans cette enceinte, imaginer que, sans débat de fond, l'on traite, par exemple, du temps partiel ou encore du télétravail, de la déclaration sociale nominative, et cela dans le cadre de la procédure accélérée ? Ne serait-ce pas une faute de notre part d'accepter purement et simplement de voter des dispositions dont nous aurions été dans l'incapacité de mesurer la portée ? Nos concitoyens seraient en droit de nous reprocher un travail non réfléchi, bâclé.

Ne serait-ce pas trahir l'engagement qui est le nôtre, à savoir servir loyalement, avec rigueur, la République et de pouvoir, la tête haute, justifier auprès de nos électeurs nos prises de position ?

En aucun cas, je ne me sens autorisée à prendre pareille responsabilité dans ce contexte, face à un véritable patchwork, qui n'a rien d'artistique, mais qui présente certaines petites pièces utiles, voire indispensables. Je pense à la disposition relative aux moniteurs de colonies de vacances qui, bien qu'essentielle au bon fonctionnement de celles-ci, ne sera pas votée. Mais pourquoi avoir attendu cette proposition de loi chaotique, alors que cette disposition aurait certainement pu opportunément trouver sa place, et depuis longtemps, dans un autre texte ? (Mme Sylvie Goy-Chavent approuve.)

Dans ces conditions, je ne peux que joindre ma voix au concert de ceux et de celles de mes collègues qui ont refusé d'examiner, dans les conditions qui ont été rappelées, cette proposition de loi. (Applaudissements sur certaines travées du RDSE et de l'UCR, ainsi que sur les travées du groupe socialiste-EELV.)

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